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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 01:14

 

 

 

 

Il y a déjà deux soirs, au Batofar, bon concert très bon concert très bruyant. Mais l'esprit est ailleurs. L'esprit est presque complètement ailleurs, le bateau est vieux mais il n'a pas bougé pendant la dizaine d'années où vous n'y êtes plus entré. L'endroit est très sympathique, ne serait-ce que par son histoire. En tout cas au moins tant qu'elle n'interfère pas dans la vôtre. Et c'est là que le bât blesse.

 

On vous dit que la frustration est quelque chose de jouissif et ça vous est insupportable. Le mot lui-même est intolérable.

 

C'est dans la coque que tout se passe. A l'arrière, la scène, et à l'avant, un bar supplémentaire, lieu du litige.

 

On vous dit que la frustration est quelque chose d'excitant sur la durée et ça vous est insupportable. L'idée même est intolérable.

 

C'est à l'avant de la coque que tout se passe, donc.

 

Si on vous posait la question vous répondriez que vous l'aviez presque oubliée, celle-ci. Cette femelle supplémentaire. La quasi décennie a passé comme un rasoir sur la peau. Indolore, juste au début avant le début la fin. Et puis ça vous lance. Ca vous lance très fort.

 

Vous avez en tout cas complètement oublié son nom. Julie, peut-être ? Peu original et ça n'aide en rien.

Séverine ? Non plus, tant pis.

 

Elle avait l'air mutin, et l'adjectif est amusant, quand utilisé dans un bateau.

Bateau qui n'a pas pris la mer depuis des lustres.

Coralie ? Non plus non plus arrêtez vos conneries.

 

On vous affirme que la frustration est essentielle à la vie. Et c'est à s'arracher les yeux de la tête.

 

Elle sentait bon à vous accompagner dans le cercueil. Elle sentait bon à sanctifier tous les démons de notre monde. Et le pire c'est qu'elle en rajoutait. Elle vous faisait sentir son parfum directement dans son pull, la garce.

Camille ? Ne vous moquez pas de moi.

 

Elle sentait bon mais elle ne s'en rendait probablement pas compte. L'air mutin et le parfum. Rien à ajouter sinon huit ou neuf années dans les dents. Vous n'arrivez pas à vous rasseoir là où vous vous étiez assis avec elle on ne vous en donne pas le loisir. Vous l'aviez oubliée, oui, complètement oubliée mais le lieu, la cale, la coque le métal et les couleurs sombres... Vous avez la galvauderie qui vous va ravir alors que vous ne pouvez pas vous rasseoir là où vous étiez précisément assis un soir lointain avec elle.

 

Si on vous posait la question vous admettriez qu'elle avait bu, que vous aviez bu vous aussi et qu'elle vous avait fait sentir sa peau dans son décolleté. Et  que vous riiez tous les deux et qu'elle sentait bon.

 

Mais vous l'aviez oubliée, et à l'origine c'était tant mieux. C'était mieux ainsi et il aurait fallu que ça reste ainsi.

 

On vous dit que la frustration apparaît utile à qui veut bien l'accepter et cela vous détruit autant que vous pourriez incruster des crânes vivants dans les murs. La sensation est létale. Le son s'évacue dans ses propres mises en branle inexactes. L'air se décale contre les syncopes.

 

Votre coeur se fait soudain la malle.

 

Cette fille sans nom devenue inutile comme celles d'avant et après, elle avait pour elle à la base le mérite de s'être fait oublier. Malheureusement, cet enseignement de la perte s'est élevé à vos dépens. Le rythme dans certaines circonstances se fait toujours rattraper par celui qui le précède. Il se fait de plus en plus rude et vous souffrez une fois encore, banal comme fruit aigri par la sécheresse des sentiments dévolus, de l'indifférence suscitée sans trop de tensions.

 

Puis le rythme convulse par devers vous et se défausse lâchement. Les vagues inexistantes sous le bateau amarré vous déplacent de l'intérieur. Les boucles s'échappent puis reviennent comme s'il en redemandait. Le son fait miroir avec vos os.

 

On vous explique que la frustation est l'essence de tout organisme pensant. Mais vous n'écoutez plus, vous êtes écartelé entre les pistes et les ondes, vous auriez voulu oublier, mais il y a résonance des saisons. La frustation est un fusil à canon scié que vous retournez contre votre tempe ou le front de ceux qui vous font l'horreur de vous sous-estimer face à elle. L'irréparable se tient juste à deux pas devant vous.

 

 

Cette fille quant à elle n'est guère plus qu'un halo épars dans vos images mentales. Vous êtes faible et lâche et jusqu'au bout vous serez libre, faible et  lâche de vous dire et vous en tenir au fait qu'elle sentait tellement bon, pour de vrai de vrai avant la haine et la violence vers soi, avant cette inhibition immonde et meurtrière, sans emphase. Jusqu'au bout vous vous accrocherez aux bribes  atrophiées des souvenirs de ces années passées et de la minable plénitude d'un  simple instant unique de perte du moi. La minable solitude de ces gros embouts d'émotions installés en portes coupe-feu. La minable vanité de l'attirance physique au milieu de la régression absolue qui ne donne jamais son nom.

 

 


 

 

(musique : Hajnal, de Venetian Snares. Mis en ligne sur youtube par Ramzamonstro)

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Published by injektileur - dans une zik une humeur
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commentaires

AnGeLe 07/03/2011 14:18


Allons bon, merci Môsieur Venetian Snares pour le son qu'il envoie dans nos têtes détraquées.


injektileur 08/03/2011 00:31



X3 lapinou essaye de faire les rythmes avec sa bouche. Il a mal D:



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