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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 04:54

 

 

 

 

 

Déjà la nuit tombait. Nous savions depuis longtemps qu'ils passeraient à l'attaque, mais nous n'étions pas prêts. Au loin les inutiles luisaient sous les feux qu'ils avaient dressés pour nous effrayer. Ils semblaient courir à moitié, entraînés par les bruits assourdissants qu'ils accouchaient. Mais ils ne faisaient que marcher vers  nous à une vitesse si indistincte que seuls les rythmes et les échos de leurs chants de guerre désordonnés nous indiquaient quand il nous faudrait serrer les dents et parer avec tout ce qui nous servirait de bouclier.

Quand les premières flèches commencèrent à déferler il était déjà trop tard pour entreprendre une retraite vouée au massacre en règle. Jamais nous ne les aurions sous-estimés, mais nous nous rendîmes vite compte à quel point nous avions présumé de nos forces. Mes frères en première ligne tombèrent d'emblée avec les premiers rayons de lune qui irisaient d'une façon si surnaturelle les armures ennemies qu'un bref instant un calme complètement paradoxal, quasi-absurde s'empara de moi à l'idée que par hasard je puisse être déjà mort sans la moindre souffrance, sans le savoir. Ils étaient des milliers et des milliers. A mon grand désarroi, le mirage ne dura pas assez pour m'éviter le réveil au pire des sens. L'odorat. Plus les inutiles approchaient plus je regrettais d'avoir oublié mon masque. La légende n'avait finalement de légende que le nom. La puanteur cave devenait graduellement insupportable, à peine purifiée par les feux gigantesques qu'ils poussaient devant eux pour se protéger. A ma droite trois de mes soeurs succombèrent sous les hauts-le-coeur. Une quatrième suffoquait en plein désespoir sous le masque qu'elle venait de se créer avec tout un pan du bas de sa toge et une tonne d'essence de parfum brut, visiblement distillée au cas où par ses soins, dans un grand bocal qui manqua de lui tomber des mains alors qu'une flèche vint se ficher dans le sol avec un sifflement horrible, à moins de dix centimètres de son pied gauche. Mais tous les parfums du monde ne saurait vaincre l'immondice, et son cerveau tellement pris par l'atmosphère de plus en plus irrespirable à chaque seconde l'empêcha de sursauter. J'étais à la tête d'un petit groupe d'une quinzaine d'hommes, et me retournai pour constater leur état, pendant que je pouvais encore garder les yeux assez ouverts. Certains étaient déjà à genoux, d'autres courbés à la limite de vomir. Trois d'entre eux me semblèrent assez vaillants pour aller au combat. Ce n'étaient assurément pas des larmes de joie qui leur coulaient le long des joues. Avant que le vacarme ne devienne intenable, celui d'entre eux qui avait la voix assez forte pour se faire entendre me demanda si j'étais sûr de vouloir me battre. En guise de réponse, je lui hurlai que non, mais que quitte à mourir, et nous mourrons quoi qu'il advienne, autant que ce soit de face.

Il n'entendit pas, et bien lui fit. Mais lui et les autres se tinrent malgré tout debout derrière moi. Pas par courage, mais par pragmatisme et sens de d'honneur. Ma soeur à ma droite s'écroula, une flèche dans la tête. Moins de trois secondes après un de mes frères, en reçut une en plein dans l'épaule. A présent je ne pouvais que deviner son cri. Les inutiles s'étaient mis à courir et hurlaient à leur tour, avec fureur et rage, d'une telle force que je ne pus m'empêcher de me demander s'ils s'apparentaient bien à nous autres humains dignes de vie et d'âme et d'espoir. Je dus me rendre à l'évidence que mes interrogations étaient aussi inutiles qu'eux-mêmes, car d'ici moins d'une minute il se pourrait grandement que je ne sois plus de ce monde.

Essayant de chasser toutes ces inquiétudes superflues de mon coeur, les yeux embués comme je ne les avais jamais connus je sortis mon épée à deux mains de son fourreau et me mis en garde, espérant au final que mes enfants à la ville auraient, eux, eu le temps de fuir le plus loin possible de cette réalité viciée.

Sans raison et sans personne capable de m'entendre ou même de me voir je hurlai à nouveau pour me donner de la force, et avançai à grandes enjambées vers les yeux rouges infinis qui accouraient de toutes parts.

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Published by injektileur - dans une zik une humeur
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commentaires

Blob 07/06/2010 01:21


Moi j'aime bien ton texte. Moi je l'aime bien parce que, finalement, c'est jamais rien que toi, que moi, que tout le monde. On s'y retrouve, on s'y perd, on en revient ou pas...moi j'aime bien...ce
n'est jamais que la bataille qu'on a livré, qu'on livre ou qu'on livrevrera ou peut-être pas... si on fait partie des chevaliers du silence;-) C'est prenant, en tout cas.


injektileur 07/06/2010 03:20



mici, et oui, il faut s'y retrouver au bout du compte, sinon ça vaut pas la peine.



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