Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 04:44

Raison x ou y plus malchance font exclusion. Vous avez à peine les choix qui scintillent au loin. Indigent, le mot n'est pas particulièrement utilisé dans le langage courant et il indique des réalités si différentes les unes des autres que le fait même d'utiliser un même mot pour elles toutes devient absurde.

Parlons des indigents français à l'étranger.

Pas forcément de ces jeunes qui partent sans un rond mais avec beaucoup de rêves et qui reviennent en France sans un rond mais avec des aides pour lesquelles ils n'ont pas cotisé. Et votre serviteur aurait pu en faire partie.

Les indigents ne sont pas des assistés au sens où nos politiques veulent nous le faire entendre. En ce concentrant sur ces Français pauvres à l'étranger il est étonnament instructif de se rendre compte à quel point les plans de vie de la plupart étaient "sains" et "constructifs" avant qu'un élément extérieur ne les précipitent dans la dèche, qui est, soyons-en certains, toujours plus horrible à l'étranger que chez soi.

Divorce, deuil, accident, remous politiques, gouvernementaux et diplomatiques, crises économiques, avancées technologiques avec lesquelles ceux qui ne sont pas en phase périssent, fausses avancées sur lesquelles certains se sont lancés par erreur, l'ensemble des imprévus et des fautes humaines tend vers l'infini alors que notre monde n'a jamais été aussi complexe.

 

Mais les indigents restent les indigents. Dans les ambassades le logique mot d'ordre est qu'aucune aide ne vous sera versée, qu'elle quelle soit. Dans les pires des cas, comme les guerres, il y a nécessairement un devoir de protéger et de mettre à l'abri ses concitoyens. Mais pour aller où ? Et faire quoi ? Un expatrié permanent depuis des décennies sait-il vers qui se tourner une fois de retour dans ce pays qu'il ne connaît plus, et qu'il n'a souvent plus envie de reconnaître ? Prenez le Japon. Où est la réalité de ce qui se passe depuis un moins pour les Français résidant là-bas ? Des services consulaires débordés et impuissants ? Incompétents ? Oui et non. Comme toujours les ressources des expatriés seront leure meilleure garantie de se retrouver le plus rapidement possible à l'abri. A savoir : vous êtes français, ingénieur employé d'Areva, installé depuis 6 mois avec votre femme et votre fille à Tokyo, et c'est la tuile. Vous ne savez rien de ce pays et vous vous en foutez. Mais vous êtes riche. Et le consulat sait que vous êtes riche. De plus vous avez un enfant. Alors banco, vous serez dans le premier avion, histoire de prendre des "vacances" avec la petite renvoyée chez ses grands-parents.

Mais vous pouvez aussi être français, avoir 55 ans, dont 30 de vie au Japon, à essayer de mêler vos compétences de cuisinier avec votre passion pour ce pays. Les fins de mois ne sont pas toujours roses comme les cerisiers en avril, mais vous êtes là où vous croyez appartenir, et vous en êtes fier. La tuile des tuiles vous tombe dessus comme elle tombe sur des millions de personnes sauf que vous, en tant que français "indépendant" vous ne vous êtes jamais senti aussi seul. Vous venez vous abriter en France à vos frais, alors que les compagnies aériennes imposent des tarifs usuriers. Il vous reste malgré tout un peu de famille et quelques amis chez qui vous poser. Mais rapidement vous vous direz que vous n'êtes pas chez vous. Vous n'êtes plus chez vous, vous avez encore moins d'argent que précédemment mais vous n'êtes plus chez vous en France. Votre vie est loin là-bas et rare sont celles et ceux qui vous comprennent. Vous êtes un indigent en devenir. Vous cotisez à peine pour votre retraite et alors que votre âge avance vous vous demandez si vos choix étaient les bons. Vous ne pensiez pas vivre si vieux, il est vrai.

Pourtant le pire n'est pas de votre côté. Non, le pire on le trouve chez la jeunesse, justement. Cette jeunesse qui bouge et dont tout le monde se fout. Pas la jeunesse dorée des échanges inter-universitaires. Non. La jeunesse des visa vacances-travail qui vivote plus qu'elle ne vit. En tant que Français au Japon, vous n'avez droit absolument à rien de concret, sur le long terme. On vous autorise à dépenser vos maigres économies accumulées - dans le meilleur des cas - pendant vos études, puis revenir "chez vous" les poches vides, humilié et malade de frustration. Les plans, les plans vous les aviez. On vous explique que vous êtes Français et que ce n'est pas possible. Vous seriez allemand ou autrichien ce serait pareil. Vous seriez Américain, Canadien ou Australien ce ne serait pas pareil.

L'injustice et le racisme ciblé expliqué aux enfants que nous n'aurons jamais.

 

Vous n'avez même pas le loisir et l'énergie de vous signaler aux services consulaires. Vous êtes encore moins qu'un chiffre ou une statistique. Vous n'existez même plus. Alors que votre monde parte en cendres ou non cela n'a plus trop d'importance.

 

Les exemples sont légion mais permettez-moi simplement de ne pas chercher à feindre la compassion pour ces salariés de Total ou d'Areva et autres qui doivent fuir en urgence - et en pleurs, évidemment - des pays sans aucun intérêt pour eux sinon celui de remplir leur compte en banque pour des enfants qui feront la même chose qu'eux.

 

Les indigents sont ceux qu'on sait. Mais les médiocres restent loin très loin de ce qu'on est capable d'imaginer.

Partager cet article

Repost 0
Published by injektileur - dans divagations
commenter cet article

commentaires

Introducing...

  • : pour la main gauche
  • pour la main gauche
  • : des essais d'essais de romans en ligne, avec des nouvelles aussi, de la musique, de la poyézie, des traductions, quelques jeux vidéo et des bouts de pseudo-réflexions personnelles dedans...
  • Contact

injektzik

Sur Le Long Terme