Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 19:13

Rhétorique usée jusqu'à la corde - de chanvre - pour toujours et toujours réfléchir à ne jamais déroger aux règles de bases que sont la vente de soi, de ce qu'on est puis de ce qu'on fait. La vente. Pure et drue. La vente qu'on enseigne à tour de bras dans des milliers d'écoles à travers la planète. La vente. Les produits. La publicité. Savoir SE vendre. Il faudra se demander si tout n'a pas sérieusement commencé à déconner à partir du moment où "on" - celles et ceux formés dans ces écoles - ont commencé à parler de produits culturels, à raisonner en termes de ventes de produits culturels, et à vivre en fonction des ventes de produits culturels. L'idée n'est pas neuve. L'expression assez, finalement.

Vendre des livres, des disques, des films comme "on" vend un aspirateur ou une salade au marché. Et encore, le vendeur d'aspirateurs ou de salades ne se cache pas derrière des prétentions artistiques, justement.

Après, on verra que là où les vendeurs de produits culturels et de salades se rejoignent, c'est quand ils sont d'accord pour donner à la populace ce qu'elle demande. Les endives sont trop amères ? Pas de problème. Salades avec trop de sable ? On va vous régler ça au plus vite, monsieur. Le rock est mort  pour la centième fois ? Sans blague, voici le hip-hop. Le hip-hop est trop underground ? Voilà le rap d'ascenseur, la "soul" music, sublimes, balancés sur 95 pour cent des ondes à longueur d'année.

Le vendeur d'aspirateur garde, pour sa défense, le côté pratique de son produit. Vous pourrez utiliser Philippe Delerm pour câler un petit meuble, Dantec pour un gros. Vous pourrez accroître votre taux de lectures par an grâce à Nothomb, Gavalda, Musso ou Lévy. Oui, ces vendeurs-là sont pratiques, ils font croire à qui le veut bien que vous "lisez". Apple arrive à faire croire que ces produits sont indispensables à tout citadin qui se respecte. Le gouvernement français vend sa réforme des retraites en affirmant que tout le monde doit travailler plus vieux.  Tout le monde doit se serrer la ceinture.Ce qui passerait beaucoup mieux auprès de l'opinion, si travailler plus longtemps rapportait effectivement plus. Et si certains énormes vendeurs n'accaparaient pas injustement la plus énorme des parts du gâteau. Et si cela n'empirait pas avec les décennies que nous voyons défiler sous nos yeux ébahis.

Vous arrivez chez Starbucks ou McDonald's pour un entretien - précédé de deux autres - et on vous renvoie chier parce que vous n'êtes pas assez vendeur. Vous n'y croyez pas assez, au café pourri acheté une misère revendu une fortune. Au hamburgers froids qui ne pourront jamais avoir la même gueule que dans la pub. Trois entretiens où vous devrez mentir pour expliquer à quel point oui, vendre du café ou des frites molles derrière un comptoir, vous avez rêvé de ça toute votre vie.

Il n'y pas de sotte lecture. Encore moins de sot métier. Et pourtant, si le travail fait l'homme, si la vente est le but ultime alors il faudrait qu'un jour on se penche pour de bons sur la masse de gens qui sont tout en bas de la chaîne alimentaire.

On vous vendra n'importe quoi. Des assurances qui ne vous rembourseront jamais rien. Des produits bio qui n'ont de bio que le nom, pour faire à la mode, pour vendre. La mode, aussi, tiens, le temps manque. Le temps manque à l'esprit humain pour se retourner sur ce qui fait la mode. Sur ces gamines et moins gamines prêtes à dépenser des fortunes pour acheter des fringues dont les créateurs ont directement puisé l'inspiration dans la rue, donc dans elles-mêmes, les gamines et moins gamines qui se regardent en chiens de faïence dès qu'elles ont le malheur de porter la même chose. Le tout pour vendre, avec des plus-values que les financiers trouvent normales.

Les boucles se bouclent. Les produits sont produits, et se vendent sans fin.

La vie économique sera belle quoi qu'il advienne. La vie sociale ou culturelle, de plus en plus triste et faussée.

Partager cet article

Repost 0
Published by injektileur - dans divagations
commenter cet article

commentaires

Rémy 30/09/2010 01:44


Tu parlais sur mon blog de sacrificse à faire pour créer de la qualité.
Les "top blogs" sur wikio ou autres ne parlent pas de grands choses. Le foot, Facebook, un scandale sexuel.
Tu veux des visites, parle de ça... héhé... je te taquine bien sûr. Il est certain que ça ne se retrouvera jamais sur ton blog ce genre de chose, pourquoi ? Parce que justement, ça n'a aucune
pertinence. Ce qui est intéressant chez toi, et que je considère de qualité dans un blog c'est la pérennité d'un article.
À la limite,lorsque je parle actualité c'est pour recenser la névrose, un bon exemple est le cas de la grippe que tout le monde qualifiait de pandémie alors que finalement, les seuls milliards qui
ont été recensés n'étaient pas des morts, mais des dollars de bénéfices pour la firme GSK.
Déjà là, le regard est bien différent.
Petite digression donc, pour dire que tu fais un sacrifice en offrant une chose spécifique à ton lectorat : du raffinement.
Bref, je ne cherche pas à te consoler ou te dire que tu fais fausse route. Cependant je trouve ta démarche profondément littéraire, et c'est ça qui compte. Ultimement, il suffit d'un internaute qui
soit subjugué par tes textes et qui s'y intéresse pour que ton blog prennent son sens, pas cent qui ne comprennent pas.
C'est le but qui ressort de la structure de tes textes, et c'est, je crois ce que tu auras.

si j'étais un bon commentateur je me relirai mais ce n'est vraiment pas pratique dans cette toute petite fenêtre.

Je termine donc sur le pinacle de l'argumentation japonaise manga :
Gambate !

Rémy


injektileur 01/10/2010 01:58



ee, arigatou, ore gambaru yo ^^


c'est adorable ce que tu me dis, rémy. Je serais gay, je tomberais amoureux :p :p


plus sérieusement, tu soulèves un point très important. Je me souviens au tout début de ce blog, j'ai écrit un petit texte sans intérêt sur l'anniversaire de la chute du mur de Berlin.
C'était en gros, dans l'actu. Et je me suis retrouvé avec un petit pic positif de visites, sans le vouloir vraiment. Et je me suis dit exactement ce que tu racontes ici. Je ne voulais pas de ça
comme ça. Je pourrais parler de mode, avec photos, de stars, de potins, de jeux vidéo (même si ça, je me gêne pas, ou plus, j'avoue. mdr ), de foot, de paris sportifs, de musique nrj-daubesque,
de vidéos de chatons à la con (même si j'adore ça) du Japon avec de zolies photos de geisha ou du mont fuji, etc.


et je te parle même pas de la possibilité de rajouter de la pub sur mon blog pour gagner quelques centimes par mois.


Mais j'en suis incapable, je le répète. Et je te remercierais jamais assez de me suivre là-dessus et de me comprendre, ainsi que ma poignée de lectrices fidèles ^^


(pour ce qui est de la taille de la fenêtre de comms, je peux pas te contredire non plus, mais je crains que ça soit la règle en la matière -_-'' )



Blob 29/09/2010 22:37


Ah houai ? Mais qui a besoin de reconnaissance sur cette terre ?
Personne ?
J'ai du me tromper de planète.
Je m'en retourne dans l'espace inter-sidéral.
Bien à vous.
Barbarella


injektileur 01/10/2010 01:47



c'est pas ce que je voulais dire, hein ? :/



Rémy 28/09/2010 17:41


"Vous pourrez accroître votre taux de lectures par an grâce à Nothomb, Gavalda, Musso ou Lévy. Oui, ces vendeurs-là sont pratiques, ils font croire à qui le veut bien que vous "lisez"."
Aïe, tu n'y vas pas avec le dos de la main morte comme dirait Aldebert. Moi personnellement j'aime bien Nothomb, des livres que j'ai lu. Je n'ai pas lu Levy mais j'ai lu une mauvaises revue sur sa
littérature à la Guy Descars.Mais bon, comme étudiant en lettre c'est sûr qu'on me demande de s'intéresser plus à Derrida, Foucault, Kafka et tous les auteurs qui sont soit académiques (lire
"scolaire" comme Balzac, Zola,Hugo) soit les auteurs que j'appellerai, compliqués (à ne pas lire sans café).
Enfin, je saute sur la littérature mais ce n'est pas uniquement ce dont tu parles.
Je me demande dans quelle mesure c'est une question de sémantique.
Parce que nous nous mettons systématiquement en scène, non, sur les réseaux sociaux comme sur un blog. Ça aussi c'est se vendre.
Maintenant, je pense qu'il y a un peu moins de déchéance à se mettre en scène sans rétributions financières directes. Il y a moins de conflits d'intérêts. La mise en scène ne me dérange pas outre
mesure cela permet de focaliser sur un aspect de soit, quitte à aller dans l'exagération. Mais la mise en scène par le biais du mensonge (cf. ton exemple délicieux du jus de chaussettes de Mc Do),
ça j'aime moins.

-r


injektileur 29/09/2010 02:14



houla, la réponse va être longue... désolé d'avance je me dois de prévenir.


par rapport à ta première remarque, c'est bien pour ça que j'ai précisé qu'il n'y pas de sotte lecture. La carrière de Nothomb avait très bien commencé, et je considère, par exemple, que
"Mercure" ou "Attentat" (sans parler d'"Hygiène de l'assassin") sont de vrais bons "romans". Le problème c'est que ça fait bien 10 ans que la Belge s'essoufle grave, et que ces "romans" ne
deviennent en fait que de minables nouvelles que les gens continuent de s'arracher, de la même façon qu'on boit du Beaujolais tous les ans en sachant pertinemment que c'est dégueulasse. Pour les
autres, c'est chez moi vraiment rédhibitoire. J'ouvre un livre de Gavalda et j'ai petit à petit envie de vomir. Il doit aussi avoir beaucoup de jalousie là-dedans, je le concède. Mais je le
répète, il n'y pas de sotte lecture. Je considère juste qu'il est très difficile pour moi - je m'y applique - de ne pas mépriser les gens qui ont l'impression de s'intéresser à la littérature en
s'arrêtant à ces auteurs-là. J'ajouterai que si je vénère Zola ou Kafka, entre autres, j'ai de semblables réactions épidermiques à la lecture de Balzac, Rousseau, Proust ou même Flaubert. Mais
entre se dire que tous les goûts sont dans la nature, et essayer de faire illusion par rapport aux "livres" qu'on lit, en sachant que même en lisant très lentement un Nothomb, on le lit en moins
de temps que dure un long-métrage qu'on oublierait aussi sec, je crois qu'il y a une vraie différence à faire. Ce que je trouve malgré tout extraordinaire à notre époque, c'est que justement on a
réussi à abattre les barrières entre la soi-disant "vraie culture" et les "sous-cultures". Je suis bien à même d'expliquer combien une partie de Bioshock me fait autant vibrer qu'un concerto de
Prokofiev, ou que certains génériques de dessins animés japonais me font marrer comme un bon sketch des Monty Pythons.
Ensuite, par rapport à la vente, je persiste à penser qu'avec ma petite dizaine de visites par jour et mon anonymat, ainsi que mes réels efforts pour m'en tenir à la fiction, je ne crois pas
du tout me mettre en scène ou me vendre d'aucune façon. Et c'est là le problème. Je serais bien incapable d'envoyer un e-mail à tous les éditeurs connus ou moins connus en mettant en lien ce
blog. J'en serais véritablement complètement incapable. C'est ce que j'appelle ne pas savoir se vendre. Quand à Lyon en mai dernier, une blogueuse BD que j'aimais pourtant bien me présente en
tant que lecteur, plutôt que blogueur moi-même, je n'ai même pas la répartie suffisante pour l'arrêter poliment en lui disant que mon blog elle le connaît, que je le mets à jour régulièrement, et
que je fais moi aussi un "boulot" de création et que j'y mets beaucoup de coeur. Et ça aussi ce serait savoir se vendre. Quand je rencontre des gens, leur parler de mon blog, leur donner
l'adresse. La plupart du temps, j'oublie carrément. Les seuls à qui j'en ai parlé j'ai plus jamais eu de nouvelles. Je me plains pas, hein ? Ma famille et mes amis ne me lisent pas non plus, pour
différentes bonnes raisons. Mais ça aussi c'est ce que j'appelle devoir réussir à se vendre. Ce dont je suis incapable je répète. Ca n'a rien à voir avec la mise en scène. Juste avec l'espoir que
mon blog atteignant le bel âge d'un an, j'aurais imaginé voir des courbes de statistiques augmenter constamment, même de façon infime. Ce qui n'est absolument pas le cas, au contraire. Et ça me
mine alors même qu'il est "interdit" de le dire. Il m'est interdit de dire à quel point je croyais accessible le cap des cent visites quotidiennes.


Ca n'a évidemment rien à voir non plus avec l'argent. Juste avec l'énergie que je dépense pour rien. Que je n'arrive pas à cumuler pour finir mes romans tellement importants à mes yeux. Ces
romans que je m'étais juré, pour le coup, d'envoyer à tous les éditeurs possibles et inimaginables une fois que j'en aurais tapé le point final.


Je ne crois pas qu'il s'agisse de mise en scène. J'évite au maximum de parler de mon moi moi moi et de mes problèmes, et quand je le fais comme ici j'essaye comme je peux d'être le plus
sincère possible. Et ça aussi ça me mine, car par expérience, j'ai compris que c'était gravement inutile.


voilà, désolé de m'épancher comme ça, et encore j'abrège à grand mal -_- je profite de ton commentaire pour donner cette réponse plus "discrète" donc, qui ne figurera pas dans mes articles.
Je sais que tu comprendras. Merci encore pour tes remarques très pertinentes. Tout ce blabla c"était en gros pour essayer de te dire que non, dans mon petit cas personnel, je ne me mets
absolument pas en scène. C'est soit de la fiction pure, soit des blablas sincères et ineptes.



Blob 28/09/2010 02:28


Nous ne sommes jamais que le meilleur vendeur de ce que l'on aime vendre. Telle est ma devise.
Aimer le produit de sa vente lui donne une certaine noblesse. C'est pour cela qu'il
est important de bien choisir le produit et d'en vanter ses mérites.
A ne pas confondre : commercial et vente.
Se vendre, finalement, c'est mettre en avant ses qualités.
Que du positif ! En soi !
Tout est dans l'intention et cela fonctionne parfaitement, pour peu que l'on soit sincère.
Après, les blablablas pour faire du chiffre, ne sont que des pièges à vent et seule les âmes en quête d'une reconnaissance éphémère s'y piègent et succombent.
Le plus important, dans le mot vente, est d'y trouver les mots partage et échange.
Quand on veut bien s'en donner la peine.
Sublimer et... Wouaps ! Laissons faire...
Ça sent le vécu! Et je n'ai pas été déçu!


injektileur 28/09/2010 16:56



je ne suis pas d'accord, mais tu as raison de me rappeller la différence entre vente et commercial, même si pour moi ça revient au même. merci beaucoup.



AnGeLe 27/09/2010 22:22


Certes, certes et certes.

Heureusement, l'eau n'est pas tout à fait noire. Il y a par ci quelques plantes qui festoient. Il y a par là une limpidité exceptionnelle.

Au fond, la société change mais l'Humain reste. Ou plutôt, les humains. L'Histoire n'arrive pas à en forger un modèle unique. Il y a des marionnettes mais aussi des révoltés. Des citoyens propres
sur eux mais aussi des illuminés. Etc.

Je m'éloigne peut-être un peu mais c'est parce que je ne peux me résoudre à être totalement pessimiste. A quoi bon ?


injektileur 28/09/2010 16:54



trop optimiste, très chère, trop optimiste :p :p :p merci de me remettre dans le droit chemin, en tout cas ^^



Introducing...

  • : pour la main gauche
  • pour la main gauche
  • : des essais d'essais de romans en ligne, avec des nouvelles aussi, de la musique, de la poyézie, des traductions, quelques jeux vidéo et des bouts de pseudo-réflexions personnelles dedans...
  • Contact

injektzik

Sur Le Long Terme