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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 04:48

Arrivé à la Part-Dieu, il fait un temps superbe et je me sens très étrangement calme. Serein, voire. Personne ou presque ne m'attend et j'imagine seulement que je vais boire. Ceux qui m'attendent m'ont toujours plus ou moins attendu et attendront longtemps, mais ils me connaissent depuis ma naissance ou presque comme je les connais depuis la leur, ou presque, alors ils me comprennent et me comprendront encore longtemps et me pardonneront, de fait.

Ou presque.

Quelques heures plus tard, métro automatique, morne mais sensible. Kid A pour talisman.

Les autres ne m'attendent pas ne me connaissent pas plus, mais ont pour eux l'allant d'une jeunesse qu'à bien y réfléchir je n'ai pas connu ou ne connais pas, finalement. Répartie avant tout, fine et subversive autant que grasse et grivoise comme je l'aime. Le parc de la Tête d'Or sous la quasi-pluie, avec le vert qui s'illumine au détour d'un nuage altruiste. Les animaux fatigués mais vivants coûte que coûte, assurant un spectacle plutôt absent mais nécessaires par leur présence blasée comme de vieux comédiens à qui on ne le fait plus, si on a jamais réussi à leur faire, un jour. Je me perds un peu dans ma tête vague, il paraît que je suis un lecteur. Qui ne sait pas dessiner, non. Mais qui écrit un peu sans avoir envie de le préciser parce que ce n'est ni le moment ni le lieu pour essayer de convaincre quiconque du contraire. D'intéresser, voire. Paradoxal.

Après vient la boisson blanche. Et je me sens mieux. La répartie je n'en prends pas note, mais je m'en amuse, beaucoup. Sans note. Des verres me sont offerts. Gentillesse et générosité de mise. Nouveaux rires certains parlent trop vite et assument. On traverse et retraverse la ville et je suis définitivement perdu, mais pas que dans ma tête légèrement minée. On revient sur nos pas et je me répère un minimum.

Jean Moulin ou son frère me sert une pizza, mon régime depuis des jours. Le foot hurle dans le poste et l'intérêt n'est pas là, non. Les autochtones ne me semblent pas motivés.

Jean Jaurès me refile au Maréchal de Saxe qui me laisse tomber pour Gambetta.

Puis viennent les berges. Et le vin blanc. Mauvais mélange. Mais la répartie persiste sans besoin se départir d'une quelconque pitié de moi, sociabibilizant en berne, d'ordinaire jusqu'à minuit. D'ordinaire jusqu'à minuit, oui. Par principe. Par principe stupide mais les bouteilles me sont encore offertes et mon tour doit venir de la même logique que les péniches sont venues. Pour ne plus bouger, impertubables. Ce sont bien les seules.

Puis arrive la presqu'île, en bloc. Un pont, plusieurs, en fait, dont je ne connais pas les noms. Des jolies lumières à peine plus blanches que les liquides ingérés. De sérieuses discussions anti-capitalistes en guise de gouvernail. Et puis encore un bar. Ma tournée et ma tête qui se désolidarise juste ce qu'il faut de mon corps. Je me sens presque bien et puis on rit assez fort. Et puis on sort et on remarche encore, dans une direction troublée pour moi. Définitivement. Le travail et l'humain contre le capital ou l'argent. Je suis binaire, je prends les seconds. Ces sujets m'intéressent, même si Marx, Keynes et les autres se marrent comme les bouffons qu'ils ne sont pas vraiment, non. Un dernier bar. Quelques chansons de Radiohead. Comment suis-je arrivé là, déjà ? Comment en suis-je arrivé là, déjà ? Ici, à Lyon ? Pourquoi et comment me suis-je retrouvé là ? J'ai des réponses qui ne m'intéressent plus à des questions qui n'intéressent pas. Personne. Mais le capital me travaille sévère, et j'écoute avec attention. J'arrive encore à parler à répondre à la personne en face de moi. Sympathique, très sympathique. J'aime parler bites et vagins à 20 heures et retraites dès le lendemain officiel. Ou même avant. Voire. Les pintes dans le sang, avec le blanc qui s'écoule moyen dans mes veines mais disons, j'aime ça. Jamais, jamais de mélanges, je le sais pourtant.

Tant pis.

Puis sortie du dernier bar, Radiohead s'est tu depuis un bon moment. L'heure est indéterminée. La presqu'île m'a autant envahi que ç'aurait dû être l'inverse. On se dresse d'un entrain lourd et se remet en marche et personne ne rechigne. J'imagine que celles et ceux qui sont restés apprécient l'instant autant que moi. Sincère sur ce coup-là. Les partis ont toujours tort. Je m'en fiche. Tant pis pour eux. Tant pis pour celle qui ne m'a pas dire au revoir. Là, présentement, elle n'est ni la seule, ni la première, ni la dernière.
Et puis c'était avant Radiohead. Alors tout va bien. Le verre était encore une fois censé être offert mais personne n'est sûr que quelqu'un ait payé. Drôle et rare.

On retraverse un autre pont, mais l'alcool ne m'empêche pas de ne pas savoir vers où je dois aller. Gambetta et Jaurès m'attendent avec impatience, eux, qui sait, peut-être. Je quitte la bande finalement assez discrète. Des couples et des petits groupes oubliant l'agressivité latente sont au moins aussi pleins que certains d'entre nous dont moi. Sur les quais aux noms obscurs je titube à nouveau seul, au pro rata genre du minimum syndical et j'ai soudain faim d'une faim immonde. Je me baffre des pringles à peine ouverts dont personne n'a voulu. Une jeune femme plutôt mignonne et dans le même état que moi m'en demande d'emblée, sans lui répondre - je suis dans l'incapable et lourde envie éthylée de ne pas le faire - je lui tend le tube. Son mec fait pareil, j'ai juste envie de lui dire d'aller se faire mettre. Gambetta me reconnait, même seul, maintenant. Je l'aime bien, et ouvre les tucs de réserve en son honneur. Ils n'en ont pas voulu non plus. Gambetta ne me juge pas, il sourit juste faiblement. Avec mon humeur je le trouve narquois. Mais les grammes dans mon sang sont dans l'incapacité de lui en tenir rigueur. Je n'ai peut-être rien compris, il se fout probablement ouvertement de ma gueule, mais je ne vois pas l'utilité de lui en vouloir. Gambetta me connaît mieux que n'importe qui à cette heure, mieux que quiconque en son lieu. Gambetta est multiple, c'est le moins que l'on puisse dire. A Paris il ne saurait pas qui je suis, et c'est tant mieux, parce qu'inconsciemment ou non je me cache de lui. Mais à Lyon, oui à Lyon il me voit sinon mourir, sinon renaître, au moins laisser derrière moi les derniers résidus d'animal social qui vivait dans mon sein. Je n'aime plus Gambetta, d'un coup. Il m'a volé un secret que je le sais pertinement peu enclin à garder. Je le vois, moi, me sonder comme personne avant lui comme rien d'autre avant ça. Gambetta est comme Emile Zola, Ledru-Rollin, ou le parc Nakajima à Sapporo. Ils me connaissent maintenant par coeur, chacun à une période précise de ma vie.  Gambetta m'a juste cerné tellement vite que c'en deviendrait inquiétant. Il me voit et me comprend dans un état mental où je ne supporte rien ni rien ni nulle part ni jamais ni personne vivant ou mort.

Jean Jaurès lui est plus conciliant. Il accepte même mes tucs et me ramène à ma fatigue encombrante basique, ridicule voire, ayant juste dû me prendre en pitié quelques heures auparavant. Mais en embuscade pour la prochaine fois Gambetta derrière moi ne me fera jamais penser qu'il a perdu. Puisque chacun de nos côtés ni lui ni moi ne nommes conscients.

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commentaires

Hime 18/05/2010 10:02


Lyon ville maudite à tiroirs multiples dans lesquels fouiller pour se perdre?
Lyon ville miroir à effet bordel imbibé pour s'alléger le crâne lourd à porter?

Peu importe en fait, juste merci pour ce texte.


injektileur 18/05/2010 16:56



je t'en prie ^^ et oui, Lyon a par logique géographique plus de berges opposables, donc plus de facettes que beaucoup d'autres villes en France.



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