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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 04:04

(première partie du texte ici)

 

 

 

Je ne sais pas ce qui lui a pris. Je ne suis pas sûre qu’on puisse jamais avoir le recul ou l’expérience nécessaire pour comprendre ces petites histoires qui font ce que nous sommes. Et donc, je ne saurais dire ce qui lui a pris. Nous nous connaissions par Camille, une copine à moi. Son nom à lui, c’était Julien. J’avais 17 ans et lui 16. C’était à la toute fin des années 90 et il était plutôt mignon, je pense. Grand, avec des yeux gigantesques, très sombres. J’ai toujours craqué pour les grands yeux. C’était tout sauf un tombeur, mais il faisait partie de ces garçons pour qui certaines finissent par avoir le béguin, voire éprouver un certain désir. Comme moi. J'assumais et j'assume toujours. Cela faisait deux mois que nous trainions ensemble. Pour résumer, nous aimions les mêmes choses et nos humours concordaient. J’étais en terminale et lui en seconde. Je pense que de cette différence naissait une sorte de respect pour moi qui m’arrangeait bien, évidemment.
Et malgré ce respect qui pourrait ressembler à un début d’explication, je ne sais pas ce qui lui a pris. Une heure avant nous étions en train de discuter devant le portail du lycée. Et j’aurais dû le laisser là, pour le retrouver le lendemain. Mais je crois bien que je me sentais seule. J'assumais et j'assume toujours. Et puis il me plaisait je l’ai dit. Nous étions tous les deux très fan des Simpson. D’un coup comme ça je lui ai proposé avec le plus de détachement possible de venir regarder chez moi les épisodes qu’il avait loupés. Il m’a répondu qu’il avait des devoirs à finir pour le jeudi suivant. Mais je n’eus que peu de mal à le convaincre. J’imite parfaitement Homer.
Je ne sais s’il s’attendait à quoi que ce soit. S’il se faisait les idées qu’ils aurait dû se faire. Je ne sais pas si une érection l’a gêné au moment où il me figurait nue. Je ne savais pas encore si cela serait sa première fois.
La mienne n’avait absolument rien de fondamental et je ne tiens pas à en parler. Mes expériences précédentes non plus non rien à voir avec ce qui m’amène ici. Pour l’instant je suis sur Julien. Pas encore littéralement mais ça ne saurait tarder.
Je sais pourtant comment ça a commencé. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée et parce que j’avais envie de sexe je l’ai invité à venir regarder les Simpson chez moi.
Et j’ai fait en sorte que nous ne lancions pas un seul épisode. Je sais comment ça a commencé parce que c’est moi qu’il l’ai dirigé vers ma chambre. Je sais comment ça a commencé. J’étais assise à mon bureau et lui sur mon lit. Nous nous sommes mis à parler de Camille. Je sais qu’elle lui plaisait beaucoup et le soupçonnais de s’être rapproché de moi pour lui mettre le grappin dessus au final. Mais je ne lui en tenais pas rigueur. J’ai surtout et avant tout envie de faire l’amour. De plus je crois que c’est lui qui a abordé le sujet. Et puis nous avons comparé nos goûts musicaux. Je me suis moquée de lui parce qu’il était très fan des Cranberries, des Stereophonics et de U2. Je lui ai conseillé plutôt Radiohead ou PJ Harvey. PJ Harvey à qui Camille ressemblait pas mal, d’ailleurs.
Je sais comment ça a commencé. Comme il était trop peu entreprenant je suis venue m’asseoir à côté de lui sur mon lit. Il m’a fallu patienter de longues minutes apparentes pour qu’il daigne m’embrasser. Mal à l’aise il l’était. D’où mon léger malaise à moi aussi. J’ai vite senti son érection et ai décidé de me déshabiller rapidement, puisqu’il ne semblait pas à même de le faire lui-même. Dans le même mouvement je l’ai déshabillé lui aussi et son attitude de petit garçon pas sûr de lui m'a touché. Je savais maintenant que je n’étais pas sa première, mais nos mouvements s’accordaient comme nos goûts et nos visions. La confirmation était faite que je n’avais aucun regret à nourrir de l’avoir laissé rentrer chez moi, dans ma chambre. Plus aucune peur de m’ouvrir à lui. Il me plaisait, il était drôle, célibataire, et j’avais envie de faire l’amour.
Je sais exactement pourquoi et comment ça a commencé. J’avais envie de faire l’amour et il me plaisait et il était drôle et célibataire et mes parents et mon frère pouvaient rentrer d’un instant à l’autre. Le temps nous était donc compté.
Il ne m’a pas donné l’impression de vouloir trop que je le touche où que ce soit mais lui-même s’est vite retrouvé la tête entre mes cuisses après m’avoir léchée partout. J’ai apprécié de suite, probablement un peu trop pour sonner la pause capote que - irresponsable à l’excès - je n’étais même pas sûre d’avoir envisagée à la base.
Il m’a pénétrée au moment où je l’attendais et se renforça comme il le fallait. C’était extrêmement agréable et je n’ai eu avant l’orgasme guère de temps pour les soi-disant traditionnelles pensées intrusives pendant l’acte. Sinon que j'ai remarqué qu’il restait fixé sur mon ventre et mes seins sans sembler tenir à croiser mon regard. J’aimais ses yeux et trouvai cela un peu dommage et soupçonnai qu’il soit en train de songer à Camille et à comment il aimerait lui faire ce qu’il était en train de me faire. Je ne lui en voulais pas, et souriait en cherchant à me convaincre que des milliers de garçons auraient vendu leur mère pour être à sa place. Pour ma part à ce moment précis je me voyais mal avec quelqu’un d’autre que lui. Je n’étais aucunement amoureuse. J’avais simplement envie de faire l’amour avec quelqu’un qui me plaisait et en jouir pendant que je le pouvais. Il a tenu je dirais cinq - suffisantes - minutes et j’ai donc joui comme j’y tenais. Lui au dessus de moi, puis moi au dessus de lui, puis lui au dessus de moi.

Malgré cela je ne sais pas ce qui lui a pris. Une heure avant je prenais les devants pour le tirer jusque dans ma chambre. Puis étais parvenue à mes fins avec la plus grande classe. Puis il s’était décidé enfin à me manipuler comme je l’attendais.

Je ne sais pas ce qui lui a pris, non. Alors qu’au bout des cinq minutes je sentais remonter un orgasme en parallèle de ses coups de reins qui se faisaient plus amples, son pénis s’est extrait de mon vagin, comme cela arrive parfois, et c’est à ce moment précis qu’il a éjaculé en masse. Sur moi.
Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais je sais exactement comment tout ça a commencé. J’avais besoin de sexe, je l’ai amené chez moi en prétextant regarder des épisodes des Simpson, j’ai usé de mes charmes, et malgré son amour pour Camille c’est moi qui me suis retrouvée sous lui et son sperme.
« La vache... »
Ce sont les mots que je n’ai pu retenir. Du moins, à peu près ces mots, je crois. J’ai toujours trouvé le sexe trop sérieux. Avec Julien pourtant je comprends, je n’étais pas si sûre de moi qu’il l’aurait fallu. Je n’ai pas réussi à finir la phrase. Je voulais simplement être drôle et gentille. Je me disais qu’il se dirait qu’il n’avait pas duré assez longtemps ou ce genre de choses et je tenais dirons-nous à le rassurer.
Il y en avait partout sur les draps sur mon ventre sur mes côtes et mes cuisses. J’en ai même senti sur mon nez. Il avait vraiment éjaculé une grande quantité de sperme. Et même si j’imaginais tout à fait qu’avec son caractère il n’arriverait pas à s’en vanter, je n’aurais jamais pu concevoir que ce détail le bloquerait de la sorte. Comme pétrifié par la vision de mon corps couvert d’une malédiction mortelle.
Je ne sais pas du tout ce qui lui a pris. Ni la valeur de ce qui venait de se passer entre nous à ses yeux, ni la nature des idées qui lui ont traversé le crâne alors qu’il se tenait en arrêt, penché sur moi entre mes cuisses que ses bras maintenaient en l’air.
Je ne saurai jamais. Je suis à peu près résignée maintenant. 

Il devait y avoir de la honte, forcément. Mal placée et superflue, mais honte quand même. Cette honte de ne pouvoir résister à ses instincts de mâle, quand bien même vos sentiments de mâle vous dirigent vers une autre personne qui n’est pas votre conquête de l’instant, mais une fille moins populaire. Une fille gentille, douée, talentueuse, mais aveugle et sourde face à vous en tant que garçon ou homme.
Il devait y avoir le dégoût de lui-même et de sa faiblesse.
Il devait y avoir un certain dégoût à mon égard aussi. Une déception.

Il n’a plus dit le moindre mot. Ni même pardon, ni même au revoir.
Il s’est habillé d’une traite et m’a plantée là, comme un violeur. J’étais pégueuse de lui et de lui seul. Je n’ai pas réussi à le retenir et il ne m’a plus jamais adressé la parole. Je n’y suis jamais parvenue non plus.

Je ne sais pas ce qui lui a pris. Je sais exactement comment ça a commencé mais je ne saurai jamais ce qui lui a pris. Je ne saurai non plus jamais comment ça aurait pu finir sinon.
Parce que ça aurait pu finir exactement comme ça a commencé, mais juste un peu plus tard. Avec l’automne puis avec l’hiver, nous deux à la sortie du lycée main dans la main. Lui qui rit à mes imitations d’Homer. Lui qui me fait oublier les quelques ceux d’avant qui m’ont fait tout ce mal au coeur. Camille qui nous regarde bizarrement à la cantine. Lui qui oublie progressivement Camille. L’envie abrupte de le retrouver entre le cours de maths et le cours de philo. L’envie encore plus abrupte de faire l’amour avec lui dans l’enceinte du lycée. Moi qui rit à cette vision qui lui ressemble tellement peu.
Moi qui l’éduque musicalement. Et sexuellement.

Ses mains. Et ses grands yeux quand ils se décident enfin à vous regarder en face au moment où vous jouissez de lui.

L’amour fragile qui pourrait mourir sans ombrage au printemps.

Mais tout cela n’existera jamais. Parce que le silence. Son silence. Et votre léger énorme sentiment d’abandon. Malgré vos efforts. Malgré le premier pas. Malgré la tendresse réelle cause et conséquence du désir. Son départ. Ou plutôt sa fuite. Et son silence donc. Puis plus rien.

 

L'instant d'avant il ne vous a pas pénétrée, l'instant d'après si. L'instant d'avant vous avez encore une sorte d'avenir ensemble. L'instant d'après non.

 

Je ne saurai jamais ce qui lui a pris.

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Published by injektileur - dans nouvelles
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commentaires

Georges 17/05/2011 18:16


Vraiment bien ce texte!! j'aime beaucoup. C'est un beau duo. ^^


injektileur 18/05/2011 00:49



merci :3 je t'avoue que je crois que j'aurais vite fatigué s'ils avaient décidé de faire ça à plus de deux -_- lol



AnGeLe 16/05/2011 16:13


Belle complémentarité.


injektileur 17/05/2011 02:29



(83) lapinou agent double



V. 16/05/2011 13:01


C'est justement ce qui fait le charme de chacun, les petites marques de fabrique... Merci à toi, pour tout ce que tu sais =)


injektileur 17/05/2011 02:29



:3



V. 16/05/2011 10:16


Excellent Môssieur (juste un verbe avoir en trop dans une phrase à mon sens, mais c'est juste pour la frime que je le dis).
Comme je l'ai attendu et que je l'ai eu, déjà d'une : merci beaucoup ;)
De deux (autant le mett' je l'ai annoncé), j'ai trouvé, à te lire entre mon café et les yeux qui collent encore un peu, ton "tic" d'écriveur ^^ Pourtant je t'ai lu souvent, et ce matin vu que c'est
une fille qui raconte, ben ça m'a sauté aux mirettes. C'est marrant du coup de se laisser emporter par ses élucubrations, "en entendant le son de ta voix, à toi" =)
Vala, j'ai aimé le duo de texte vraiment, comme un bon sandwich qu'il est trop petit, sinon côté plume ça me rappelle... Nan, rien... Ce comm' enfle déjà de trop !


injektileur 16/05/2011 12:54



merci toujours toujours :3 la phrase bancale est corrigée grâce à toi


ils sont super, tes commentaires, ne t'en fais pas. Et constructifs. Pour ce qui est de mes tics, je crois que c'est difficile de pas en avoir, à mon petit niveau ^^" je fais des efforts,
pourtant.


quoi qu'il en soit, merci merci.



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