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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 08:36

(résumé de situation: l'héroïne se rend à l'enterrement de son patron, et décide d'entreprendre quelque chose pour aider la fille de ce dernier)  

   Vous ne m’auriez pas reconnue, je vous promets, moi-même encore à l’époque je m’étonnais de ma capacité à redevenir humaine justement, obséquieuse hypocrite basse il n’y a pas d’autre mot, basse, vile, opportuniste et charmeuse. Cette fois-ci je me défendais intérieurement en me persuadant que c’était pour la bonne cause, pour une petite fille qui méritait d’être heureuse et comblée par cette nouvelle vie qui l’attendait. Après l’inhumation, je réussis à prendre la mère à part pour mieux l’éloigner. Vous m’auriez vue avec mes toutes mes condoléances, je ne connaissais pas encore très bien votre mari mais je comprends votre douleur, avec mes je suis de tout cœur avec vous, il faut que vous teniez bon, sinon pour vous au moins pour vos enfants, pensez à eux, vous devrez être courageuse, vous l’êtes déjà je le sens, mais vos enfants sont encore trop jeunes, ils ont besoin de vous. Et autres joyeuseries. La veuve m’écouta sans avoir l’air de comprendre, et garda son attitude lourdaude de blaireau hébété devant des phares de voiture. Puis elle me dévisagea longuement, déglutit plusieurs fois avant de prendre assez de souffle pour me cracher à la figure que si j’étais une de ses putes je n’avais pas besoin de venir quémander parce que je toucherai pas un rond. Réaction charmante mais tout à fait logique. J’attendis avec diplomatie qu’elle se calme et me laisse m’indigner avec diplomatie de telles insinuations, et ne relevai pas l’insulte. Déjà plus le temps, plus la motivation, plus la « niaque » oui à vingt ans c’est triste. Je ne m’indignai au final pas, son homme, de vue je l’avais cerné tout entier je l’ai décrit plus haut. Je lui répondis que je ne savais pas de quoi elle parlait, et que je ne connaissais qu’à peine le défunt. Alors pourquoi vous venez me parlez ? Parce que je sais ce que vous ressentez. J’ai pas besoin de votre aide ! Je n’ai jamais dit que j’allais vous aider en quoi que ce soit. Bizarrement cette réponse la fit réfléchir et de fait elle se ferma pendant une poignée de secondes, pour mieux se rouvrir encore et toujours plus rouge. Vous vous foutez de moi ? Du tout madame, je n’ai juste pas la prétention de pouvoir vous réconforter. Puisque je vous dis que j’en ai pas besoin ! Je sais, madame, mais vos enfants si. Vous croyez que je le sais pas ? Je ne me permettrai pas de vous juger, madame, mais vous vous contentez de pleurer sans arrêt, et vous ne leur avez même pas adressé le moindre regard ou la moindre parole depuis le début de la cérémonie, même pas un petit geste un signe de tendresse… Mais pour qui vous vous prenez, à venir me faire la leçon, le jour de l’enterrement de mon mari ? Qu’est-ce que vous savez de ma vie et de celle de ma famille ? Comment vous pourriez me comprendre, vous êtes qu’une gamine ! Vous dites que vous voulez pas me juger, alors foutez-moi la paix avant que je m’énerve pour de bon ! Là-dessus, la petite est arrivée avec son frère, toujours main dans la main. Qu’est-ce qui se passe, Maman, il y a un problème ? Non, Gaëtan, ce n’est rien, cette jeune fille me présentait juste ses condoléances, et elle va s’en aller, maintenant. Tu la connais ? Non, elle travaille dans le magasin de ton père. La mère et le fils se mettaient déjà à parler de moi devant moi, comme si je n’étais pas là. Dans mon top ten des choses les plus détestables en ce monde, celle-ci tenait une excellente place. Je ne sus comment les faire taire, et abandonnai en esquissant une de ces éclipsades dont j’avais le secret. Léger salut de la tête puis sortie de champ. Naturellement je m’en voulus de laisser tomber la petite après un essai de si bonne volonté mal placée, mais les circonstances l’exigeaient. Banalité à répéter je ne supporte pas que l’on parle de moi. Dans mon dos je n’y peux rien mais en ma présence c’est quasi des boutons qui me poussent sur les bras et les épaules. Ce que je ne pouvais pas prévoir c’est la petite qui lâcha son frère pour me suivre un long moment dans le cimetière, discrète de chez discrète. Elle s’approcha de moi sans un bruit donc et me fit sursauter alors que j’observais la tombe très endommagée donc à peine lisible d’un jeune homme mort à mon âge, exactement un siècle auparavant. J’étais simplement en train de me laisser pénétrer une fois de plus par ma propre inutilité, latente, lancinante, surtout quand mise en regard avec des corps des âmes des œuvres des personnages, vivants ou morts, du même âge que moi au moment où ils m’interpellent ; et souvent intolérable une fois qu’ils devenaient plus jeunes, guerre ou pas guerre.
 
 « Qu’est-ce que vous vouliez à maman ? » me demande-t-elle de suite, sans se soucier une seconde de ma frayeur, que je ravale pour ne pas perdre la face.
 « Tu peux me tutoyer tu sais, je suis pas aussi vieille que ça… »
 « Qu’est-ce que tu voulais à ma mère, alors ? » répète-t-elle sans se laisser perturber.
 « Je lui parlais de vous quatre… »
   Elle s’approche encore de moi, tout en prenant soin de garder une certaine distance entre nous, assez méfiante, ses grands yeux verts perçant au plus profond dans les miens, sans les quitter une seconde. C’est assurément une très jolie petite fille, fine, plutôt grande pour ses 8 ou 9 ans, cheveux châtains bouclés mi-longs et teint pâle. Joues creuses, fossettes, petit nez droit et bouche en cul-de-poule accentué par le fait qu’elle n’a pas vraiment de raison de sourire. Je trouve sa tenue ravissante pour un enterrement et doute que sa mère seule ait été capable d’un tel goût.
   La poignée de pas qui nous sépare me permet même de déterminer que la robe chasuble noire sans manches qu’elle porte est en drap de laine. Col ras du cou. Les pinces et les plis sont marqués et je suppose qu’il en est de même dans le dos. Rajoutez à cela un froufrou vertical en simili cuir sur le devant et vous aurez une robe qui vous vous dites qu’à ce niveau-là quelqu’un d’encore indéterminable continue de jouer à la poupée et de se faire plaisir à voir cette petite comme ça. Sous la robe un T-shirt blanc manches longues en coton. Sur la robe un tout aussi craquant Cardigan court en maille jacquard stretch, noir évidemment, dont les pans se croisent sur le devant aussi. Au pieds des mocassins vernis, noirs toujours. Socquettes légèrement lâches, gris très pâle, qui ramènent au peu des doublures du T-shirt que l’on peut voir. Et dans les cheveux un tout petit noeud blanc en forme de papillon qu’on remarque à peine. Tout ceci me paraissant d’un certain niveau de luxe dont le petite semblait se préoccuper comme des derniers cours de la Bourse de Singapour. New-York, je ne saurais dire, mais Singapour...
 « Et qu’est-ce que tu lui as dit ? »
 « Je lui ai dit qu’elle devait avant tout penser à prendre soin de vous, et surtout de toi. »
 « … »
 « Je lui ai dit que c’était à elle de montrer l’exemple, d’être forte… »
 « … » moue dubitative
 « Elle s’est énervée. Ce sont des choses qui arrivent, alors je l’ai laissée… »
 « Pourquoi t’es allée la voir ? »
 « Eh bien, ça va peut-être te paraître bizarre, mais c’est avec toi que je voulais parler, en fait… » expliqué-je franchement.
 « Avec moi ? » pour la première fois une surprise passagère se lit sur son visage, avant de redevenir méfiance redoublée.
 « Oui, avec toi. »
 « Et pour quoi faire? »
 « Pour te dire que je sais très bien ce que tu ressens aujourd’hui. »
 « C’est pareil que ce que tu viens de dire à ma mère ! » presque irritée
 « Tu dois savoir que parfois les adultes sont hypocrites. Ta mère et tes frères je m’en fiche, tu sais. C’est pour toi que je m’inquiète. »
 « P… pourquoi moi ? » soufflée bel et bien cette fois.
 « Je te l’ai dit on est pareilles toutes les deux. »
 « Pareilles ? »
 « J’ai perdu mon père aussi, et ma mère, plus tard que toi, mais… »
 « Seulement pour ça ? »
 « Non, pas tout à fait. »
 « Alors quoi ? T’es trop bizarre, tu m’énerves, je m’en vais, je sais pas pourquoi je t’ai suivie je croyais que t’étais gentille. » lâche-t-elle avant de tourner les talons.
 « On est pareilles parce qu’à la mort de mon père j’ai pas été triste, j’étais contente même, sans pouvoir le dire à personne… Il m’a tellement fait mal que je souffre encore aujourd’hui. Alors c’est pour ça que je suis là. Si tu te sens soulagée que ton père soit parti, tu peux me le dire, à moi. »

   Elle se retourna, après une pause les deux pieds remis côte-à-côte.

   Au cours d’une vie il est des images qui vous hantent jusqu’au tout dernier souffle. Non, non, pas toujours les cauchemars récurrents ou autres obsessions cathartiques, le reste, comme par exemple les deux secondes cramées sur des souvenirs d’une jeunesse révolue, ou les heures vautrées dans toutes les occasions manquées, la sensation de vide, puis les vagues remous abyssaux la poussière imperméable d’un grenier fermé pendant cinquante ans. L’évidence est là encore une fois mais répétons-nous un peu sinon les mots ne survivent pas. La douleur n’est ni élastique ni compressible, elle est l’outil même avec lequel la plupart des humains calculent inconsciemment la taille de leurs frêtes-souvenirs sur le manche du temps, avant de les installer quoiqu’il advienne, sans en avoir le choix, toujours plus rapprochées les unes des autres, jusqu’au bord du gouffre de la caisse de résonance, où la Mort les accueille en se foutant de leur gueule parce que leur minuscule existence n’a jamais cessé de sonner faux.

   Elle se retourna, après une pause les deux pieds remis côte-à-côte. Les larmes ne se montrèrent pas immédiatement, il leur fallut patienter jusqu’à ce qu’elle vienne contre moi. Et encore, cela n’avait rien d’évident car elle ne voulait à présent plus me regarder. Certes les enfants avaient un énorme pouvoir d’attendrissement. Et pourtant Océane était différente. Elle, elle savait déjà jouer des extrêmes sans tomber dedans, alors que d’autres petites filles passaient des hurlements de rire au torrents lacrymaux en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Et moi j’ai réagi de la manière que je pensais être la plus appropriée, je me suis baissée je me suis mise à sa taille, comme n’importe quel adulte sensé dans la même situation. Sûr je l’avais bousculée, je la bousculais encore mais elle m’avait comprise, mon but était atteint. Il ne s’agissait pas de sacrifice non, la pauvre jouait l’agneau depuis bien trop longtemps pour son âge. Je voulais simplement lui éviter ma vie de ratée consciente. Et elle elle regardait ses petits pieds dans ses mocassins, moi je me disais les contrastes toujours ces enfoirés de contrastes, entre un être à peine né et une phrase puis un être à peine né dont le corps vous appelle à l’aide mais dont l’esprit cloîtré et la parole rejetée ne réussissent plus à suivre, par manque d’envie par peur du lendemain inconnu où on les jugera. Oui, la peur du regard d’autrui, la terreur du jugement les enfants victimes de sévices sexuels les ont dans le sang, ancrées en eux avant même de pouvoir comprendre ce que c’est que juger et être jugé soi-même. Culpabiliser sans aucune notion de ce qu’est la culpabilité. Alors on regarde ses pieds, comme elle, on triture son gilet, on croit rester immobile mais en vérité on change d’appui deux fois par seconde, on a la tête qui bourdonne on ne sait pas quoi dire, sinon à soi-même dans sa tête brûlante qui bourdonne de plus en plus fort que le monde est injuste les adultes sont dégoûtants mais que c’est un peu tôt pour s’en rendre compte à ce point, on a une folle envie de pleurer mais on se retient parce qu’on est grand, plus grand et moins dégoûtant qu’eux.

 « Je sais même plus ce que c’est qu’être triste. C’est toujours mélangé à quelque chose d’autre… » commence-t-elle, d’une voix toute faible. Comme je reste quoi qu’il arrive au moins aussi pire que les précédentes hypocrisies incarnées je lui passe d’instinct la main dans les cheveux en me disant qu’elle va me repousser. Elle n’en fait rien. Je me sens dans mon élément je sais exactement ce qu’elle ressent et avant de sentir le futile bonheur de me sentir pour une fois utile cela me terrorise comme rarement il m’arrive d’être terrorisée. Et mon moi au même âge rôde en fantôme éternellement paisiblement rancunier jamais vengé. J’essaye de l’amener à lever le menton mais elle ne plie pas, les yeux rivés sur ses chaussures. « Il y a des jours où je suis en colère, des jours où j’ai pas faim, des jours où j’ai envie de courir sans m’arrêter, des jours où j’ai envie de voir personne… des jours où… » Elle s’interrompt quelques secondes ; depuis son gilet ses mains passent avec un naturel désarmant à la doublure de ma jupe qui semble lui plaire, en tout cas au toucher car les cheveux maintenant devant les yeux je ne peux que supposer qu’ils restent fixés sur ses chaussures peut-être mes genoux. « Aujourd’hui je sais que tout le monde aurait voulu que je pleure… Mais j’ai pas pu, tu vois, j’ai pas réussi à être « normale »… Y’a trop de choses dans ma tête, plus assez de place pour pleurer… Ca sert à rien de pleurer. Non, ça sert vraiment à rien. Mon père ça l’a jamais arrêté, lui… Il appelait ça jouer, il disait que c’était notre secret, le salaud... - crache-t-elle sciemment. Je vous jure je le répète qu’entendre une gamine de 9 ans traiter son père à peine raidi dans son cercueil de salaud c’est quelque chose qui vous suit jusqu’à votre mort – et maintenant tu vois il est mort, et… j’ai même pas le droit de dire que c’est bien fait pour lui… J’ai même pas le droit parce que ça se fait pas, et qu’on me demandera pourquoi je dis ça… et que j’expliquerai ce qu’il m’a fait… et que personne me croira parce que tout le monde l’aimait, et que j’ai pas de preuves. On me traitera de tous les noms. On me demandera pourquoi je l’ai pas dénoncé avant… et je suis trop petite alors je saurai pas me défendre… Mais tu sais quoi je suis assez grande pour plein de choses, j’ai plein de trucs dans la tête, ça m’empêche de dormir, mais je sais que c’est pas ma faute, je sais que j’y suis pour rien… »
 « C’est déjà beaucoup, tu peux me croire… » dis-je à mi-mot, le plus gentiment possible pour une brute comme moi. Mais la sincérité est là et je pense qu’elle l’a compris. En ce qui me concerne c’est un petit miracle.

   Mais le vrai miracle, au final, était de son côté à elle, du côté des mots, des verbes qu’elle employait au futur, sans se tromper, ce futur soi-disant si peu appréhendable pour des enfants dont on disait parfois que l’esprit pouvait difficilement aller plus loin que le « quand je serai grand »
 
« Alors si c’est beaucoup, pourquoi… pourquoi j’arrive pas à me sentir soulagée ? Pourquoi est-ce que j’ai envie de pleurer maintenant que j’ai dit tout ça ? » sanglote-t-elle.
 « Parce qu’il te faudra encore beaucoup de temps avant de te libérer complètement de ton père, même s’il est mort. »
 « Je voudrais tellement me sentir soulagée… »
 « Je sais ma puce. Tout à l’heure j’ai dit ça pour que tu me comprennes, mais c’est malheureusement pas aussi facile que ça… »
 « T’as dit que toi t’avais été soulagée… » petit reniflement mignon tout plein.
 « Je l’étais, mais j’avais 18 ans, le double de ton âge aujourd’hui… Et tu sais quoi ça fait une grosse différence. »
 « Ca veut dire qu’il va falloir que j’attende d’avoir 18 ans pour aller mieux ? »
 « Bien sûr que non. Si tu es d’accord, je t’aiderai, moi. » souris-je.
 « M’aider ? Comment tu pourrais m’aider ? » s’enquit-elle, perplexe.
 « Déjà, en écoutant toutes tes histoires, en t’écoutant, toi, et en te trouvant un bon médecin qui saura t’écouter lui aussi et te soigner. »
 « Je veux pas aller voir le docteur ! Celui de Maman, il sent très mauvais de la bouche ! Et il fait des blagues pas drôles… »
 « Non, je vais tâcher de t’en trouver un vraiment sympa et drôle, et qui a des chewing-gums, d’accord ? » fais-je, toujours le sourire aux lèvres, en inclinant la tête comme une grande sœur affectueuse. Océane acquiesce doucement.

   Ce n’est pas que j’avais une quelconque confiance en le corps médical, mais j’essayais de faire preuve de bon sens. Moi-même ne m’étant jamais résignée à me faire soigner je me retrouvai là. Il s’agissait donc d’éviter à cette jolie petite fille une existence semblable. Pour tout le reste j’ignore d’où j’ai pu tirer cet énergie affective. Il me restait encore quelques ressources insoupçonnées, j’imagine. Je n’irai pas jusqu’à dire que je me sentis soudain fière de moi, mais si la fierté s’apparente à une petite étincelle neutre mettant feu à votre cœur et chauffant votre corps entier sans le moindre effort physique, eh bien je m’en approchais nettement.

   Nous restâmes ainsi un bon moment, puis je me levai, car mes jambes commençaient à s’ankyloser. Océane se mit à me poser plein de questions à mon sujet les unes à la suite des autres, sans toujours attendre de réponse. Le temps que nous rejoignions un banc situé au milieu du jardin qui jouxtait le cimetière, elle savait déjà l’essentiel. Parfois même sa voix prenait les intonations d’une petite fille heureuse, vous savez, le timbre haut perché, rieur, en point d’interrogation constant. Mais dès que je parlais de mon père ou de quoi que ce soit d’autre en relation avec lui, elle s’assombrissait de façon quasi-automatique, caricaturale, sans s’en rendre compte. Cette petite souffre énormément ça crève les yeux, comment ça se fait que son entourage l’ait pas remarqué, et autres pensées éparses jointes par mes soins avec la conviction du désespoir. Pour son bien à elle. Convocation depuis les tréfonds de mon cœur meurtri d’énergies vierges, positives, impatientes, prêtes à déferler pour son bien, à elle. Je me laissai envahir alors que nous nous installions sur le banc couvert de blessures.

 « Tu crois vraiment qu’il faut que j’aille voir le docteur ? » un peu inquiète
 « Oui, je le crois. Je te garantis pas que tu vas oublier ton père et tout ce qu’il t’a fait, mais en tout cas, ça te fera pas de mal. Fais-moi confiance. »  souriante et stupéfaite par mon propre optimisme
 « Tu viendras avec moi ? » rassurée
 « Peut-être. Ca dépend un peu de ta mère. » dubitative
 « Alors tu viendras pas avec moi… » attristée
 « Ta mère me laissera pas ? »
 « Je pense pas, non… »
 « Je vais lui parler, elle comprendra » pas vraiment sûre de moi
 « Tu connais pas ma mère… » pas vraiment sûre de moi non plus
 « Elle se laisse pas convaincre facilement ? » à moitié surprise
 « C’est le moins qu’on puisse dire… » à moitié convaincue
 « On est pas obligées de tout lui dire non plus. » audacieuse
 « C’est vrai. » tête brûlée
 « Fais-moi confiance. » fonceuse
 « Je te fais confiance. » suiveuse

à l’école tout le monde s’en prend à moi parce que mes parents ont des sous, mais c’est eux qui les ont, les sous, pas moi, j’y suis pour rien !

   Océane.

   Le nom se fit entendre derrière nous. Ce n’était ni le ton d’un père difficile et autoritaire ni celui d’une mère attentionnée. Océane avait pour mère une femme faible, lâche et égoïste. Nous nous retournâmes en chœur et vîmes celle que nous redoutions attendions depuis un moment. Sur son visage on pouvait lire à la fois l’étonnement, l’agacement, l’atermoiement l’apitoiement la déception l’incompréhension et un soupçon de haine pour assaisonner. Elle s’approche de nous. Qu’est-ce que vous faites avec ma fille ?! Je vous ai dit de nous laisser tranquilles ! On était juste en train de discuter, Maman. Toi, tu te tais ! Nous étions juste en train de discuter, Madame. Arrêtez de vous foutre de moi ! Océane, viens, on rentre. Elle me fait la bise. Je lui rends, reste assise et l’envoie à sa mère. Votre fille ne va pas bien, Madame. Évidemment qu’elle va pas bien, elle a perdu son père, espèce de cruche ! Je ne parle pas de ça. Et restez polie, s’il vous plaît ; votre souffrance n’excuse pas tous les comportements. Votre fille va très mal et elle a besoin de se faire soigner. C’est vous qui devriez vous faire soigner ! Pour qui est-ce que vous vous prenez ? Vous croyez tout connaître de la vie, à votre âge, à votre poste ? Vous imaginez avoir déjà acquis de l’expérience des choses ou des gens ? Mais pour qui est-ce que vous vous prenez ? Je suis veuve, maintenant, avec 4 enfants à charge, et vous croyez savoir ce que ça représente ? Emotionnellement et financièrement c’est un désastre ! J’ai l’impression que mon mari a tout emporté avec lui, tout ce qu’il y avait d’agréable de drôle ou de tendre dans notre vie de famille, et vous, vous arrivez comme ça, en disant que ma fille a besoin de soins ? Vous devriez avoir honte ! Je sais pas si vous avez déjà subi des deuils mais visiblement, vous avez pas bien retenu la leçon ! Maintenant je m’en vais avec ma fille, et je vous garantis que vous avez interêt à plus nous importuner comme ça !

   Elle s’en retourna ainsi, avec sa fille, qui ne détacha pas son regard du mien jusqu’à ce qu’elles tournent à l’angle après la sortie du jardin. Je ne fis rien, bien entendu.

   Le surlendemain soir. Je finissais de boucler ma caisse quand le gros Matthieu vint me trouver en souriant. Tu as de la visite dans le bureau de Thibaudet. Alors j’y allai, sans trop chercher qui cela pouvait bien être, ni trop d’espoir que cela change ma vie, et pourtant. J’espérais juste que la veuve ne m’en ferait pas trop baver. J’étais loin du compte. Maxence Lespran. Le nom du mort encore sur la porte, en petit, avec direction marqué au-dessus. Que ceux qui m’ont cru ou qui se rappellent m’avoir cru lorsque j’ai dit qu’il s’appellait Ariel lèvent la main. Tout le monde ? Personne ? Peu importe, j’ai une vague idée de qui se trouve dans cette pièce. J’entre, et Océane se la joue méchant dans James Bond à faire pivoter son fauteuil pivotant (vu l’espace qu’il y a autour d’elle, elle a dû faire un paquet de tours) pour apparaître progressivement derrière le beau bureau en bois laqué , sans un bruit, le visage grave. Je ne dis pas un mot. Après un tout petit moment d’hésitation, elle se lève, contourne le bureau et se dirige vers moi, attrape mon cou, se met sur la pointe des pieds, me fait la bise le plus naturellement du monde elle a l’odeur des petites filles de son âge elle sent pareil que moi robe à gros carreaux, claire et retourne s’asseoir, très calme. Par pure flemme et peur de la redondance immédiate, je ne décrirai pas sa tenue, absolument craquante encore une fois. Elle m’indique l’un des deux autres fauteuils installés de mon côté, pendant que je me demande quel genre de directeur de supermarché peut s’offrir un tel bureau de ministre.
 « Je t’en prie, assieds-toi. » ordonne-t-elle placidement. Je m’exécute.
 « Je vous le jure, Mademoiselle, je vous jure que je ne sais pas où sont cachés les microfilms ! » fais-je, un peu moqueuse. Océane me lance un regard surpris puis sourit doucement, comme le ferait la jeune fille qu’elle
 « J’aime beaucoup cet endroit. » fait-elle
 « C’est un peu paradoxal, » l’interromps-je de suite, « ça devrait plutôt te rappeler ton père, non ? »
 « J’aime beaucoup cet endroit » reprend-elle comme si elle ne m’avait pas entendue « parce que c’est le seul endroit où il ne pouvait rien me faire. » elle montre du doigt une porte dérobée, ouverte dans le mur à sa gauche.
 « Le bureau du gros Matthieu ? Je savais pas qu’il y avait une porte entre les deux. »
 « J’aime beaucoup Matthieu aussi. Il m’a connue tout bébé et il me dit souvent qu’il m’adore. C’est lui qui a eu l’idée de la porte. »
 « Pour quoi faire ? »
 « À ton avis ? Mon père ne lui a jamais rien refusé.» moue
 « Tu veux dire qu’il le faisait chanter ? »
 « J’en sais rien. » Océane hausse les épaules.
 « À tous les coups c’est ça ! » eureké-je
 « Et tu connais beaucoup de maîtres-chanteur qui se font percer une porte entre leur bureau et celui de leur victime ? … » fait-elle en haussant les épaules une nouvelle fois.
 « Alors ça voudrait dire que Matthieu te protège ? » étonnée
 « Bingo. Aussi loin que je me souvienne il m’a toujours protégée. » sourire
 « Contre qui, ton père ? Il connaissait ses tendances ? » surprise
 « Je sais pas. En tout cas il était toujours dans son bureau quand j’étais dans celui de mon père, qui a d’ailleurs jamais râlé contre cette porte camouflée constamment ouverte parce que Matthieu faisait attention à jamais la laisser fermée quand j’étais là. »
 « Pourquoi tu lui poserais pas la question, maintenant que ton père est mort ? »
 « Parce que j’y vois pas d’intérêt » moue encore
 « Tu n’aimes pas les mystères ? »
 « Non, pas trop. »
 « Mais tous les enfants aiment les mystères ! »
 « J’ai 12 ans… » blasée
 « Quoi ? » héberluée
 « Je ne suis plus une enfant, en fait j’ai 12 ans » répète-t-elle
 « Tu plaisantes ? »
 « Non, je ne plaisante pas. J’ai un retard de croissance, mais ma pédiatre s’inquiète pas vraiment. Ma taille est juste un peu en dessous de la normale. »
 « C’est surtout que t’as encore une bouille de petite fille. »
 « Ca, ça devrait changer d’ici à ce que j’ai mes règles… »
 « Elles viennent pas ? » anticipatrice
 « Ben non. J’ai rien du tout. Et là non plus j’ai rien du tout… » dit-elle doucement en mettant les mains sur sa poitrine.
 « Ils devraient plus trop tarder, maintenant, t’en fais pas… » rassurante.
 « Les tiens sont pas très gros. » chipie
 « Peut-être, mais ils tiennent bien. Beuh ! » tirage de langue
 « Tu le caches, mais t’es vraiment le genre de fille naïve qui part au quart de tour ; non ? »
 « Pourquoi tu dis ça ? »
 « Parce que ça se voit que tu ne doutes pas une seconde de ce que je raconte… »
 « … C’est malin…» dépitée
 « Ha, t’es tombée dans le panneau ! » rayonne-t-elle, ô combien énervante mais tellement mignonne.
 « Alors c’est quoi, ton âge réel ? » rapide
 « J’aurai 9 ans le 9 septembre. » sincère
 « C’est vrai ? T’es du 9 septembre ? » piquée mouche
 « Oui, pourquoi ? » curieuse
 « Moi aussi ! »  heureuse
 « C’est vrai ? » encore plus heureuse
 « Nan, je déconne ! » vengeuse
 « Pffff… mauvaise perdante ! » vexée par sa propre naïveté
 « Allez, boude pas. Maintenant, si tu me disais ce que tu fais là et pourquoi tu m’as fait appeler. » recadreuse
 « Ici, tu es dans le bureau de mon père. » recadrée
 « Je sais. »
 « Je veux dire que c’est encore son bureau et que jusqu’à ce qu’un remplaçant soit nommé, j’ai le droit d’y venir quand je veux. »
 « C’est vrai, presque… »
 « Et si je suis venue, c’est pour te voir. » mignonne et franche.
 « C’est adorable, mais encore ? » touchée mais sur le point de rentrer
 « Ben, je suis venue te voir ? » insistante
 « Merci, mais encore ? »
 « J’avais envie de parler avec toi ? »
 « Mais encore ? »
 « Je voulais être avec toi ? » un peu gênée maintenant
 « Mais encore ? » fatiguée
 « Pourquoi tu te moques de moi ? T’es pas contente de me voir ? » sérieuse
 « Si, si ; très. »
 « Ca se voit… » triste
 « … »
 « … » montée de petites larmes
 « … » en attente
 « T’es méchante… »
 « Arrête de faire l’enfant. »
 « Mais je suis une enfant ! » larmes sur les joues
 « Tu vois très bien ce que je veux dire. » autoritaire
 « Tu m’aimes déjà plus ? » grosses larmes
 « Océane, ça suffit ! » plus autoritaire
 « Je joue plus, là ! » essayant de contenir le flot.
 « Je sais. Arrête de pleurer. »
 « Pourquoi t’es comme ça aujourd’hui !? Pourquoi t’étais gentille au cimetière !? »
 « Si tu réfléchis un peu, et je sais que t’en es tout à fait capable, tu trouveras la réponse. »
 « Tu m’as dit qu’il fallait que je te fasse confiance ! Et c’est moi qui doit venir te chercher ici! Quand ma mère nous a retrouvées, quand elle t’a crié dessus et qu’elle nous a séparées, t’as pas bougé ! T’as rien dit ! Alors que tu m’avais promis que tu m’aiderais ! » gémit-elle.
 « Bon, maintenant, fini de jouer, mademoiselle je-suis-qu’une-enfant-quand-ça-m’arrange – je me lève, prends sa tête dans mes mains par dessus le bureau et la tire un peu vers moi – Je t’ai dit de me faire confiance, pas que j’étais Superman ! Tu crois que ça pousse sur les arbres, les bons psychiatres ? L’enterrement était samedi, on est lundi ! Alors va falloir que t’apprennes un peu la patience. Et par rapport à ta mère, c’est parce que j’avais peur qu’elle s’en prenne à toi que j’ai pas insisté. Et je savais que tôt ou tard, là c’est plutôt très très tôt, tu viendrais me voir ici, et sinon j’aurais demandé tes coordonnées à Matthieu. Donc, ce que je te demande, c’est un peu de temps, d’accord ? »
 « D’accord. » toute petite voix
 « Merci ma chérie » bisou sur le front.
 « Alors t’as vraiment pensé à moi depuis l’enterrement ? »
 « Oui, bien sûr. »
 « Alors tu m’aimes bien ? » sourire à en éjecter toutes les souffrances du monde
 « À ton avis, espèce d’andouillette ! » réponds-je en l’embrassant sur les deux joues.

   À bien y réfléchir, je me dis que là est la première erreur que j’ai faite. Je l’ai laissé s’attacher à moi et me suis moi-même très fortement attachée à elle. Océane était l’incarnation parfaite de l’enfant né avec tout, disparu avec rien. Son père, sa mère, ses grands-parents, ses frères lui ont chacuns à leur manière tout pris. Sans parler de moi, la pire d’entre les pires, si c’est possible. Car comme nous sommes des monstres, je ne surprendrai personne je pense. Je crois même en être devenu un avant tout le monde. Océane était l’agneau, et j’ai très peur de passer pour le loup de la fable.

 « Alors tu vas faire comment pour convaincre maman ? » reprend-elle
 « Je sais pas encore. Je suppose que je vais avoir besoin d’alliés… »
 « Des alliés ? Qui ça ? »
 « Je me dis que ton frère serait peut-être prêt à nous aider. Tu crois pas ? »
 « Mon frère ? Lequel ? »
 « Celui sans jumeau. »
 « Gaëtan ? Il faudrait que je lui en parle… »
 « S’il te plaît. De mon côté je vais chercher un médecin. On fait comme ça ? »
 « On fait comme ça ! » nouveau sourire à faire fondre un igloo.

   La suite de l’histoire est triste, ignoblement triste personne n’en sortira grandi grandi grandi moi j’ai jamais voulu grandir comme ça pas comme ça non non pas comme ça jamais grandir comme ça je souffre trop j’ai mal j’ai froid je souffre souffre souffle souffle souffle je me perds je me perds je suis perdue
 
   Dès lors, je me mis à la recherche d’un bon psychiatre pour Océane. Je n’envisageai pas une seule seconde de la confier à celle de mon père ou celui de ma mère. Des ratés, aucun doute possible. Fallait-il directement l’emmener chez un psychiatre ou passer par un médecin généraliste ? sinon un pédiatre ? Après avoir épluché l’annuaire et le net pendant quelques dizaines de minutes, j’en vins à la conclusion rapide qu’il faudrait que j’appelle Julien. Son père était chirurgien au C.H.U. de la ville. Il jouissait d’une excellente réputation. Donc il devait forcément avoir un carnet d’adresses bien rempli.

   Le soir même j’appelle ledit Julien. Il me propose évidemment de passer chez lui. Je ne refuse pas. C’est pour Océane que je fais ça. Le reste, c’est du superflu ; je sais bien que Julien est un salaud fini qui se rêve Casanova ou Dom Juan, mais je ne trahirai pas ma promesse. Je vous la fais abrégée. J’ai à peine passé la porte qu’il se met à placer des sous-entendus bien gras à chaque phrase qu’il prononce. Je m’assois sur le canapé. Il me tend la carte professionnelle de son père, sur laquelle il a rajouté d’une écriture étrangement fine et distinguée le téléphone de la maison familiale. Ensuite tu permets que je m’asseye à côté de toi. Ensuite rapproche-toi un peu si t’as froid. Ensuite main sur la cuisse. Ensuite baiser. Je suppose fougueux selon lui, dégueu pour moi. Pourquoi les hommes se sentent obligés de faire semblant de nous avaler comme ça c’est ridicule me dis-je. Ensuite main sur la poitrine. Ensuite séance de déshabillage. Je ne m’y prête pas. Il s’en charge comme une brute et me griffe. Ensuite je suis nue. Ensuite il est nu. Après ça cunillingus. Forcément raté. Il faudra lui expliquer les points sensibles d’une femme. Ensuite fellation. Visiblement réussie. Après ça éjaculation. Ensuite rinçage de bouche, rhabillage, rapides mots de remerciements, d’excuses, d’adieux. Après ça retour chez soi vraiment peu grandie de l’entretien, puis

   le lendemain midi pendant ma pause j’appelle le docteur Monstahl. 12h09. Répondeur. Bonjour docteur, je suis une amie de votre fils Julien et j’aurais voulu que vous me conseilliez quant au choix d’un psychiatre pour ma petite cousine de 8 ans, merci d’avance et à bientôt. Quelques heures plus tard il me rappelle en plein dans l’heure de pointe du magasin, je ne peux pas me permettre de décrocher. Répondeur. 18h . Bonjour Mademoiselle, docteur Monstahl, vous m’avez laissé un message tout à l’heure. Je serais heureux de vous aider dans votre recherche, car j’ai effectivement dans mes connaissances quelques très bons psychiatres hospitaliers et libéraux. Je me demande seulement si c’est à la cousine de cette petite de lui choisir ou même de lui chercher un médecin. Appelez-moi ce soir vers 9 heures si vous voulez qu’on discute un peu.

   Dont acte. 21h02. Bonsoir docteur Bonsoir Mademoiselle. J’ai parlé de votre problème avec un collègue. Ah oui ? Oui, mais je vous avoue que j’aimerais bien savoir de quoi il en retourne exactement avec votre cousine de 8 ans. Bien entendu. Où sont ses parents ? Euh… son père est mort il y a à peine 1 semaine et sa mère n’est pas en mesure de penser à autre chose qu’à elle-même. Est-ce qu’elle a des frères ou des sœurs ? Oui, 3 frères aînés, dont 2 jumeaux. Je vois, et comment sont-ils ? Plutôt déprimés aussi, je suppose. Vous supposez ? Ce sont aussi vos cousins, non ? Si, mais je connais mieux Océane. C’est pour ça que je voudrais qu’elle voit quelqu’un de bien. Entendu, j’ai bien une idée, mais je ne suis pas certain qu’elle accepte. Elle s’appelle Agathe Launier et elle travaille dans le bâtiment à côté du mien. C’est une excellente praticienne doublée d’une fine psychothérapeute, avec de très bons résultats, malheureusement, je crois que ça fait quelques années qu’elle ne prend plus d’enfants. Dites-lui qu’Océane est une petite fille extrêmement précoce et mature. Peut-être, Mademoiselle, je suis prêt à vous croire ; écoutez, elle n’est pas là demain, mais je sais que le jeudi, on prend habituellement notre café en même temps. Je lui en parlerai, vous pouvez compter sur moi. Merci, docteur, merci beaucoup. Je n’ai encore rien fait. Eh bien merci d’avance et à jeudi, docteur. À bientôt, Mademoiselle…

   Je m’aperçois que ce n’est plus une digression que je fais là, mais un vrai gros chapitre de roman de gare bien épais. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vois pas qui pourrait venir aujourd’hui prétendre que ce que je raconte est faux. Océane a bien existé. Elle a existé et elle a souffert plus que son lot de trahisons rejets incompréhension guerre intérieure paria. Je vous ai laissés dans mon lit pour vous parler d’elle, parce que j’en ai envie, parce que je l’aime, parce qu’il le faut, et que personne ne m’en empêchera. Je pourrais vous convaincre de ne pas chercher un sens trop lointain à ce qui n’en a pas à la base. Je pourrais vous pointer du doigt et vous dire à chacun « Regarde-toi un peu avant de juger ». Je pourrais me contenter de me taire et jeter mon manuscrit au feu. Je pourrais aussi danser nue autour de ce feu et me flageller le dos les seins et la vulve en hurlant « LA FIN DU MONDE EST ARRIVÉE ! LA FIN DU MONDE EST ARRIVÉE ! SOYEZ TOUS MAUDITS ! SOYEZ TOUS MAUDITS ! JE SUIS LA DERNIÈRE DES DERNIÈRES ! LA REINE EST MORTE ! VIVE LA REINE ! JE SUIS VOTRE NOUVEAU DIEU ! OBÉISSEZ MOI ! ADOREZ MOI ! VÉNÉREZ MOI ! ». Mais je ne le ferai pas. Parce que je veux qu’on se souvienne de la petite Océane. Parce que jusqu’au bout je défendrai sa mémoire plus que la mienne. parce que je suis dans mon lit et que je n’arrive pas à en sortir parce parce parce que je suis dans mon putain de grand lit pour deux, seule et j’ai froid j’ai froid Parce que je m’en veux à mourir.

   Le lendemain soir Océane revint me trouver au même endroit après le boulot.





Voilà, ce sera tout pour cette semaine, et peut-être pour cette année. Je bouge vers des lieux sans connexion et je ne suis pas sûr d'être de retour avant janvier. Dans tous les cas, je vous conseille de réviser "nsdm" et "ishijima" parce qu'il y aura une interro écrite à la rentrée!
Plus sérieusement, et à moins que je sois de retour plus tôt que prévu, je vous souhaite évidemment de très bonnes fêtes de fin d'année.
Soyez gentils d'essayer de ne pas laisser ce blog complètement déshydraté d'ici à ce que je rentre. C'est comme une plante, il faut aussi lui parler avec amour pour qu'il s'épanouisse. Merci d'avance, et comme d'habitude, merci pour tout, merci de votre fidélité. Je le dis d'autant plus qu'après réflexion et étude plus poussée des statistiques, je me rends compte que j'ai un petit nombre (qui va grandissant, si je suis optimiste) de personnes qui viennent régulièrement, directement, pas depuis des liens quelconques, et ça oui, forcément, ça fait très plaisir.
Au fait, je vous ai dit merci, déjà?

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Published by injektileur - dans nous sommes des monstres
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commentaires

Doddz 10/01/2010 22:15


C'est incroyable, j'adore le personnage d'Océane. Malgré ce qu'elle a vécu, elle a l'air tellement mignionne! C'est, je crois, je chapitre que j'ai lu le plus rapidement de tous. et dans mon autre
commentaire, je disais qu'il ne me restait que 3 chapitres à lire mais je n'avais pas pris en compte celui que je venais de lire. Il ne me reste donc que Nsdm 9 et voilà. Mais je continue à dire
que j'adore vraiment ton style d'écriture et que je suis devenue une de tes assidues lectrices!


injektileur 11/01/2010 01:59



je te suis toujours très reconnaissant de ta fidélité et ne saurai te dire combien je suis heureux qu'Océane te plaise. J'ai hésité à l'introduire de cette façon dans le récit, et sa place
n'est pas encore totalement définie, mais, comme chacun de mes personnages, ou presque, je l'aime beaucoup. Forcément. ^^
merci merci


yahya 04/01/2010 19:11


bnj bravo ; bravo, bravo :lol bon ci super ce que tu ecrit surment tu cherche quelle qun pour fair une equipe ! contactes moi ok .


injektileur 05/01/2010 00:56


bonjour et merci pour tes compliments et ta proposition. j'ai regardé ton blog et t'en reparlerai quand il sera un peu plus étoffé. De mon côté, je préfère attendre que mes récits (ceux-là, en
tout cas) soient terminés.
à bientôt. ^^


AnGeLe 23/12/2009 15:41


Bravo, bravo, bravo !!!


injektileur 04/01/2010 00:50





marchi marchi


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