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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 04:10

Dans les souvenirs personnels vous pourrez difficilement faire plus personnels que ces villes où sur la fin vous avez laissé les derniers petits bonheurs de votre vie qui s'allonge. Il est ainsi presque impossible de rester objectif quant à certains lieux liés à des choses inexpliquables, odoriférantes et parfois - c'est le mot - ridicules pour qui en est extérieur.
Dijon répond parfaitement à cette définition des endroits de "votre" jeunesse. Jeunesse qui part aussi vite que s'étend à vue d'oeil ces morceaux de quartiers remplis de maisons à première vue toutes identiques.

Dijon est avant tout, il faut en être conscient, une ville - comme beaucoup d'autres - extrêmement laide à pénétrer. Notamment par ses accès les plus directs, à savoir le train, depuis le nord, ou en voiture par le sud et la route de Beaune, à travers Marsannay et Chenôve ou encore avec l'autoroute qui arrive et traverse Longvic. Dijon serait une femme à qui on pourrait reprocher d'être maquillée à la truelle. Gris profond la truelle, et géométrique dans tout ce qui se fait de pire.

L'ouest immédiat est pour sa part plus ou moins épargné avec Plombières et ce qui l'entoure. Vous aurez le lac Kir, artificiel mais réussi dans la chirurgie. Ou la Combe à la serpent, naturelle et touchante dans sa certaine vérité d'une Bourgogne gâtée par la Nature.
Soyons sévère pour rester neutre alors que nous parlons là d'une ville pour laquelle votre fidèle serviteur garde une affection constante et jamais démentie. Sachons rester objectif, donc.

Attachons nous à ne pas parler à la première personne du singulier quand nous parlons de Dijon, et de ce qu'il en reste. De la famille ? Oui, et elle s'y ennuie. Un peu masochiste mais attachée comme nous à ces petites choses futiles qui font se poser une fois installé. Des amis ? Plus ou moins, selon la définition que vous donneriez à l'amitié. Des amours ? Non. Clairement non. Ce n'est pas faute d'avoir attendu, voire cherché.

Dijon n'a sinon absolument rien à voir avec Bordeaux que nous évoquions la dernière fois. Pourtant, chacun sait que ce sont deux cités historiques qui ont eu chacune à leur tour une importance énorme dans l'histoire de notre pays. Mais la comparaison s'arrête là. Et les rivalités qu'on pourrait y chercher ne se trouveraient guère que dans le vin et l'absolue certitude désuète et puérile d'en faire un meilleur que le lointain voisin.

Mais peu importe. Autant Dijon est laide d'atours, autant son centre est - objectivement - assez merveilleux. Oublié par les guerres modernes, et sauvegardé âprement depuis des décennies. Il est aisé d'imaginer que les férus d'architecture médiévale n'auront pas eu besoin de ces quelques lignes pour décider d'aller le constater par eux-même.

Comme à chaque fois qu'il faut se lancer dans ces petits exercices on peut se demander pourquoi il semblait nécessaire de devoir parler de Dijon aujourd'hui. Le fait est que ça ne l'est absolument pas, nécessaire, et que comme 99,99% de ce qui s'écrit dans les blogs francophones, ça ne le sera pas plus demain, ou après-demain. Mais pour éviter la redondance du mot "inutile" et alors que les synonymes commencent à se tarir, il faudra mettre le doigt, plutôt, sur ce qui  en contrepartie rend indispensable une ville à nos petits yeux myopes au sens propre ou figuré ou les deux.

Qu'est-ce que Dijon pour votre fidèle serviteur ? Une adolescence coupée en deux ? Quelques soirées innocentes entre petits amis, avant que tout dégénère ? Le conservatoire, ses horreurs et ses quelques plaisirs partagés ? Une odeur persistante de camomille dans les cheveux des filles ? La fin du collège où l'on  ne pouvait pas comprendre que tout ne serait bientôt plus possible ?

Qui a envie d'entendre ça ? Qui a envie de revenir là-dessus ? Les anciens remparts, les longues marches depuis le Port du Canal jusqu'à la place de la République et plus loin ? Les cours de sport le matin trop tôt dans le froid ? Le bonheur de rentrer chez soi ? La solitude finale ? La fin de la vie de famille telle qu'on la connaissait ?

Ces questions ne se posent pas, non, jamais. Elles sont le comble de la suffisance, du superflu, du vain. Les regrets déjà affluent de toutes parts.

Et pourtant et pourtant Dijon se tient. Dans les hésitations à y retourner aussi. Voir ce qui change comme ce qui ne change pas. Les cernes sous les yeux. L'envie de rentrer chez soi. Le froid. Les amourettes de collège. A sens unique qui oserait prétendre le contraire. Les cernes sous les yeux l'envie de rentrer chez soi. Le petit théâtre des Feuillants et la rue Condorcet. Saint-Bénigne. Grangier. Rentrer chez soi. Le froid qui court la rue Monge, l'ancien hôpital et les remparts et le Port du Canal. Le conservatoire. Le lac Kir. Les optimistes et les courses d'endurance qui semblaient durer des heures. La transpiration qui cristallise sur les sweat-shirts en polaire. Rentrer chez soi. Elle, qui sourit. Sortir de chez soi. Elle, qui sourit, oui, son sourire, à elle, les joues rougies par le froid et l'effort. Mardi matin trop tôt. Banal et ennivrant. La place de la République quand la nuit tombe. Son haleine à la fraise. La place Darcy quand la nuit tombe. Un père qui s'en va. Un père à qui on écrit. Une soeur à ses 18 ans par un jour de tempête. Sortir de chez soi. La rue Bossuet quand le soleil se remet à briller. Rentrer chez soi. La belle lumière de fin d'après-midi quand elle transperce les carreaux de la chambre. Le grondement ininterrompu de l'avenue, des minoteries. Les jeux vidéo et le silence étrange qui se fait à peine ressentir une poignée d'heures par an. La musique. Le piano. Les auditions. Les dernières petites fiertés.

La rue de la Liberté, tous ensemble le premier jour du dernier été, quand nous avions tellement mieux à faire qu'admettre que tout ne serait bientôt plus possible.

Rentrer chez soi.

Un père qui vous annonce que vous allez tout quitter, et partir aussi loin qu'il est possible d'aller.

Les oiseaux du Port du Canal.

Rentrer chez soi.

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