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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 14:47

Ce titre fait référence de façon explicite à une chanson d'un de mes groupes préférés, Expérience. J'aurais des choses à dire mais j'ai comme qui dirait un coup de mou, alors je me contente de vous faire lire cette dernière nouvelle envoyée en 2004 au PJE, en même temps que "Morioka no Sayaka". Vous imaginerez que ça n'ait pas plu, et que mes intentions premières n'ont pas été comprises du tout, une fois de plus. J'ai assez (litote, toujours) peu apprécié le "conviendrait à un lectorat de moins de 16 ans, au plus" mais ai digéré depuis, quand même. On se retrouve mal jugé parce qu'on essaye de sortir comme on peut des sentiers battus. Je ne me justifierai pas. Ceci est juste un dialogue intérieur à la con comme chacune et chacun d'entre nous peut en avoir, n'importe quand. Bonne lecture quand même. J'essaierai mieux demain.




            Ne rien attendre                                                 


   « Il ne faut rien attendre de moi, tu sais… » m’avait-elle dit soudain, au milieu d’une ville nocturne comme les autres. Loin de nous, à travers les bruits de moteurs frustrés de klaxons fatigués ou de sirènes éteintes je pus entendre distinctement un chien hurler à la mort. J’ignorais si de son côté elle avait le cœur à y prêter attention. J’en doute. Elle n’aimait pas les chiens, et encore moins les chiens qui hurlent à la mort. Ajouté à cela qu’il ne fallait rien attendre d’elle. Dommage et désolé pour le roquet au timbre de ténor et pour tous ses congénères mais j’avais nettement plus de raisons que lui d’être triste. Il ne fallait rien attendre d’elle. On a beau le savoir, on a beau s’y « attendre » cela fait toujours de la peine. Je l’avais senti venir, pourtant, je l’avais senti venir dès notre première rencontre. Elle était mignonne à croquer mais le croisement de nos regards avait fait un gros flop. Oui, c’est le mot, un flop. Un plouf. Comme une pastèque lancée dans une piscine, le goût sucré en moins. On supposera que je suis la pastèque, elle la piscine ; car elle avait les yeux très bleus. Mais n’allez pas croire pour autant que je sois un albinos à la peau verte. Je donne simplement la pastèque en guise d’exemple de truc lourd et lent du bulbe ; car chacun sait que le Q.I. d’une pastèque n’a rien à envier à celui d’un animateur de télévision du samedi soir. Quoi que l’on puisse dire j’étais tout simplement mal barré avec elle, depuis le début, dans tous les sens du terme. Elle me plaisait beaucoup, pourtant, vous l’aurez compris. Selon moi objectivement douce gentille drôle et futée. Mais puisqu’il ne fallait rien attendre d’elle… En fait je me demande si ce n’est pas là la pire chose qu’une femme quelle qu’elle soit puisse dire à un homme quel qu’il soit. Ce n’est pas parce qu’on ne représente rien qu’on n’a pas droit à un minimum de considération, je pense. Même le néant a ses théories et ses théoriciens. Ainsi suis-je convaincu qu’elle n’a jamais éprouvé ne serait-ce que le moindre soupçon d’intérêt pour moi. J’étais plus que transparent ou vide ou inexistant à ses yeux. D’une certaine manière je pourrais m’en vanter. Ce n’est pas rien d’être complètement rien, je pense. Et le néant à un je-ne-sais-quoi de classe dans la connotation, je trouve, une sorte de douce odeur de fin du monde, en un mot, il symbolise de la meilleure façon ce vide caractéristique que le regard d’une femme vous renvoie avant même que celle-ci se rende compte que vous ne l’attirez pas. Vide qu’avec mon expérience je suis passé maître dans l’art de déceler en moins de temps qu’il ne faut à une pauvre pastèque tombée sur l’autoroute A6 un 15 août pour se faire écraser par un vacancier sans pitié pour les cargaisons des remorques de ses congénères, si tenté que l’un de ces congénères ait la drôle d’idée d’emmener une pastèque avec lui en vacances dans sa remorque. Cela a l’avantage d’éviter les pertes de temps ou de longues embardées dans le ridicule. Il ne fallait rien attendre d’elle. Soit.

   Il ne fallait rien attendre d’elle, mais c’était elle qui m’avait aperçu par hasard en train de traverser la rue, c’était elle qui m’avait interpellé. Il lui avait fallu crier très fort parce que depuis quelques mois je ne me séparais plus du baladeur MP3 qu’un richard de mes amis m’avait donné, et avec lequel je prenais un réel plaisir masochiste à me rendre sourd. Oui, je suppose qu’elle a crié très fort, elle a crié mon nom très fort et je ne l’ai pas entendue. Alors c’est elle qui est venue à moi, elle a même un peu couru, je crois, elle m’a contourné et s’est posée devant moi avec un grand sourire. J’ai dû prendre mon air niais de d’habitude, puis bafouiller quelques mots de surprise que j’ai probablement réussi à enrober d’autres mots d’excuses foireuses, parce que je me rappelle qu’elle a ri. Mes oreilles sifflaient un peu. J’ai dû avoir l’air vraiment stupide. Mais elle a ri. Peut-être n’était-elle non plus pas vraiment à son avantage dans cette situation. Très légèrement essoufflée, les joues rosies par le froid léger ; il faisait nuit mais le rouge de ses joues déteignait dans les lumières des réverbères. Elle n’avait pas mauvaise haleine mais on sentait qu’elle avait bu et fumé. Ses yeux étaient clairs malgré tout. Elle parlait tout doucement, comme si m’avoir crié dessus l’avait gênée et qu’elle voulait se rattraper. Parfois je devais me pencher sur elle pour mieux l’entendre et, loin au-dessus des odeurs de fumée ou d’alcool, ses cheveux envoyaient leurs parfums multiples d’essais à répétitions de shampooings de toutes sortes de toutes provenances. Alors elle reculait imperceptiblement, toujours avec le même sourire aux lèvres, sans hausser la voix, peut-être un peu plus intimidée, et continuait à me poser des questions soit insignifiantes soit tout à fait sensées, mais toujours irrésistibles dans l’intonation. Mes oreilles sifflaient un peu. Ses yeux étaient clairs, malicieux, peut-être un peu fatigués mais craquants par leur fatigue même. Ils inspiraient puis expiraient la satisfaction et la joie de vivre comme de véritables poumons. Pourtant dans chacun de leurs souffles je pouvais percevoir le message premier. Il ne fallait rien attendre d’elle. Mes oreilles sifflaient un peu. Il ne fallait rien attendre d’elle et toutes les pastèques rouges roses et vertes du monde et toutes les piscines olympiques du monde se rallieraient à ma cause d’amoureux transi – diable que j’ai horreur de cette expression – que cela ne changerait pas le problème. De mon côté il fallait que j’assume, quand elle était près de moi, les sourires, les yeux bleus, les plaisanteries les exclamations les silences, quand elle était loin de moi, tous les moments interminables où elle me manquait, sans ses sourires, ses yeux bleus, ses plaisanteries ses exclamations ses silences. Mes oreilles sifflaient un peu. Mais qu’importe la souffrance, que valent les atermoiements inutiles, les plongeons, puisqu’il ne fallait rien attendre d’elle. Surtout ne pas se poser de questions, surtout ne pas se poser de questions.

   Il est fort probable que j’aie trop attendu de sa part. C’est même certain. Personne ne me blâmera je pense, c’est une réaction humaine. Je pense. Je souhaiterais juste ne pas avoir à le formuler à haute voix. Question de dignité. Un homme a le droit de taire ce genre d’erreurs. Elles ne concernent personne d’autre que lui. Il est libre. Plus que libre. Plus que triste, mais plus que libre. Et ne lui demandez pas ce qu’il compte faire de sa liberté dont, dans ces moments interminables, il se fout comme des cotations boursières d’il y a 30 ans. Je tiens à préciser ici que dans mon cas, même les nouvelles les plus récentes de Wall Street ou de Tokyo ne me font ni chaud ni froid, y compris et peut-être surtout lorsque je suis en pleine forme. Chose étrange qui m’arrive, parfois, sans prévenir. Le fait est qu’on ne donne jamais le cours de la pastèque, ni celui des piscines privées ou même des piscines olympiques. Ce serait intéressant, pourtant. Il paraît que d’après l’état du Marché on peut prédire l’avenir de la planète. Le Marché passe pour un devin. J’ai entendu quelque part que depuis les origines de l’Humanité, les devins et les diseuses de bonne aventure, les voyantes lisent dans toutes sortes de choses pour prédire l’avenir. Je me demande si dans les entrailles d’une pastèque chlorée, l’un d’entre eux ou l’une d’entre elles aurait pu m’avertir de ma future déconfiture, ou même prédire que je ferais ici même, involontairement je vous le jure, un jeu de mot doublé d’une allitération absolument nulle, et pourtant tellement à l’image de mon esprit perturbé. Je me demande si une pastèque aurait pris ses plus jolis pépins pour écrire à mon intention au fond d’une assiette quelconque « Méfie-toi, méfie-toi bien, il ne faudra rien attendre d’elle ». Le fait même que je me flagelle à écrire ceci laisse à croire que je ne sais toujours pas écouter ma « pastèque intérieure ». Quel dommage. Quel manque de discernement. Quel déni d’introspection. Cela aurait pourtant permis de me protéger d’une partie des troubles qui m’affectent encore aujourd’hui. Je dirais que ma vie a toujours manqué de sucre, mais qu’importe. En fait c’est peut-être une chance si on considère le sucre comme le futur premier poison mortel du XXIe siècle. Mais qu’importe. Dans tous les cas il n’aurait quand même rien fallu attendre d’elle.

   Il ne fallait rien attendre d’elle. Plus on les écrit plus les phrases perdent leur sens. Je dirais que ça peut être une bonne thérapie pour tous les malheureux muets qui n’ont pas accès à la méthode Coué, ou tous les gens intelligents qui ont compris depuis longtemps que cette méthode Coué ne marche jamais, et encore plus les malheureux muets intelligents qui n’y ont pas accès mais qui ont compris depuis longtemps qu’elle ne marche jamais. Bien qu’en y réfléchissant un peu, je ne voie au final pas comment la méthode Coué pourrait marcher, si elle marchait, dans un cas tel que celui-ci. Tout simplement aucun rapport. Comme elle et moi.

   Il ne fallait rien attendre d’elle. Continuons quand même, les pastèques sont avec nous. Il ne fallait rien attendre d’elle, mais moi j’avais envie de la prendre dans mes bras de l’embrasser de lui faire l’amour. Les pastèques rougissent, mais c’est la stricte vérité. Il ne fallait rien attendre d’elle, et malgré tout je suis un homme. Et aucun homme, quel qu’il soit, amoureux d’une femme, quelle qu’elle soit, ou tout d’abord fortement attiré par une femme, quelle qu’elle soit, ne pourrait supporter que cette femme, quelle qu’elle soit, lui dise qu’il ne faut rien attendre d’elle. Cela n’est pas humain. Les pastèques acquiescent. Mais bien sûr une femme, quelle qu’elle soit, peut tout à fait dire de façon claire à un homme, quel qu’il soit, qu’elle ne veut pas de lui ou qu’ils ne sont pas faits pour être ensemble. Cela n’est évidemment pas à remettre en cause. Les pastèques confirment, bien qu’un peu noyées dans ma rhétorique mal entretenue, infestée par des algues toutes plus étranges les unes que les autres. Mais qu’importe.

   De nous deux je ne sais qui avait au final le moins de choses à dire à l’autre. Moi, probablement. Admettons, pour une fois. Elle me raconta que sa prof d’histoire de l’art était morte d’une crise cardiaque deux jours auparavant, en faisant de la natation à un rythme trop élevé pour ses capacités et son âge. Elle ajouta qu’elle la détestait, et qu’elle avait honte de ne pas ressentir la moindre tristesse ou le moindre remords d’avoir été si peu attentive en cours. Je ne sus pas plus que d’ordinaire dire quelque chose d’intelligent.

   Puis nous nous sommes quittés, elle, avec ses yeux bleus avec son sourire et ses mots gentils et ses silences, moi, dans l’obscurité absolue. Arrivé dans mon appartement je me suis écroulé sur le lit, exténué, le visage enfoncé au plus profond de la couette. Puis je me suis retourné, après cinq minutes en apnée. J’ai fixé le plafond blanchâtre. À la lumière du néon il prenait la même couleur que l’intérieur de l’écorce d’une pastèque. Dehors on pouvait entendre copuler deux chats du quartier. Chez cette espèce la femelle souffre toujours beaucoup pendant l’accouplement, à cause du mâle et de son pénis hérissé comme un harpon.

   Il ne fallait rien attendre d’elle.

   J’avais prévu de pleurer le lendemain.

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Published by injektileur - dans nouvelles
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commentaires

AnGeLe 02/12/2009 16:33


Plonger pour se noyer... Et puis quoi ?
L'eau nous régit.
Y'a qu'à sentir la transpiration s'affoler... ou les larmes monter...
Il faut sortir de l'apnée à un moment ou à un autre. "Déconfiture".


injektileur 02/12/2009 17:19



je n'aurais pas mieux dit, ma chère.
marchi


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