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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 09:22

Monsieur,

 

 

 

c'est avec une joie insigne - vous pourrez aisément l'imaginer - que je me rends compte que je ne suis pas sélectionné pour cet entretien qui comptait tant à mes yeux.

Plus d'un an de recherche et de travail réduit à néant d'un revers de main sur mon dossier. D'un revers de votre main et de celles d'un ensemble de personnes qu'il me serait difficile de viser puisque je ne pense ni connaître leurs noms, leurs fonctions, ou leurs visages. Lorsque je suis venu deposer ce fameux dossier, votre ton contrit, que je croyais nécessaire pour ne pas me donner de faux espoirs, m'apparaît maintenant comme un mépris omniscient. Vous vous êtes assurément dit " ce type-là est un chômeur, un raté, et même avec une sélection aussi large, dommage pour lui mais il passera pas". Ceci, sans avoir jeté un oeil à ce que j'avais tenté de mettre à plat en aussi peu de mots.

Il serait tellement inutile de poursuivre ce message en longueur que je vais me contenter d'abréger au maximum mes idées immédiates. Je n'irai pas dans les détails puisque les gens comme vous ne s'attardent jamais sur les détails.

En somme, et de la façon la plus pleine et entière, je vous maudis, Monsieur. Le mot est à la fois trop fort et pas assez pour décrire tout ce que vous m'inspirez. Arbitraire, certes, mais jamais autant que ce que vous avez fait de mon dossier, ce que vous en avez retenu, comment vous l'avez jugé. Je vous maudirai avec force et conviction, tant que je vivrai et tant que ma mémoire fonctionnera à peu près correctement.

Je vous maudis parce que vous avez brisé ma vie. Autour de moi on a toujours essayé de m'apprendre à ne pas me laisser aller à me résoudre au pire, or, d'un revers de main vous venez, comme bien d'autres avant vous je vous rassure, de me convaincre qu'il faut toujours se résoudre au pire, l'assimiler, et se dire que tout sera encore pire que ce à quoi nous sommes résolus.

Cette fois-ci est simplement la fois de trop.

Je vous maudis. La haine n'est pas légitime lorsqu'elle n'est pas réciproque. Le mépris, lui, si. Il est nécessaire et libérateur. Nécessaire parce que répondant à celui avec lequel vous avez traité ma candidature que j'ai passé tant de temps à mettre sur pieds. Ce mépris que je vous renvoie au centuple. Ce désespoir dont vous n'avez que faire, mais qu'il m'est impossible de taire aujourd'hui. Tout cela je le dirige vers vous et vous seul. Vous payez pour les autres, vous payez ce prix dérisoire comparé à ce qu'il me coûte, moi, physiquement et mentalement, de ne pas avoir été accepté auprès de vous, de ne même pas avoir été convié à m'exprimer. Avec en prime cette impression tenace et rampante de ne jamais s'être vu laissé une chance, depuis toutes ces années.

 

 

Oui, vous payez pour les autres avant vous, comme je paye tous les jours pour tous ceux qui réussissent dans la vie. Ainsi, de fait, je vous maudis, Monsieur. Je vous maudis de la façon la plus sincère, pleine, entière. Vous faites partie de ces trop rares personnes que jamais, jamais - si un jour qui sait l'occasion m'en était donné - je n'aiderai à se relever lorsqu'elles tomberont. Vous pouvez me croire sur parole.


 

 

i.

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Published by injektileur - dans insanités
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