Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 05:18

Ou se rendre compte qu'il y a des sujets qu'on n'avait pas forcément envie d'aborder, voire pas envie du tout d'aborder avant de se rendre compte de façon plus vive que oui, le naturel est ce qu'il est, la fatigue aussi. Mon naturel à moi ne reviendrait pas au galop, mais plutôt dans un gros hummer bien pourri.
Peu importe.
Cela va faire à peu près, attention calcul mal de tête, 11 ans que j'ai complètement arrêté de travailler le piano après 11 ans d'études plus ou moins poussées. J'avais mon tout petit niveau. Mais surtout, oui, j'aimais ça. Je le sais, maintenant. J'adorais ça, mais je ne supportais pas ne pas être à la hauteur de mes exigences.
J'entendais ce que j'entendais sur mes disques préférés, à la radio ou même à la télé, et je comprenais très tôt que je vieillissais très vite et que je n'aurais jamais la patience, l'énergie et l'intégrité consciente pour réussir à être parmi les meilleurs et réussir à en vivre, alors que le simple fait de m'imaginer professeur me rendait malade. Au-delà de tout ça la fin de mes "études" en tant que tel est, je le réalise un peu plus avec les années qui passent, un (petit mais si significatif) drame personnel dont non, je ne me remettrai jamais. J'ai été une nouvelle fois bien con, et rien que de poser mes doigts sur un clavier me donne envie de hurler. Il faut savoir que si, contrairement à d'autres instruments (comme la harpe, ou la guitare), reprendre le piano ne fait pas mal physiquement, il est malgré tout très douloureux de voir comment vos doigts ont dépéri.
Pourtant, en ce qui me concerne, ce n'est pas trop la rigidité cadavérique de mes doigts qui me dégoûte le plus. Non, ce sont mes avant-bras que je ne supporte plus. La fatigue ultime qui fait que je ne tiens même plus 20 minutes ou une demi-heure de gammes avant d'envoyer tout bouler autour de moi, au moins par la pensée.
Mais me revoilà en train de me plaindre, alors que je voulais simplement faire un éloge peu original. Honte à moi.
On dit souvent de façon presque triviale que le piano est le roi des intruments. Un peu de la même façon que le lion est le roi des animaux. A la différence près que, sauf mon respect pour le lion, le piano est au centre de tout notre univers musical moderne, de façon active, alors que tout le monde sait que le lion n'est qu'un gros chat qui passe sont temps à attendre que les lionnes lui ramènent à bouffer. Plus sérieusement, le piano, il faut le répéter, est le seul instrument qui se suffise complètement à lui-même. De par son amplitude il rivalise avec l'orchestre et le remplace sans problème. C'est une merveille de technique à laquelle il est impossible de songer lorsqu'on l'entend ou qu'on en joue. Un peu comme un coeur qui bat.
Si certains instruments sont objectivement magnifiques à entendre seuls, comme le violoncelle, ce dernier n'a malheureusement pas reçu les honneurs des grands compositeurs classiques, et nombreux sont les violoncellistes à admettre que le répertoire n'est pas assez étoffé. Il n'y a assurément aucun problème de ce côté-là avec le piano. Quant au violon (seul, j'entend), si beaucoup ont écrit pour lui, et que son charme est, oserai-je préciser, inaltérable, certaines et certains y seront moins sensible. Ainsi, malgré ma vénération pour Bach, j'avoue que ses pièces pour violon ont tendance à me courir un peu, alors que je doute qu'il soit possible de se lasser des partitas pour violoncelle.
Dans le même ordre d'idée, ce sont les violonistes, violoncellistes, altistes, voire hautboïstes, clarinettistes qui créent littéralement leur son, avec leurs doigts ou leur souffle, leur bouche. Dans le piano c'est une question de "retranscription" de ce que l'on ressent. Il y a plus d'une trentaine de façon d'aborder la même note, avec les possibilités infinies que cela implique au cours d'un morceau. C'est avec lui que vous allez, pas à travers lui.
Là où les autres s'apprivoisent, lui se dompte. Comme un lion, ou un tigre, oui, probablement.
Bref, piano rulez. Je parlais de Bach, qui n'a jamais entendu ses oeuvres comme nous les entendons aujourd'hui. Mais qui irait crier au blasphème? Mozart non plus, n'a jamais composé pour le piano. Ni Beethoven, qui n'a le pauvre jamais physiquement pu l'entendre. Peu importe. Ce ne sont que Chopin et Lizt, entre autres, qui ont commencé à en entrevoir les possibilités réelles, rajoutant à cela leur virtuosité pour en faire, donc, le "roi" des instruments.
Mais je ne suis pas royaliste. Parce que le roi ne tient son pouvoir que d'un dieu imaginaire. Alors que tout le monde ou presque peut entendre le piano. Classique, jazz, rock, voire en samples, il est protéiforme et ultime. Il imite, il orchestre, il réduit, il parodie. Il parle. Et alors que pendant longtemps il était de bon ton de l'enseigner à toutes les jeunes filles (notamment) qui se respectent, son prix et ses mensurations l'empêche d'être l'instrument du tout venant, malgré d'excellents pianos électroniques (encore des merveilles de technologie). Depuis la possibilité d'enregistrer les sons, à la fin du XIXème siècle, jusqu'au Ipods d'aujourd'hui, la musique nous entoure et nous permet de n'avoir que le meilleur des interprétations des oeuvres, et de fait nous n'appréhendons plus ce que c'est que de jouer la musique. Non, le piano n'est plus "à la mode". Depuis longtemps. La guitare c'est tellement plus classe, tellement plus pratique tellement moins prétentieux. Mais penchez-vous sur les disques, allez aux récitals, écoutez les partitas de Bach, oui, les sonates de Mozart, la musique de chambre de Shubert et de Ravel, ou mieux, "Mikrokosmos" de
Bartók et vous comprendrez ce que je veux dire.
Le piano est à la musique ce que l'eau est à la vie.

et ceci est à mettre en regard de ce que je racontais sur les tsunami le mois dernier

Repost 0
Published by injektileur - dans divagations
commenter cet article
9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 19:30
Projets.
Avortés.
Passions.
Oubliées.
Amours.
Abandonnées.
Ligne directive.
Effacée.
Maladie.
Invariablement motivée.
Solitude.
Liquéfiée.
Entrailles.
Épuisées.
Boucles.
Répétées.
Projets.
Avortés.
Passions...
Repost 0
Published by injektileur - dans poyézie ou presque
commenter cet article
8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 05:48

CHAPITRE 4


   Sous le ciel-couvercle grisonnant Ishijima prend comme tous les ans centre sur son unique preuve tangible du changement des saisons. En face d’un petit bout de terre où pousse de l’herbe aussi verte que de la moisissure de laboratoire s’étend une place d’environ 500 mètres carrés. En pente légère celle-ci permet de mieux voir le théâtre de fortune ainsi formé, comme une salle en plein air. La scène serait figurée par le monticule verdoyant, la fosse par la place, et l’ensemble s’organiserait autour d’un acteur solaire, majestueusement en retrait, pourvu d’une présence inouïe, une aura touchant chacun des êtres alentour au plus inaccessibles de leurs sens. Immanquable.  Certes il faut une sacrée dose d’imagination pour voir cette salle. Mais il est impossible de nier que cet acteur existe bel et bien. Il conviendra également de changer de genre. L’acteur est en fait une actrice. Elle a pour nom Sakura.
   Devant elle débute la fête de Jûgatsu Muika, dans un climat assez tendu pour que tout le monde se sente obligé de se sentir gêné s’il ne se sent pas à l’aise. Il est onze heures et des poussières. Ce n’est ni le silence-couloir des cérémonies funéraires ni le vacarme bien faisant des grandes et gaies réunions familiales. L’air en mouvance lente s’approprie chacun des sons émis pour ensuite les restituer avec la méticulosité d’un artisan de génie. Assimilation active et déformante, telle une goutte d’eau faite prisme prise en plein jeu avec quelques rais de lumière égarés. Parfois même il se trompe volontairement et renverse l’ordre volumique établi ; on entend alors mieux le soupir d’une maman inquiète que les rires de sa fille occupée à tourner tourner sur elle-même le plus vite possible pour épater les copines, ou que le roulis éternel des vagues à jamais trop proches.
   C’est au-delà de cette ambiance étroitement dysacousique que résonnent soudain les pas pressés de Tamise Liffey et Néva parmi la multitude de boucles sonores superposées en épaisses feuilles de papier-filtre dépendantes les unes des autres. Le claquement des bottines de Néva sur le béton en pleine suppuration semble notamment invoquer un silence maigre que personne ne pourrait cerner au milieu des froissements. Et pourtant il se fait, il naît de lui-même, il émerge des odeurs, presque contre sa volonté. Puis il se laisse choir sur les lignes convergentes des regards, métamorphosé, mou et féroce à la fois. Etre en retard passe encore, mais personne, absolument personne ne tolère ici la vue d’un parapluie le jour de Jûgatsu Muika. Si Liffey n’était pas sans le savoir, elle ne pouvait imaginer devoir encaisser si violemment la baisse d’intensité sonore, qui semble maintenant aller de pair parfait avec sa progression vers le milieu de la place. L’objet de discorde dans sa main gauche sa fille dans la droite elle avance. Son naturel réussit à prendre le dessus face à la gêne. La présence de Tamise la retient. Il est hors de question pour elle de montrer un quelconque embarras alors qu’elle serre le plus doucement possible la petite patte toute douce de son ange entre ses doigts. Elle doit montrer l’exemple. Elle doit prendre exemple sur Clyde, parce que Clyde assumerait, à sa place. Au fait, elle est où ?
 « J’en sais rien Maman, je croyais que c’était toi qui lui avais donné rendez-vous… »
 « Elle vous attend peut-être aux étalages, non ? » Néva pare toujours au plus simple, et elle a très souvent raison. Le fait d’avoir elle aussi un parapluie à la main ne la dérange pas plus que ça. Sans connaître le mot, Tamise a remarqué que l’admiration que voue Néva à sa mère tient du syllogisme : J’ai confiance en ma Maman, ma Maman me fait faire quelque chose, donc j’ai confiance en ce que ma Maman me fait faire. C’est très reposant, parfois.
 « Peut-être, oui… mais je la voyais plutôt déjà prête à avaler le buffet en entier… » réfléchit Liffey en souriant alors qu’elle jette un œil aux tables bien garnies installées une demi-douzaine de mètres à sa droite.
 « Hihi, c’est vrai qu’elle avait fait fort l’année dernière… Quand elle a faim il vaut mieux se cacher…» approuve Tamise riant à son tour avec Néva. Entretemps, autour d’elles, dans une réaction tout à fait humaine la convergence des regards s’est largement relâchée, ayant compris que les trois corps qu’elle perçait de ses lignes ne pourraient pas avoir l’air plus indifférent à ses manœuvres.
 « Dis-moi, Néva, je vois pas ta mère non plus. »
 « Elle m’a dit de la retrouver devant Sakura… »
 « Tu crois que tu vas pouvoir la voir, au milieu de tout le monde ? » questionne Liffey, sceptique. 
 « Je sais pas, je vais essayer… »
 « Je peux venir avec toi ? J’ai envie de souhaiter bonne fête à Sakura. » demande Tamise.
 « Si tu veux. »
 « Après, on ira chercher Clyde. »
 « D’accord, mais où ? »
 « T’en fais pas on se débrouillera. Maman, tu fais quoi ? Tu nous suis ? »
   Liffey attendait la question avec appréhension. Cela fait maintenant cinq jours qu’elles n’ont pas pu se voir. Trop de travail, d’un côté comme de l’autre, jamais d’horaires compatibles. Depuis une semaine le tableau à annonces ne transmet que des réponses bien tristes. Elle attendait la question avec appréhension car celle-ci, à travers la bouche de sa fille, la met une bonne fois pour toutes au pied du mur. Même d’apparence bénigne, le décision qu’elle doit maintenant prendre la bouleverse. Elle a l’impression que c’est la première fois qu’il faut choisir entre Clyde et Rhône. Elle se trouve ridicule, elle sait que Clyde sait que c’est fini entre elles. Mais depuis hier soir je m’en veux. C’est stupide mais je m’en veux. C’est sûr que si je vois Rhône je ne vais pas vouloir la quitter, et…
 « Alors, Maman ? »
 « Euh… je crois… que je vais vous suivre. » se décide-t-elle enfin. Petite impression de se jeter du haut de son immeuble.
 « Et Clyde ? »
 « Elle attendra un peu. »
   Il vaut mieux que je la laisse tranquille… Oui c’est sûr il vaut mieux. Arrête de te prendre la tête… Liffey redonne son parapluie à Tamise et tend sa main gauche ainsi libérée à Néva, qui la prend avec joie. Et ainsi toutes les trois traversent plutôt joyeusement la place dans la direction de Sakura et de Rhône. Plus personne ne fait attention à elles, sinon une vingtaine de commères agitatrices à la voix forte et au rire grêle. La mère et sa fille ne les entendent même plus non plus, mais Néva, malgré tout moins habituée à la Convergence, se met à crisper légèrement sa main sur celle de Liffey, qui fait semblant de ne pas le remarquer et essaye de la détendre.
 « Tu sais quoi, je trouve ça dommage qu’on se connaisse pas mieux toutes les deux. Ca serait normal, après tout, non ? Je suis quand même une des meilleures amies de ta Maman ! »
 « C’est vrai. » approuve la fillette avec un petit sourire.
 « Maman, ça va pas de dire des trucs comme ça ? Je veux dire, c’est un peu gênant pour Néva, là ! Laisse faire les choses naturellement, tu crois pas ? » intervient Tam, avec dans la voix le sérieux d’une grande personne.
 « Ben quoi, au moins je suis franche, non ? Et je vois pas ce qu’il y a de gênant à dire que j’ai envie de mieux connaître une petite fille aussi gentille et mignonne que Néva ! Par contre, toi, arrête de me parler comme ça tu sais que j’aime pas. » répond Liffey, un peu vexée. Tamise lui tire la langue en guise d’excuse.
 « T’inquiète pas, Tam, je suis pas du tout gênée. Moi aussi j’aimerais bien discuter avec ta Maman plus souvent. » coupe Néva, amusée.
 « Ha, tu vois ? » Liffey montre sa langue à son tour.
 « Mouais, moi j’dis que t’es une sacrée faillote, Néva ! » plaisante Tam.
 « Quoi, moaa ? Tu peux parler ! Tu veux que je raconte le coup que tu nous as fais la semaine dernière, en classe ? » Néva rit pour de bon, déjà plus détendue.
 « T’as pas interêt ! » l’œil de Tamise se fait noir, mais l’effet rate et elle éclate de rire avec son amie.
 « Garde-la pour plus tard, Néva, ça m’intéresse. Cela dit… - elle baisse un peu le ton – vous en faites pas les filles, je viendrais jamais vous déranger, j’ai bien compris que vous aimiez bien rester toutes les deux toutes seules… - les fillettes s’arrêtent soudain, tournent la tête, regardent Liffey dans les yeux et rougissent à l’unisson, ce qui a pour effet de la faire partir d’un de ses grands rires qu’elle affectionne parfois – bon d’accord, j’arrête de dire des bêtises. Tenez regardez plutôt Sakura comme elle est belle. »
   La femme et les deux fillettes se taisent un instant, dans un respect agnostique contaminé malgré lui par la religiosité rampante du lieu contre laquelle Liffey se battait depuis longtemps, pour protéger sa fille. On ne se rend jamais aussi bien compte de la petitesse humaine que lorsque l’on se retrouve face à un arbre de la grandeur de Sakura. Et Dieu ou ses assimilés n’ont strictement rien à voir là-dedans.
   Ici le mot grandeur devrait être écrit avec un g majuscule. Grandeur. A ne pas confondre avec « hauteur » ou même « taille ». Trop plats, trop vulgairement descriptifs. Sakura n’est d’ailleurs pas si grande en taille que ça. En revanche elle possède un branchage très fourni pour son espèce, à ce qu’on dit. Les matriarches ont expliqué que c’est un cerisier et que son nom provient d’un rapport quelconque avec sa condition de cerisier. Personne n’a pu les contredire, mais tout le monde s’accorde à penser qu’en tout cas c’est un cerisier magnifique. A cette époque de l’année les feuilles commencent à rougir et cela reste quelque chose de merveilleux à admirer, un spectacle dont personne ne se lasse. Dans une semaine tout au plus Sakura sera devenue tellement écarlate que sa couleur déteindra sur l’air environnant. Pour l’instant elle arbore un mélange de cuivres et de satin parfumés à l’iode sauvage et lointain. Le ciel est bas mais ses branches, aidées du vent, semblent le retenir délicatement par leurs caresses. La vérité est tout autre, Tamise le sait bien, et pourtant, vu à travers le bruissement palpable des petites feuilles sanguines à l’agonie, le Gris paraît sourire d’un sourire plein et généreux, pacifiquement marin et paisiblement nuageux. Tamise se demande comment un Bleu si recherché peut bien se former au sein du Gris brouillé de Rouge. Ma tête marche peut-être pas bien. J’aime le rouge mais il me détraque les yeux. Y’a pas de doute c’est la couleur la plus agressive qui existe. Le rose, je préfère quand même quand Sakura est rose.
 « Je crois que je m’en lasserai jamais. » pose Liffey dans un soupir satisfait.
 « Moi non plus Maman... » acquiesce Tamise
 « Moi non plus Liffey » imite Néva.
   En face d’elles Sakura incline ses branches en signe de remerciement puis se remet progressivement à battre des feuilles comme un oisillon sentant revenir sa mère. Il ne lui manque plus qu’un bec pense Tamise alors qu’un sourire différent se dessine sur son visage. Pas plus ni moins que toutes celles qu’elle crée machinalement à longueur de journées copiées/collées cette nouvelle comparaison la divertit quelques dizaines de secondes, avant de prendre soudain un arrière-goût étrange, astringent plus qu’amer ou aigre-doux. Quelque chose entre la peur et l’admiration. Le respect peu-être. Oui, c’est ça, le respect. Je savais pas que ça avait ce goût-là. J’aurais pas cru en fait.
 « Bon, et si on allait retrouver Rhône maintenant? » propose Liffey avec une impatience contenue. Le chaud et le froid tournent dans son corps comme dans un réfrigérateur.
 « Mais où ça, Maman ? Néva disait qu’elle attendrait ici. »
 « C’est vrai; j’ai bien entendu ce qu’elle m’a dit. »
 « ... Si vous voulez - reprend-elle après un imperceptible soupir de déception cette fois - je pensais juste qu’elle a pu en avoir marre de nous attendre et qu’elle est partie ailleurs boire un verre par exemple, ou... »
 « Moi je pense que j’aurais d’autres choses à faire aujourd’hui. » coupe une voix limpide derrière elles.
   Surprises les trois se retournent dans un même élan assez comique pour se retrouver nez à nez avec une Rhône fatiguée mais rayonnante. Même avec des cernes, mêmes rapetissés par l’épuisement d’une semaine d’organisation de la fête et de préparatifs divers, ses yeux en brillent d’un éclat unique qui l’embellit d’autant plus et lui donne un charme fou. À la voir on sait d’emblée d’où Néva tient sa beauté. Mère et fille, aucun doute possible. Passablement exténuée donc, mais belle à l’excès, Rhône sourit avec un air faible irrésistible et tend la main vers sa fille. Celle-ci lui passe le parapluie. Merci ma murène. Puis elle s’approche de Tamise et se penche doucement pour lui faire la bise sur le front. Toujours aussi mignonne ma puce, t’es à croquer aujourd’hui. Enfin elle se tourne vers Liffey et son sourire se meut en moue ambigüe. Loin au dessus le ciel roule et effectue trois grandes oscillations.

(la suite du chapitre la semaine prochaine. Désolé, comme je l'ai dit, je suis très à la bourre dans ma rédaction et ça risque malheureusement de durer. Bonne lecture malgré tout, je sais que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.)

Repost 0
Published by injektileur - dans ishijima
commenter cet article
7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 03:08

Avant ces dernières années je n'avais vraiment réfléchi à ce qui se passerait si je venais à perdre absolument tout mes espoirs de devenir un jour écrivain professionnel. Par professionnel, je veux dire publié autrement qu'à compte d'auteur. Je ne parle évidemment pas d'en vivre. Ca n'a même jamais été un rêve pour moi. Plutôt une évidence, à l'époque où j'ai arrêté le piano, vers la fin du lycée. L'évidence pure et dure qu'il n'y aurait que là-dedans que j'arriverais à m'épanouir. Néanmoins, contrairement à beaucoup de personnes, je ne me suis depuis lors jamais (ça fait déjà beaucoup de "jamais" en quelques lignes. tant pis) donné les moyens de mes (trop grandes) ambitions. J'ai juste considéré que je "savais" écrire et basta. Prétentieux.
Ayant déjà parlé de ma méfiance face aux nouvelles, je n'y reviendrai pas, mais c'est ainsi que malgré moi naissaient dans ma tête des projets réellement faramineux et hors de portée que je ne laissai pourtant jamais complètement tomber. Comme si ma vie en dépendait.
"Ishijima" est un de ces projets. Mais il se trouve dans ces pages sous une forme largement "simplifiée" ou "poncée", dirais-je. S'il y a une chose sur laquelle je ne me suis pas encore beaucoup étendu ici, c'est mon extrême attirance pour le cinéma, et quand je dis cinéma, je parle du vrai cinéma, dans les salles obscures, avec un public avec vous, pas ses simili homecinemachin et bluraytruc qui sont, pour des prix exhorbitants, sensés vous donner l'illusion que vous suivez le film de la même façon. Or c'est un mensonge éhonté.
Mais je m'égare.
Mes influences, lorsque j'écris, sont beaucoup, beaucoup plus musicales et cinématographiques que littéraires. Bien sûr, je ne m'étendrai pas sur le petit nombre d'écrivains que je vénère, mais dans mon inconscient scénaristique, ce sont bien des plans que je vois, pas des paragraphes, et des couplets des refrains des boucles que j'entends. Pas des syllabes, des mots ou des phrases.
Le principal inconvénient de tout ça étant la frustration. La principale frustration étant je l'ai dit en tout premier de ne pas savoir dessiner. Les autres frustrations seraient de manquer de réelle culture littéraire pour faire le poids face aux grands. Alors que j'étais un enfant qui lisait beaucoup, depuis le lycée je lis peu, voire très peu, car très lentement, et c'est devenu un gros complexe chez moi. Mais j'ai espoir de ne pas trop m'éloigner de ce monde-là quand même.

Le principal avantage de l'écrit par rapport au filmé, c'est la liberté de ton, et d'image, justement. Certains passages de "nous sommes des monstres" ne seraient pas filmables, et je ne les filmerais jamais, même si on m'en donnait les moyens. Cependant, j'ose prétendre qu'à l'écrit, ça passe plutôt bien.
En fait, il ne s'agissait pas à l'origine un projet essentiel pour moi. Ce texte est juste devenu prioritaire lorsque je me suis rendu compte que les mots venaient de façon un peu plus naturelle. Probablement parce que j'en attendais moins que le reste.
Et là, je me répéterai une nouvelle fois en disant qu'attendre trop des gens ou de quoi que ce soit d'autre est un suicide à petit feu.
J'attends énormément d'Ishijima. Trop. Et depuis l'ouverture de ce blog "nsdm" prend, presque contre ma volonté, de plus en plus de valeur pour moi, et c'est très mauvais aussi. Mais je n'abandonnerai pas. Pas tout de suite, du moins. C'est un peu trop tôt pour se laisser aller au doute et à la mélancolie. Je l'ai déjà dit et je le répèterai autant de fois que ce sera nécessaire pour m'en persuader.

Voilà, je finirai en ajoutant que ce genre de note, qui est un peu la suite de la précédente, se reproduira le moins souvent possible je l'espère de toute mes forces, parce que mon but originel était d'écrire des fictions, ou des billets d'humeur/humour, et non de me plaindre de quoi que ce soit, ou pire, de raconter ma vie et mes atermoiements de romancier du dimanche.
Je le dédie néanmoins à celles et ceux qui m'ont laissé des commentaires tellement encourageants, notamment à AngeLe (invariablement là depuis le début, et c'est pour ça que je l'aime), et DoddZ, et Hime, et Nyuka. Sans ces filles, ce serait la mort.
(je force un peu le ton négatif de l'ensemble sinon ça ressemblerait à un ridicule discours de réception de prix que je ne recevrai jamais. Il faut bien rigoler, de temps en temps.)

Repost 0
Published by injektileur - dans insanités
commenter cet article
6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 17:20

Oui, chères lectrices, chers lecteurs, il est temps aujourd'hui que je vous fasse une grande annonce: je crois que je suis amoureux.
Bon, ne vous emballez pas, cela va être très difficile pour moi de vous la présenter, puisque la jeune fille (je dis jeune fille parce que c'est ma convenance, mais elle pourrait être vieille ce serait pareil) que je n'ai jamais cessé de convoiter depuis tant d'années sait prendre tellement de forme différentes qu'il serait inhumain et inutile de les dénombrer toutes.
Je suppose que si j'étais gay ce serait un homme, mais la langue française est ainsi faite que non, je ne peux tomber amoureux que de cette entité qui ne peut être que féminine.
C'est de la Fin que je suis amoureux, parce qu'elle est infinie, belle et/ou douloureuse, laide à en vomir et/ou grandiose. Dans l'art ou dans nos vies elle s'immisce quasi quotidiennement, discrètement, sachant pointer du doigt là où ça fait mal, sachant aussi se faire complètement oublier. La Fin.
Il y aurait tellement de choses à dire sur elle, qui fait parfois si peur sans jamais faire rêver. La Fin de Tout, ou la fin de rien du tout mais à chaque fois on s'en approche et on le sait
et on s'en fout.
ben oui.
Moi je l'aime, la Fin, sous toutes ces formes, et la Fin de moi-même c'est déjà poster cette note inutile et tellement à la bourre pour tenir des délais auxquels je ne crois plus.
Ce matin, ma Fin c'était de me demander si j'aimais vraiment écrire.
Et là, c'est la peur dont je parle souvent qui m'a envahi.

Repost 0
Published by injektileur - dans insanités
commenter cet article
5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 03:29

(résumé de situation: l'héroïne pense avoir trouvé un médecin pour Océane, et cette dernière vient lui rendre visite au magasin)

« Ta mère va se demander ce que tu fais… »
 « Tant pis. Je lui ai dit que je rentrais avec Cynthia pour faire mes devoirs chez elle – regard interrogateur de votre humble compagne de route – c’est ma meilleur copine. »
 « Et qu’est-ce que tu comptes faire si ta mère appelle chez elle ? »
 « Je crois pas qu’elle ait le numéro. »
 « Si elle le cherche ? »
 « Ses parents sont sur liste rouge. »
 « Si malgré ça, elle arrive à les joindre ? »
 « Cynthia est au courant, ses parents sont au courant, et avec ça ils sont super gentils. Je vois pas ce qui pourrait arriver. »
 « Et si elle leur demande de te passer le téléphone ? »
 « Ils lui diront que je suis aux toilettes et constipée. Tu vois ? J’ai tout prévu. » rayonnante.
 « Je veux bien te croire… mais je pense quand même que c’est un peu dangereux pour toi de venir ici. » fais-je, songeuse.
 « Puisque je te dis que j’ai tout prévu ! » sourire malicieux.
 j’avais tout prévu, sauf ça
 « Sinon, je crois que je t’ai trouvé un médecin. Je saurai demain soir si oui ou non elle accepterait de prendre un enfant comme patient. Ton frère… » ton frère ton frère ton frère
 « Je lui en ai parlé. Il est d’accord pour me couvrir. Il pourra même m’y accompagner. » coupe-t-elle
 « Tant mieux. C’est Gaëtan, son nom, c’est ça ? J’espère qu’on pourra compter sur lui. »
 « Fais-lui confiance. »    je ne fais plus confiance à personne, et j’ai froid, putain J’AI FROID !!!
  
   Le lendemain, fin d’après-midi, 17h56. Répondeur. Bonjour Mademoiselle, docteur Monstahl, j’ai parlé avec ma collègue et elle voudrait bien que vous l’appeliez avant de prendre sa décision. Voici son numéro de téléphone… 18h47 court appel de remerciement. 18h53 Consultations psychiatrie bonsoir. Bonsoir Madame, je voudrais parler au docteur Launier, s’il vous plaît, j’appelle de la part du docteur Monstahl à propos d’une jeune patiente que je souhaiterais lui faire examiner. Un petit instant s’il vous plait - marche turque – Allô. Allô, docteur Launier ? Elle-même. Bonsoir docteur. Bonsoir Mademoiselle, j’attendais votre appel plutôt demain dans la journée, mais je vois que vous êtes pressée. Est-ce que c’est une urgence ? En fait, pas vraiment, docteur, mais ma cousine ne va pas bien et je sais qu’il ne faut jamais laisser traîner ces choses-là, parce qu’alors le problème ne fait qu’empirer. Certes ; mon confrère m’a dit que cette fillette vient de perdre son père. Oui docteur, on l’a enterré samedi dernier, mais je laisserai Océane vous en parler ; si vous acceptez de l’écouter, bien entendu. Vous avez dit à mon collègue que c’est une petite très douée et très mature ? Extrêmement douée, docteur, elle comprend tout, elle voit tout, elle sonde tout le monde et elle s’exprime presque comme une adulte. Je comprends, mais j’aimerais quand même m’entretenir avec sa mère avant. Oh, sa mère ne serait pas en mesure de vous répondre docteur, monumentale erreur elle est déjà bien trop pertubée par la mort toute récente de son mari. Donc si je comprends bien vous voudriez que je prenne en consultation une mineure sans l’approbation de ses parents ; ce n’est pas comme ça que ça marche, Mademoiselle. Vous imaginez bien que si je m’occupe de son cas mon cas, et qu’elle est aussi mal que vous le dites, j’ai froid j’ai froid je ne vais pas mal il va falloir que je la voie très régulièrement, et longtemps me parlez pas de ça c’est inutile ; ensuite, par rapport aux remboursements… Je règlerai les consultations ne vous en faites pas, et tant pis pour la Sécu. Même si je devais au pire des cas faire faire des examens complémentaires qui coûtent plusieurs centaines d’euro ? Est-ce que vous savez le prix d’une IRM, par exemple, Mademoiselle ? Non, mais vous me le direz si nécessaire, je doute d’ailleurs que ce le soit, et j’aviserai ; sérieusement, s’il vous plaît, docteur, c’est pour elle que je fais ça, je ne sais pas pourquoi vous ne prenez plus d’enfants et ça ne me regarde pas, mais s’il vous plaît, laissez sa chance à Océane. Vous verrez, elle est vraiment très attachante. Mon métier n’est pas de m’attacher aux patients, Mademoiselle, et c’est précisement pour cette raison que j’ai arrêté de voir des mineurs dans mon cabinet, surtout de moins de 10 ans. Vous ne feriez pas ça pour elle ? J’ai des collègues dont c’est la spécialité, je peux leur demander de s’occuper de votre cousine. Mais c’est auprès de vous que le docteur Monstahl m’a dirigée ; c’est un excellent chirurgien, donc j’en déduis que vous serez un excellent psychiatre pour ma cousine. Pour ce qui est de l’argent, il n’y aura aucun problème, j’ai ce qu’il faut pour les consultations, les analyses, ou autres. Vous me direz le prix de ces examens s’ils sont nécessaires et je me débrouillerai. Je vous demande pardon d’insister comme je le fais, mais c’est important pour elle, pas pour moi, docteur, pour elle. POUR MOI ? Je le sais, Mademoiselle, j’en suis consciente. Et qu’est-ce que vous faites du serment d’Hippocrate, hein ? Mademoiselle, n’invoquez pas des choses que vous ne connaissez pas. En tant que médecin, j’ai des devoirs, mais aussi des droits. Et parmi ces droits, il y a celui de diriger le malade vers un de mes confrères, si je considère que je ne suis pas en mesure de le soigner moi-même, ce qui est présentement le cas. M’avez-vous bien comprise, Mademoiselle ? … … Entendu, alors vous écouterez Océane et ses histoires une fois, et vous en jugerez sur pièce, d’accord, docteur ? … …  Je vois que vous savez vous montrer persuasive ; donc, vous n’insisterez plus si je l’envoie à mes confrères, c’est bien ça ? Oui docteur. Alors je verrai la jeune fille mercredi prochain à 18h ; est-ce que cela vous convient ? C’est parfait, merci infiniment docteur.

syncope

   Jusqu’au mardi suivant Océane et moi nous rencontrâmes au même endroit, dans le bureau de son père, qui n’allait pas tarder à être remplacé.

   jeudi
 « Ca t’embête que je vienne ? »
   vendredi
 « tu me trouves collante ? »
   samedi ( midi )
 « tu me le dis si je t’embête, hein ? »
   dimanche (chez moi)
 « c’est un peu triste, chez toi… ça t’embête si je fais le tour du propriétaire ? »
   lundi
 « tu sais, ça me fait un peu peur d’aller chez le docteur… euh, je t’embête avec mes histoires ?
   mardi
 « j’ai amené Gaëtan, ça t’embête pas trop j’espère »

   Je ne sais d’où elle avait tiré cette subite peur d’être de trop, et j’essayais de mon mieux de ne pas lui en tenir rigueur. À qui la faute à qui à qui la faute. Gaëtan me paraissait avoir repris du poil de la bête depuis l’enterrement. Il n’y avait pas de raisons qu’il n’ait plus ses bagues, ou la bouche enflée abîmée qui va avec, mais son air un peu désabusé s’était changé en un joli sourire des yeux qui les lui tirait vers le haut. Le jour des funérailles de son paternel, je n’avais pas pu remarquer la couleur de ses yeux, ambrés foncé, très expressifs. Il avait les traits plutôt fins, et ses cheveux étaient presque noirs, extrêmement raides, son front assez haut et son nez petit, un peu épaté. On ne pouvait pas dire qu’il y avait une quelconque ressemblance avec les autres membres de sa famille. Pour ainsi dire, il ressemblait autant à un Asiatique qu’un Blanc peut ressembler à un Asiatique. Ainsi il aurait tout aussi bien pu passer pour métisse. Il sortait du collège et n’avait pas trop l’air mal-à-l’aise de se retrouver dans le bureau de son père où il n’avait quasiment jamais dû mettre les pieds auparavant. En guise de salutations, il vint me faire la bise d’une façon si naturelle que j’eus toutes les peines du monde à ne pas rougir. J’imagine qu’il a juste suivi Océane dans son mouvement. Il sentait bon une eau de toilette raffinée sur laquelle je n’aurais su mettre de nom. Son accoutrement est on ne peut plus passe-partout. Soit de bas en haut : Chaussures de sport noires, pantalon large noir, T-shirt bleu clair uni à manches longues, plus sac en bandoulière noir. Sage, à l’image de sa sœur. Il donnait plutôt l’impression d’être un adolescent qui a besoin de s’affirmer par ses actes ou ses paroles plutôt que par son allure physique ou ses vêtements. Pas le moindre souci de se démarquer de son voisin. Sans pour autant manquer de personnalité. Chose remarquable si l’en est. Et ce charme intrinsèque compensait sa relative laideur. Et charmée par ce tout jeune homme j’avoue l’avoir été. Et que l’on me croie lorsque je dis qu’il faut un minimum de courage pour passer aux aveux rien à voir avec la pédophilie telle qu’on la concevait alors Gaëtan aussi aurait été en peine s’il avait dû trouver une explication. Il s’assit derrière le bureau, laissa Océane s’installer sur ses genoux, et attendit que je m’asseye à mon tour, à ma place devenue habituelle. Après un court silence, puis

 « Je lui ai tout raconté, pour le docteur, et il est d’accord. » commence-t-elle
 « D’accord pour que tu y ailles ? » m’étonné-je à moitié. Gaëtan acquiesce lentement.
 « Ca faisait un moment que je voulais que sa mère l’y emmène, mais elle est bien trop préoccupée par elle-même pour se rendre compte des souffrances de sa petite fille. » fait-il en caressant le bras d’Océane.
 « Est-ce que tu pourrais faire en sorte de couvrir Océane auprès d’elle pendant qu’elle est chez le docteur ? » fais-je.
 « Je pense que oui. Avec moi, elle sait se taire et écouter, de temps en temps. » répond-il avec un petit sourire.
 « Et est-ce que tu te sens capable de la tenir toutes les semaines ? Parce que ça risque d’être long… » inquiète
 « Ne vous en faites pas, je me débrouillerai. Je viens de vous dire qu’elle sait m’écouter. Si je lui dis qu’Océane est chez une amie, elle ne cherchera pas plus loin. Vous en douterez peut-être, mais ma sœur sait se montrer très sociable, quand elle veut. Pas vrai ? » Océane sourit à son tour, se tourne vers lui, l’embrasse et se retourne vers moi.
 « Tu vois qu’il est chouette, mon frère, hein ? On peut vraiment compter sur lui… Moi j’essaierai de me calmer avant d’aller chez le docteur » soupire-t-elle.
 « Tu as toujours peur ? » un peu surprise
 « Oui, assez. » un peu honteuse
 « C’est tout à fait normal, tu sais,  là-bas on te demande pas de te mettre toute nue, on te demande de te mettre à nu, c’est pire. pire pire pire pire pire Mais je suis sûr que tu te débrouilleras très bien. Tu es trop intelligente pour te laisser dominer par la peur du docteur. »  rassurante
 « C’est vrai, d’abord ! » rassérénée
 « Bon, c’est pas tout ça Océane, mais j’ai dit à Maman qu’on serait à la maison avant 17 heures – il se tourne vers moi – vous avez fini votre journée ? »
 « Oui, le mardi je finis plus tôt. »
 « Est-ce que vous pourrez l’emmener demain ? »
 « Bien sûr, c’était ce que j’avais prévu. Et tu peux me tutoyer, au fait, je suis pas si vieille que ça. » un peu amère mais souriante
 « Merci beaucoup. Alors, je compte sur, toi. Je suppose qu’on aura l’occasion de se revoir… » détendu et souriant aussi
 « Moi aussi je compte sur toi ! » crie joyeusement Océane
 « Et moi sur vous deux ! » conclus-je en riant.

   Bises. Bises. Main dans la main ils s’en allèrent. Dans le couloir Océane se retourna, puis Gaëtan se retourna, puis Océane et Gaëtan se retournèrent, puis Gaëtan se reretourna, plus longtemps, le sourire disparu, comme s’il n’avait pas dit le plus important. Un instant je fus curieuse de connaître ses sentiments à mon égard. Et je finis vite par me demander si ces mêmes questionnements et ces mêmes sentiments étaient tout à fait catholiques. tu peux parler

   Le lendemain, Océane vint directement me retrouver au magasin après l’école. Comme elle n’avait pas de portable - normal en primaire - j’avais pensé que c’était la meilleure façon de se retrouver. À raison, car j’appris qu’Océane possédait un sens de l’orientation très approximatif. Nous partîmes main dans la main nous aussi vers 17h40 pour arriver à l’hôpital D. avec 5 minutes d’avance. Par bonheur, ou par chance, le docteur Launier semblait ponctuel. À 18h05 elle passa une première fois la tête hors de son bureau – j’arrive tout de suite – et à 18h09 elle sortit chercher Océane bonjour jeune fille lui serra sa toute petite mimine et bonjour Mademoiselle me serra la main à mon tour. C’était une femme d’une petite quarantaine d’années, les cheveux auburn coupés au carré, l’air impeccablement neutre. Par là je veux dire qu’il était impossible de lire quoi que ce soit sur son visage. Elle ne paraissait ni gaie ni triste, ni en colère ni de bonne humeur, la seule chose qu’elle semblait dire était je fais bien mon travail. J’imaginai qu’elle devait prendre à cœur de ne rien laisser transparaître pour ne pas influer sur la mise en mots des histoires et des émotions de ses patients. Je trouvai de suite cela admirable, rappelle-t’en rappelle-t’en mais m’interrogeai sur les vertus thérapeutiques d’un tel masque sur des enfants. Elle ne voulait pas s’attacher à eux, mais eux ne devaient pas beaucoup s’attacher à elle non plus. Je vous verrai un petit moment après la consultation si vous le voulez bien. J’acquiesçai et me mit en mode attente alors qu’Océane me laissait son cartable, entrait dans le bureau, un chouïa pas rassurée, la main de la psychiatre sur son épaule droite. bonjour adieu adieu bonjour

   Je n’avais jusque là jamais fait l’expérience du rien faire en hôpital. Il s’agit d’un rien faire précis, pointu, organisé. Précieux aussi, car dans un hôpital, en tant que patient ou malade, vous avez toujours l’impression que personne d’autre que vous ne fait rien. Précieux, donc, car en tant que patient ou malade, vous vous efforcez de ne pas regarder les autres patients ou malades qui tout comme vous ne font rien, que vous le vouliez ou non. Précieux, dis-je, parce qu’unique à vos yeux égocentriques ; ainsi vous pouvez vous régaler de la vision d’une petite secrétaire médicale en train de jongler avec les téléphones et l’ambulancier qui lui demande où se trouve l’aile F ou le pavillon R., de l’infirmier en train de se battre pour éloigner un père trop collant de son fils qui traverse tout le bâtiment sur un brancard, du médecin harcelé par les enfants d’un vieil homme complètement impotent, ou de la femme de ménage qui slalome avec son balai antiseptique entre les pieds de chaises, sièges, bancs, femmes, enfants et hommes voire tous en même temps. Précieux enfin, parce que tel le lion qui attend de ses lionnes qu’elles le nourrissent, vous vous érigez soudain en parangon du rien faire face au tintamarre incessant de la vie qui va qui vient, de la mort elle est partout, dans les pensées ou dans les actes ou dans la conclusion qui vient qui va, du travail dont on a l’impression qu’il ne finira jamais, ou de la pause qu’on se surprend à éviter tellement une rupture dans le mouvement détruirait l’ensemble cosmogonique que fait naître l’Effort Ordurier. Je répète et le crie haut et fort : sachez ne rien faire, cultivez-le et battez-vous avec toute votre âme contre l’Effort. La Glande vaincra. Même à l’hôpital la Glande vaincra.

   Trois quarts d’heure 50 minutes plus tard, la porte du bureau s’ouvre. Océane sort la première, le teint un peu plus pâle que lorsqu’elle m’avait laissée, suivie du docteur qui me fait un signe du style si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer. Je fais attends moi là à Océane, entre à mon tour et entends la porte se fermer derrière moi. Asseyez-vous je vous en prie me fait le docteur avant de s’asseoir elle-même. Elle m’observe un petit instant puis se met à parler. Je vais aller droit au but, qui est que, ma-ni-fes-te-ment, articule-t-elle, Mademoiselle   Lespran n’est pas votre cousine. sans blague sans blague sans blague je croyais qu’on était sœurs Je ne l’ai pas forcée à me dire la vérité, elle était déjà assez terrorisée comme ça. En revanche, vous êtes une adulte et je n’ai pas l’intention de vous ménager. J’ai donc trois questions à vous poser : déjà, qui êtes vous, parce que la petite ne sait même pas votre nom de famille, ou votre âge, ou quoi que ce soit vous concernant ; pourquoi faites-vous ça, parce que j’ai du mal à imaginer qu’une jeune fille telle que vous fasse ça par pure bonté de cœur, ou à définir les liens qui vous unissent à une fillette d’à peine 9 ans ; et enfin, que recherchez-vous ; la paix intérieure ? l’amour ? la reconnaissance ? Laissez moi vous dire que ça ne marche pas comme ça, Mademoiselle. Je sais, docteur, c’est juste que je suis très attachée à Océane qui selon moi va mal, et que je refuse de voir son état se dégrader jusqu’à l’adolescence à laquelle il est possible qu’elle ne survive pas, ou vive tellement mal qu’elle préfèrerait être morte. Je ne sais pas si elle vous l’a dit, mais son père, qui vient de mourir, lui a fait subir des choses que je peux imaginer parce que le mien m’a fait souffrir de la même façon. Nos pères sont tous les deux morts et c’est la meilleure chose qui nous soit arrivés depuis notre naissance. C’est pour cette raison que nous sommes liées. nous sommes liées pieds et poings liés liées liées A part ça, il va falloir que vous acceptiez que je ne réponde pas à toutes vos questions. Mon nom, mon adresse, vous les aurez sur le chèque que je vais vous donner tout de suite, mais pour le reste

   c’en est trop j’en ai trop dit je m’égare je m’isole je tombe je replonge je me fragilise je me relève avec peine j’avance je trébuche et m’étale de tout mon long je ne sais plus où je suis je me perds je me perds je me perds je suis perdue corps et biens perdue à jamais je suis prise je m’enferme et

   Rompons-là pour l’instant l’histoire d’Océane.

   pour le reste laissez-moi faire laissez-moi faire laissez-moi sortir !

   pour-le-res-te brisée brisée elle est brisée je suis brisée nous sommes perdues

   Mademoiselle, ne voyez-vous pas que c’est vous avez le plus besoin DE QUOI !?!

   me consume à petit feu je suis perdue personne ne me comprend laissez

   moi sortir par pitié. Mes mains tremblent et mon cerveau bouillonne. Je ne sens plus mes doigts je ne sens plus mon visage. qu’est-ce qu’il m’arrive ? je pleure je crois je ne peux plus respirer.

   Rock’n roll : Forme de musique à rythmique (le plus souvent) binaire sur laquelle repose quasiment toute ma ma conception personnelle de l’art, de la création, de l’humanité et de l’univers en général

   Négativisme : Forme de pensée issue d’un « comportement pathologique qui consiste à resister, soit passivement, soit activement à toute sollicitation externe ou interne

   Résistance : >> action >> réaction >> agression >> défense active

   en théorie / couplet >> refrain >> couplet      

   Soit, dans la pratique / intro >> couplet A >> refrain >> couplet B >> refrain >> couplet C >> pont >> refrain >> outro

   en théorie / parricide >> délivrance >> prison

   mais en pratique / accident >> mort du père >> frustration mais Kafka, lui, n’a jamais tué son père espèce de truie

   laissez-moi respirer laissez-moi respirer je crois que je vais y

   passer

   Passons.

   Une fois que je serai remise, je reprendrai. légère impression de se répéter que j’en ai tout simplement trop dit pour l’instant.

   Quand Ian Curtis est mort je n’étais pas née. Quand Gainsbourg est mort je dormais. J’étais malade ; la grippe.

   Réveil, take four. Je ne peux pas me permettre de rester plus longtemps au lit. Je crains pour ma vie. Il est midi passé de huit minutes. La clarté du jour m’inquiète plus qu’elle ne me motive. Il est déjà bien trop tard. Pour moi ou pour tout le monde. Il faut que je me lève je dois me lever ; coûte que coûte. La lettre n’en sera pas plus achevée. Le frigo pas plus rempli. Mon existence pas moins inepte. Ce sont des barres horizontales qui me tombent sur le plat du crâne et me maintiennent recroquevillée dans mon lit. On me lapiderait que je ne sentirais pas la différence. On me lapiderait que je n’en aurais pas moins envie de me fondre dans mes draps, puis dans le sommier, puis dans le parquet, puis dans les fondations, puis dans la Terre et ses multiples couches poreuses.

   Se sentir vivante. Je voudrais juste une fois me sentir vivante. Quitte à somatiser à mort. Je cours le risque. Je cours je cours je cours le risque

   Ainsi allai-je me retrouver au Chien Qui Bande

   Je ne voyais pas d’autre issue possible à cette journée si je voulais subsister.

   Laissons l’être humain s’enfoncer dans ce qu’il - avec une grande prétention - imagine de pire et voyons-le se relever, cette fois comme beaucoup d’autres fois avant, comme beaucoup d’autres fois après. Chaque envie d’en finir précèdera et succèdera à d’autres visions de mort, pertubées par cet inaltérable instinct de survie, qui vous guide tel un phare sur la mer déchaînée, et de sa clarté vous éblouit et masque l’infinie étendue des eaux nocives. Connus ou inconnus les horizons derrière lui se déploient et vous invitent à l’espoir de terres accueillantes, riches, animales.

    Vous ne rirez pas beaucoup sur le chemin je vous le garantis.

   Un peu comme la veille, il faisait un temps objectivement magnifique, et après une petite marche de quelques dizaines de minutes, je me forçai à me poser sur un banc du square D. Il s’agissait là d’une inactivité (contraire d’activité) trop rare chez moi pour m’en vanter, mais plutôt que de le regretter et me plaindre comme j’avais l’habitude de le faire, je préférai en profiter au maximum.

   Laissez-moi me relever seule, à ma façon, s’il vous plaît.

   Ce que j’aimais faire sur les bancs des jardins publics, c’était lire, voire écrire, quand l’envie m’en prenait. J’ai toujours pensé que les parcs étaient bien avant les bibliothèques des endroits idéaux, par beau temps évidemment, pour s’adonner à la lecture avec ferveur ou dilettantisme. J’avais choisi « Gaspard de la Nuit » d’Aloysius Bertrand, avant tout parce que je m’étais mis à écouter Ravel en boucle le mois précédent. A part que celui-ci en a tiré l’une des plus magnifique pièce pour piano seul du siècle dernier, ce livre possède avant tout l’avantage de la poésie en prose même en vers qui est qu’on peut la prendre où l’on veut, la parcourir comme bon nous semble on ne loupera jamais rien.

   Je feuilletai donc l’ouvrage et m’arrêtai sur le chapitre suivant, intitulé « ma chaumière » :

        Ma chaumière aurait, l'été, la feuillée des bois pour parasol, et l'automne, pour jardin, au bord de la fenêtre, quelque mousse qui enchâsse les perles de la pluie, et quelques giroflée qui fleure l'amande.

        Mais l'hiver, quel plaisir! quand le matin aurait secoué ses bouquets de givre sur mes vitres gelées, d'apercevoir bien loin, à la lisière de la forêt, un voyageur qui va toujours s'amoindrissant, lui et sa monture, dans la neige et la brume.

        Quel plaisir! le soir, de feuilleter sous le manteau de la cheminée flambante et parfumée d'une bourrée de genièvre, les preux et les moines des chroniques, si merveilleusement portraits qu'ils semblent, les uns joûter, les autres prier encore.

        Et quel plaisir! la nuit, à l'heure douteuse et pâle qui précède le point du jour, d'entendre mon coq s'égosiller dans le gelinier et le coq d'une ferme lui répondre faiblement, sentinelle juchée aux avant-postes du village endormi.

        Ah! si le roi nous lisait dans son Louvre, - ô ma muse inabritée contre les orages de la vie, - le seigneur suzerain de tant de fiefs qu'il ignore le nombre de ses châteaux, ne nous marchanderait pas une chaumine!

   À une certaine époque de ma vie d’adolescente à moitié rebelle peut-être me serais-je ému aux larmes pour un poème tel que celui-ci. J’imagine. Ce jour-là pourtant, je ne pleurai pas le moins du monde mais lisai avec une concentration contemplative. « Chèvremorte » :

       Ce n'est point ici qu'on respire la mousse des chênes et les bourgeons du peuplier, ce n'est point ici que les brises et les eaux murmurent d'amour ensemble.

       Aucun baume, le matin après la pluie, le soir aux heures de la rosée; et rien pour charmer l'oreille que le cri du petit oiseau qui quête un brin d'herbe.

       Désert qui n'entend plus la voix de Jean-Baptiste! Désert que n'habitent plus ni les hermites ni les colombes!

       Ainsi mon âme est une solitude où, sur le bord de l'abîme, une main à la vie et l'autre à la mort, je pousse un sanglot désolé.

       Le poète est comme la giroflée qui s'attache, frêle et odorante, au granit, et demande moins de terre que de soleil.

       Mais hélas! je n'ai plus de soleil, depuis que se sont fermés les yeux si charmants qui réchauffaient mon génie!

   J’ai toujours aimé la poésie en prose. Son côté outrancièrement romantique et suranné me plaît, un peu plus que les vers où à la beauté syntaxique on privilégie le plaisir auditif. Au delà de ça, je prenais mon temps pour saisir les intentions de l’auteur dans ces poèmes. La raison première est qu’il était vraiment trop tôt dans l’après-midi pour que je puisse me pointer au Chien qui Bande sans passer pour une petite pochetronne des beaux quartiers.

   Sagement assise sur mon banc, je mis un certain temps à me rendre compte que je n’avais pas sommeil. Le livre restait bien droit sur mes cuisses et ma tête ne dodelinait pas un seul instant. Je parvenai même à contenir les circonvolutions châtrées de ma petite tête toute de traviole dans leurs plaintes.

   Après avoir lu une trentaine de pages je me décidai à reprendre ma route vers le Chien Qui Bande. Le square était un endroit intéressant voire amusant par de nombreux aspects. Impossible à fermer complètement, il était la nuit le point de rendez-vous des toxicos du coin. Les prostituées se trouvaient autrefois plus bas au niveau de la gare, surveillées par leurs macs. Mais bon an mal an tous savaient se faire discret et même nettoyer un minimum derrière eux. A cette heure du jour donc, et par ce temps c’était avec bonheur beaucoup plus familial. Mamans avec landeaus, collégiens et lycéens venant manger sur le pouce, petits couples un peu partout, légitimes ou non. L’ambiance n’était somme toute pas désagréable. Il ne manquait plus qu’un joggeur ou deux et le tableau aurait été parfait. Et des joggeurs des joggeuses il y en avait parfois je me souviens, mais plus tôt le matin ou plus tard l’après-midi. Logique. Je les ai toujours trouvé ridicules. Ils me manquent je crois.

   Je traversai la place D. et descendit la rue de la L. jusqu’à la rue B. où je tournai à gauche. De partout les gens affluaient et je m’escrimai à les observer de haut en bas, à les dévisager si possible. Un signe ne trompait pas : je les trouvais tous beaux  chacun à leur façon, presque sans exception. Cela voulait logiquement dire qu’à cet instant j’allais plutôt bien. Beaucoup plus nombreux étaient ceux où, vous vous en douteriez, je trouvais tous les humains laids à en vomir.

   Arrivée au CQB peu après 13 heures, je fus surprise du monde en train de manger. La première fois je n’avais pas même pas réalisé que le bar faisait aussi restaurant. Je me dis la cuisine devait peut-être être fermée hier. Miki me vit avant que je ne la voie. Elle souriait faiblement lorsque que je la trouvai. Elle était habillée de couleurs beaucoup plus vives que la veille, et de fait me paraissait avoir meilleure mine. Chemisier fin rose fuschia et jupe courte et volante jaune écru détonnant. Le plus ravissant était en transparence son petit soutien-gorge d’un bleu du meilleur goût dans son joli décolleté assez bas et élégamment peu rempli. Je me dis qu’elle doit peu ou prou avoir les même seins que moi. Aux pieds elle portait des mocassins vernis assortis à son chemisier, et sur la tête une bande de la même couleur assez épaisse en tissu fin qui empêchait ses cheveux noir jais mi-longs de lui tomber devant les yeux.

 « Je pensais pas que ta... vie était aussi vide que ça. » se moque-t-elle gentiment en s’approchant de moi.
 « Eh oui, tu vois que je m’ennuie beaucoup pendant mes jours de congés. » rétorqué-je faussement vexée pour ne pas perdre la face.
 « Je suis contente que... tu sois revenue aussi vite. » avoue-t-elle en détournant le regard deux secondes, un tout petit peu rougissante. Ces mots me firent une belle étincelle dans le coeur.
 « Moi aussi je suis contente. J’avais très envie de te revoir. »
 « Je te sers quelque chose ? »
 « Un demi s’il te plaît. »
 « Non, pas de demi il est trop tôt, je suis sûre que tu n’as pas déjeuné, je vais te faire faire un... bon sandwich aux... rillettes et te ramener un coca light. » fait-elle, le plus sérieusement du monde
 « Quoi? Depuis quand c’est la serveuse qui choisit les commandes ? » estomaquée
 « Tu m’as dit que... je suis ton amie et mes amis... ne boivent pas avant 18 heures. Le sandwich c’est cadeau. » explique-t-elle avec le même ton neutre.
 « Dans ce cas c’est d’accord, merci beaucoup! » ris-je, encore une fois touchée
 « Viens au bar ça sera... plus simple si tu veux qu’on discute. »
 « Dis-moi t’es toujours aussi directive avec tes amis ? » ironique
 « Directive ? Euh... Si ça veut dire ce que je pense, euh... oui, j’imagine... »

   Ainsi elle m’installa au bar, où le patron était remplacé par Liam, que je n’avais pas vu la veille. Un mec charmant et plutôt beau gosse et qui m’aurait tout à fait convenu s’il n’avait pas été un tantinet dégarni de partout sur le crâne et un chouia plus mince. Le drame de la bière. Il était néanmoins très sympathique, donc, et avait l’air de bien s’entendre avec Miki, ce qui pour moi était un gage de confiance. C’est lui qui alla demander au cuisinier - encore invisible - mon sandwich et me servit mon coca. Je sirotai et observai Miki quatre ou cinq minutes durant. Ses sourires étaient plus francs. Ses gestes plus amples. Je supposai avec fierté que j’y étais pour quelque chose. Je pensai que je pourrais difficilement regretter d’être entrée la première fois, même si je n’aurais jamais cru aux conneries de destin et autres et si ma bonne étoile n’avait de bonne que le nom.

   Miki alla chercher directement mon sandwich à la cuisine et s’assit à côté de moi en le posant. J’avais encore une fois un peu faim et me jetai dessus sans hésitation ou presque. Il était délicieux.
 « Les rillettes de porc sont faites maison. C’est Patrick qui... tient la recette de sa grand-mère. »
 « Patrick ? »
 « Le patron que tu as vu hier. »
 « Ah d’accord. Et qui est en cuisine ? »
 « Deux personnes. Jean-Michel est là depuis le début. Il a son caractère mais c’est un très vieil ami de Patrick, et puis il est doué et les clients l’aiment bien. L’année dernière comme il a été... très fatigué on a engagé Mounir. J’ai eu du mal avec lui au début, mais finalement c’est un bon... garçon très honnête. Je me suis trompée... sur lui je crois. »
 « Te me les présenteras ? »
 « Si tu veux. Mais... allez mange. » conclut-elle en souriant, un peu maternelle.

   Les jours suivants je continuai à me rendre au bar après le travail et à chaque fois je sentais que je me rapprochais de la jeune femme. Nos dialogues se faisaient un peu plus riches à chaque fois, et depuis la musique ou la littérature nous arrivions toujours à nous livrer l’une à l’autre sans nous en rendre compte, alors que nos discussions tournaient autour de sujets extrêmement vastes. Je me forçais à ne pas évoquer ses « capacités d’intuition » quant à la vie sexuelle des personnes qu’elle croisait mais après environ deux semaines de visites quotidiennes, c’est elle qui remit les pieds dans le plat, même si l’expression ne convient pas car je m’attendais à ce que ça arrive, et plutôt rapidement, vu la tournure que prenait notre relation. Je me souviendrai longtemps, aussi, de ce moment. Dans les multiples haut-parleurs Patrick avait laissé filer - chose rare - « Vespertine » de Björk pendant qu’il y n’y avait pas grand monde. Et « Pagan Poetry » de démarrer. Puis « Frosti ». Ma préférée vous auriez deviné. J’aimais la voix de l’Islandaise mais encore plus, je pense, la musique qui l’entourait. Je ne sais si l’intention de Miki était de me tirer les verres du nez pourtant
 
 « Tu sais, depuis que je te connais, je suis étonnée de la façon dont tu évites de parler de tes parents » dit-elle, pour une fois d’une traite presque innocente dans la sincérité mise plus que plat sur plat, en me servant un gin fizz plutôt ardu.

ardu, oui, elle m’avait prévenue en le préparant

Repost 0
Published by injektileur - dans nous sommes des monstres
commenter cet article
4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 05:19

Il y a des maladies où des états qui peuvent difficilement avoir la "cote". Souvent antithétiques d'ailleurs. Prenez l'anorexie mentale et la boulimie. Elles sont les deux côtés d'une même pièce, mais la première, dans toute sa gravité, dénote d'emblée pour le tout venant, avant même l'idée de drogue, plutôt celle d'une ascèse extrême et d'une rigueur dangereuse pour la personne (très souvent des jeunes filles) qui en souffre, sans parler de l'image atrocement déformée qu'elle garde d'elle-même, image qui est dans l'énorme majorité des cas le centre du problème.
Il y a drame ET compassion, avec parfois du dégoût.
La boulimie, elle, se voit beaucoup plus "mécanique" dans ses pratiques, et les crises, pour des personnes n'y ayant jamais été confrontées, paraissent tellement surréalistes, que si drame et dégoût il y a, la compassion, elle, passe à la trappe. On se baffre, on grossit, on chie, et/ou on vomit.
La boulimie passe pour une maladie sale et bas-de-plafond, là où l'anorexie mentale reste malgré tout une maladie "propre", plus rare voire "mystérieuse", encore aujourd'hui. Tellement dans le vent que les autorités ont un mal fou à bloquer vantant les pratiques permettant d'atteindre des IMC mortellement bas. Mais lorsque la société toute entière est pointée du doigt par rapport, à ce problème, et que les victimes sont traitées avec plus ou moins de respect, les boulimiques et obèses, alors qu'ils deviennent immensément nombreux, sont eux dénoncés et mal vus par l'ensemble cette même société (y compris par moi, je ne m'en cache pas) comme toujours responsables de ce qu'ils sont devenus.
Il n'y a donc aucune commune mesure entre les différences d'appréciation de ces deux maladies qui sont comme le yin et le yang.
Je continue en essayant au mieux de ne pas abuser des guillemets.
Plus tragique encore, car il est par définition synonyme de mort, le cancer. On en soigne une bonne partie certes. Mais entre nous, qui préférerait mourir d'une tumeur au cerveau plutôt que d'un cancer des testicules? Ou dans le même ordre d'idée, qui préfére expliquer que son grand-père est mort d'un cancer des poumons alors que c'est en vérité après à son opération du côlon qu'il a succombé?
Contre le cancer les femmes commencent à montrer leurs seins et c'est tant mieux. Combien de temps faudra-t-il pour que les hommes arrivent à admettre qu'il est très important de se faire examiner la prostate (soit un bon doigt dans le cul) régulièrement après 55 ans? Combien? Je ne déroge pas à la règle, encore une fois, et suis soulagé d'avoir à peine un peu plus de la moitié de l'âge requis pour ce dépistage.
Je continue.
Plus prosaïquement, qui est capable, en toute honnêteté, de me dire qu'il ou elle a autant de facilité à "expliquer" qu'il ou elle a une angine, la migraine plutôt que des diarrhées monstrueuses? Posez vous la question, pour voir.

A l'origine je voulais juste parler de l'insomnie et de l'hypersomnie, mais je crois que ça va être encore très long. L'insomnie fait des ravages chez nombre de personnes, notamment moi. C'est plus le symptôme d'autres maladies qu'une maladie en soi. L'hypersomnie, plus rare, peut être les deux également. Mais encore une fois, vous pourrez faire le parrallèle entre quelqu'un qui dort toute la journée, pour une raison x ou y, et qui a toutes les peines du monde à expliquer qu'il est très fatigué et qu'il n'y peut rien, face à un autre quelqu'un qui lui, passe facilement pour un "actif", vu qu'il ne dort pas. On le plaint plus facilement, ne pas dormir est la première source de fatigue. La tolérance est bien moindre lorsque vous dépassez 10 ou 12 heures de sommeil par jour. La cote est beaucoup, beaucoup plus basse. Imaginez un cheval sur qui personne, mais vraiment personne ne veut miser. Son nom serait par exemple "Démoulé trop chaud de la Chiure de Brise".

Plus sérieusement, il y a façon et façon d'échapper à ses malheurs. Le sommeil en est une. Beaucoup d'adolescents, ou de jeunes adultes le comprennent sans le vouloir, ni le savoir d'ailleurs. Les rêves sont nombreux, mais jamais très agréables. Les réveils, désastreux.

Je ne sais pas si j'ai été anorexique ou boulimique, même aujourd'hui. En revanche, je sais pertinemment que je suis très insomniaque et très hypersomniaque à mes heures. Je ne le souhaite à personne, mais très malheureusement, je sais bien que c'est peine perdue. Nous sommes très nombreux dans cet état.

Repost 0
Published by injektileur - dans divagations
commenter cet article
3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 23:50

Bonne année à toutes et à tous, déjà. Avant toute chose. L'essentiel est là. Tostaky, blablabla.
J'imagine que vous avez passé de bonnes fêtes. Vers celles et ceux pour qui ce n'est pas le cas, j'exprime mes sentiments de navritude les plus sincères.
(Il paraît que j'utilise des mots qui n'existe pas... même pô vrai...)

Personnellement j'ai vu les derniers rayons de lumière de 2OO9 se coucher dans la forêt d'Ageville, qui n'a rien de particulier sinon son nom, et sa localisation (juste à côté de la maison parentale).
Puisqu'il n'est qu'à peine mon genre de me plaindre, je ferai court cette fois, pour enchaîner le plus vite.
Je vous conseille juste les forêts, à la nuit tombée en hiver, seul, dans le froid certain. J'ai beau être un trouillard je ne me suis jamais senti mal dans cette obscurité-là, et à l'heure où la majorité des Français et des Européens mettaient les petits plats dans les grands, j'ai cette fois, comme ça m'était déjà arrivé par le passé, décidé de dire merde à tout et vive les cris d'oiseaux non-identifiables (du moins, pas par moi), les refuges en forêts dont les murs font écho à vos pas et vous font croire que vous n'êtes pas si seul que ça, les traces de pattes de chevreuil dans la neige, même si, toute vérité crue à ressortir comme ça, il a beaucoup neigé par là-bas ces 15 derniers jours et la neige a tenu sauf le soir de la Saint-Sylvestre.
J'ai dit que je ferai court mais je pourrais vous parler pendant des lignes et des lignes de cette forêt, ainsi que de quelques autres.
Quand par exemple, la température dépasse à peine 0°C et que la neige commence à faire des petits plicploc sur les feuilles et par terre. Comme vous marchez et que cette même neige qui est au sol crisse sous vos pas vous ne pourrez l'entendre, à moins de vous arrêter sciemment et de retenir un minimum votre souffle. Là, quand il fait jour vous entendrez forcément aussi quelques oiseaux plus sympathiques qui chantent gaiement, assumant complètement le fait qu'ils n'ont rien de mieux à foutre qu'attendre le printemps.
J'imagine que j'y reviendrai bientôt, moi aussi. Je piapiate beaucoup finalement, je le sais. Mais dès que je ne piapiate plus tout mon petit monde s'en va. Logique.
Mais l'idée est là, oui: je vous conseille la marche en forêt, en hiver, seul.

Bonne année 2010 à vous tous, donc.
Bonne santé surtout. Il le faut.

Repost 0
Published by injektileur - dans remplissage
commenter cet article
22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 08:36

(résumé de situation: l'héroïne se rend à l'enterrement de son patron, et décide d'entreprendre quelque chose pour aider la fille de ce dernier)  

   Vous ne m’auriez pas reconnue, je vous promets, moi-même encore à l’époque je m’étonnais de ma capacité à redevenir humaine justement, obséquieuse hypocrite basse il n’y a pas d’autre mot, basse, vile, opportuniste et charmeuse. Cette fois-ci je me défendais intérieurement en me persuadant que c’était pour la bonne cause, pour une petite fille qui méritait d’être heureuse et comblée par cette nouvelle vie qui l’attendait. Après l’inhumation, je réussis à prendre la mère à part pour mieux l’éloigner. Vous m’auriez vue avec mes toutes mes condoléances, je ne connaissais pas encore très bien votre mari mais je comprends votre douleur, avec mes je suis de tout cœur avec vous, il faut que vous teniez bon, sinon pour vous au moins pour vos enfants, pensez à eux, vous devrez être courageuse, vous l’êtes déjà je le sens, mais vos enfants sont encore trop jeunes, ils ont besoin de vous. Et autres joyeuseries. La veuve m’écouta sans avoir l’air de comprendre, et garda son attitude lourdaude de blaireau hébété devant des phares de voiture. Puis elle me dévisagea longuement, déglutit plusieurs fois avant de prendre assez de souffle pour me cracher à la figure que si j’étais une de ses putes je n’avais pas besoin de venir quémander parce que je toucherai pas un rond. Réaction charmante mais tout à fait logique. J’attendis avec diplomatie qu’elle se calme et me laisse m’indigner avec diplomatie de telles insinuations, et ne relevai pas l’insulte. Déjà plus le temps, plus la motivation, plus la « niaque » oui à vingt ans c’est triste. Je ne m’indignai au final pas, son homme, de vue je l’avais cerné tout entier je l’ai décrit plus haut. Je lui répondis que je ne savais pas de quoi elle parlait, et que je ne connaissais qu’à peine le défunt. Alors pourquoi vous venez me parlez ? Parce que je sais ce que vous ressentez. J’ai pas besoin de votre aide ! Je n’ai jamais dit que j’allais vous aider en quoi que ce soit. Bizarrement cette réponse la fit réfléchir et de fait elle se ferma pendant une poignée de secondes, pour mieux se rouvrir encore et toujours plus rouge. Vous vous foutez de moi ? Du tout madame, je n’ai juste pas la prétention de pouvoir vous réconforter. Puisque je vous dis que j’en ai pas besoin ! Je sais, madame, mais vos enfants si. Vous croyez que je le sais pas ? Je ne me permettrai pas de vous juger, madame, mais vous vous contentez de pleurer sans arrêt, et vous ne leur avez même pas adressé le moindre regard ou la moindre parole depuis le début de la cérémonie, même pas un petit geste un signe de tendresse… Mais pour qui vous vous prenez, à venir me faire la leçon, le jour de l’enterrement de mon mari ? Qu’est-ce que vous savez de ma vie et de celle de ma famille ? Comment vous pourriez me comprendre, vous êtes qu’une gamine ! Vous dites que vous voulez pas me juger, alors foutez-moi la paix avant que je m’énerve pour de bon ! Là-dessus, la petite est arrivée avec son frère, toujours main dans la main. Qu’est-ce qui se passe, Maman, il y a un problème ? Non, Gaëtan, ce n’est rien, cette jeune fille me présentait juste ses condoléances, et elle va s’en aller, maintenant. Tu la connais ? Non, elle travaille dans le magasin de ton père. La mère et le fils se mettaient déjà à parler de moi devant moi, comme si je n’étais pas là. Dans mon top ten des choses les plus détestables en ce monde, celle-ci tenait une excellente place. Je ne sus comment les faire taire, et abandonnai en esquissant une de ces éclipsades dont j’avais le secret. Léger salut de la tête puis sortie de champ. Naturellement je m’en voulus de laisser tomber la petite après un essai de si bonne volonté mal placée, mais les circonstances l’exigeaient. Banalité à répéter je ne supporte pas que l’on parle de moi. Dans mon dos je n’y peux rien mais en ma présence c’est quasi des boutons qui me poussent sur les bras et les épaules. Ce que je ne pouvais pas prévoir c’est la petite qui lâcha son frère pour me suivre un long moment dans le cimetière, discrète de chez discrète. Elle s’approcha de moi sans un bruit donc et me fit sursauter alors que j’observais la tombe très endommagée donc à peine lisible d’un jeune homme mort à mon âge, exactement un siècle auparavant. J’étais simplement en train de me laisser pénétrer une fois de plus par ma propre inutilité, latente, lancinante, surtout quand mise en regard avec des corps des âmes des œuvres des personnages, vivants ou morts, du même âge que moi au moment où ils m’interpellent ; et souvent intolérable une fois qu’ils devenaient plus jeunes, guerre ou pas guerre.
 
 « Qu’est-ce que vous vouliez à maman ? » me demande-t-elle de suite, sans se soucier une seconde de ma frayeur, que je ravale pour ne pas perdre la face.
 « Tu peux me tutoyer tu sais, je suis pas aussi vieille que ça… »
 « Qu’est-ce que tu voulais à ma mère, alors ? » répète-t-elle sans se laisser perturber.
 « Je lui parlais de vous quatre… »
   Elle s’approche encore de moi, tout en prenant soin de garder une certaine distance entre nous, assez méfiante, ses grands yeux verts perçant au plus profond dans les miens, sans les quitter une seconde. C’est assurément une très jolie petite fille, fine, plutôt grande pour ses 8 ou 9 ans, cheveux châtains bouclés mi-longs et teint pâle. Joues creuses, fossettes, petit nez droit et bouche en cul-de-poule accentué par le fait qu’elle n’a pas vraiment de raison de sourire. Je trouve sa tenue ravissante pour un enterrement et doute que sa mère seule ait été capable d’un tel goût.
   La poignée de pas qui nous sépare me permet même de déterminer que la robe chasuble noire sans manches qu’elle porte est en drap de laine. Col ras du cou. Les pinces et les plis sont marqués et je suppose qu’il en est de même dans le dos. Rajoutez à cela un froufrou vertical en simili cuir sur le devant et vous aurez une robe qui vous vous dites qu’à ce niveau-là quelqu’un d’encore indéterminable continue de jouer à la poupée et de se faire plaisir à voir cette petite comme ça. Sous la robe un T-shirt blanc manches longues en coton. Sur la robe un tout aussi craquant Cardigan court en maille jacquard stretch, noir évidemment, dont les pans se croisent sur le devant aussi. Au pieds des mocassins vernis, noirs toujours. Socquettes légèrement lâches, gris très pâle, qui ramènent au peu des doublures du T-shirt que l’on peut voir. Et dans les cheveux un tout petit noeud blanc en forme de papillon qu’on remarque à peine. Tout ceci me paraissant d’un certain niveau de luxe dont le petite semblait se préoccuper comme des derniers cours de la Bourse de Singapour. New-York, je ne saurais dire, mais Singapour...
 « Et qu’est-ce que tu lui as dit ? »
 « Je lui ai dit qu’elle devait avant tout penser à prendre soin de vous, et surtout de toi. »
 « … »
 « Je lui ai dit que c’était à elle de montrer l’exemple, d’être forte… »
 « … » moue dubitative
 « Elle s’est énervée. Ce sont des choses qui arrivent, alors je l’ai laissée… »
 « Pourquoi t’es allée la voir ? »
 « Eh bien, ça va peut-être te paraître bizarre, mais c’est avec toi que je voulais parler, en fait… » expliqué-je franchement.
 « Avec moi ? » pour la première fois une surprise passagère se lit sur son visage, avant de redevenir méfiance redoublée.
 « Oui, avec toi. »
 « Et pour quoi faire? »
 « Pour te dire que je sais très bien ce que tu ressens aujourd’hui. »
 « C’est pareil que ce que tu viens de dire à ma mère ! » presque irritée
 « Tu dois savoir que parfois les adultes sont hypocrites. Ta mère et tes frères je m’en fiche, tu sais. C’est pour toi que je m’inquiète. »
 « P… pourquoi moi ? » soufflée bel et bien cette fois.
 « Je te l’ai dit on est pareilles toutes les deux. »
 « Pareilles ? »
 « J’ai perdu mon père aussi, et ma mère, plus tard que toi, mais… »
 « Seulement pour ça ? »
 « Non, pas tout à fait. »
 « Alors quoi ? T’es trop bizarre, tu m’énerves, je m’en vais, je sais pas pourquoi je t’ai suivie je croyais que t’étais gentille. » lâche-t-elle avant de tourner les talons.
 « On est pareilles parce qu’à la mort de mon père j’ai pas été triste, j’étais contente même, sans pouvoir le dire à personne… Il m’a tellement fait mal que je souffre encore aujourd’hui. Alors c’est pour ça que je suis là. Si tu te sens soulagée que ton père soit parti, tu peux me le dire, à moi. »

   Elle se retourna, après une pause les deux pieds remis côte-à-côte.

   Au cours d’une vie il est des images qui vous hantent jusqu’au tout dernier souffle. Non, non, pas toujours les cauchemars récurrents ou autres obsessions cathartiques, le reste, comme par exemple les deux secondes cramées sur des souvenirs d’une jeunesse révolue, ou les heures vautrées dans toutes les occasions manquées, la sensation de vide, puis les vagues remous abyssaux la poussière imperméable d’un grenier fermé pendant cinquante ans. L’évidence est là encore une fois mais répétons-nous un peu sinon les mots ne survivent pas. La douleur n’est ni élastique ni compressible, elle est l’outil même avec lequel la plupart des humains calculent inconsciemment la taille de leurs frêtes-souvenirs sur le manche du temps, avant de les installer quoiqu’il advienne, sans en avoir le choix, toujours plus rapprochées les unes des autres, jusqu’au bord du gouffre de la caisse de résonance, où la Mort les accueille en se foutant de leur gueule parce que leur minuscule existence n’a jamais cessé de sonner faux.

   Elle se retourna, après une pause les deux pieds remis côte-à-côte. Les larmes ne se montrèrent pas immédiatement, il leur fallut patienter jusqu’à ce qu’elle vienne contre moi. Et encore, cela n’avait rien d’évident car elle ne voulait à présent plus me regarder. Certes les enfants avaient un énorme pouvoir d’attendrissement. Et pourtant Océane était différente. Elle, elle savait déjà jouer des extrêmes sans tomber dedans, alors que d’autres petites filles passaient des hurlements de rire au torrents lacrymaux en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Et moi j’ai réagi de la manière que je pensais être la plus appropriée, je me suis baissée je me suis mise à sa taille, comme n’importe quel adulte sensé dans la même situation. Sûr je l’avais bousculée, je la bousculais encore mais elle m’avait comprise, mon but était atteint. Il ne s’agissait pas de sacrifice non, la pauvre jouait l’agneau depuis bien trop longtemps pour son âge. Je voulais simplement lui éviter ma vie de ratée consciente. Et elle elle regardait ses petits pieds dans ses mocassins, moi je me disais les contrastes toujours ces enfoirés de contrastes, entre un être à peine né et une phrase puis un être à peine né dont le corps vous appelle à l’aide mais dont l’esprit cloîtré et la parole rejetée ne réussissent plus à suivre, par manque d’envie par peur du lendemain inconnu où on les jugera. Oui, la peur du regard d’autrui, la terreur du jugement les enfants victimes de sévices sexuels les ont dans le sang, ancrées en eux avant même de pouvoir comprendre ce que c’est que juger et être jugé soi-même. Culpabiliser sans aucune notion de ce qu’est la culpabilité. Alors on regarde ses pieds, comme elle, on triture son gilet, on croit rester immobile mais en vérité on change d’appui deux fois par seconde, on a la tête qui bourdonne on ne sait pas quoi dire, sinon à soi-même dans sa tête brûlante qui bourdonne de plus en plus fort que le monde est injuste les adultes sont dégoûtants mais que c’est un peu tôt pour s’en rendre compte à ce point, on a une folle envie de pleurer mais on se retient parce qu’on est grand, plus grand et moins dégoûtant qu’eux.

 « Je sais même plus ce que c’est qu’être triste. C’est toujours mélangé à quelque chose d’autre… » commence-t-elle, d’une voix toute faible. Comme je reste quoi qu’il arrive au moins aussi pire que les précédentes hypocrisies incarnées je lui passe d’instinct la main dans les cheveux en me disant qu’elle va me repousser. Elle n’en fait rien. Je me sens dans mon élément je sais exactement ce qu’elle ressent et avant de sentir le futile bonheur de me sentir pour une fois utile cela me terrorise comme rarement il m’arrive d’être terrorisée. Et mon moi au même âge rôde en fantôme éternellement paisiblement rancunier jamais vengé. J’essaye de l’amener à lever le menton mais elle ne plie pas, les yeux rivés sur ses chaussures. « Il y a des jours où je suis en colère, des jours où j’ai pas faim, des jours où j’ai envie de courir sans m’arrêter, des jours où j’ai envie de voir personne… des jours où… » Elle s’interrompt quelques secondes ; depuis son gilet ses mains passent avec un naturel désarmant à la doublure de ma jupe qui semble lui plaire, en tout cas au toucher car les cheveux maintenant devant les yeux je ne peux que supposer qu’ils restent fixés sur ses chaussures peut-être mes genoux. « Aujourd’hui je sais que tout le monde aurait voulu que je pleure… Mais j’ai pas pu, tu vois, j’ai pas réussi à être « normale »… Y’a trop de choses dans ma tête, plus assez de place pour pleurer… Ca sert à rien de pleurer. Non, ça sert vraiment à rien. Mon père ça l’a jamais arrêté, lui… Il appelait ça jouer, il disait que c’était notre secret, le salaud... - crache-t-elle sciemment. Je vous jure je le répète qu’entendre une gamine de 9 ans traiter son père à peine raidi dans son cercueil de salaud c’est quelque chose qui vous suit jusqu’à votre mort – et maintenant tu vois il est mort, et… j’ai même pas le droit de dire que c’est bien fait pour lui… J’ai même pas le droit parce que ça se fait pas, et qu’on me demandera pourquoi je dis ça… et que j’expliquerai ce qu’il m’a fait… et que personne me croira parce que tout le monde l’aimait, et que j’ai pas de preuves. On me traitera de tous les noms. On me demandera pourquoi je l’ai pas dénoncé avant… et je suis trop petite alors je saurai pas me défendre… Mais tu sais quoi je suis assez grande pour plein de choses, j’ai plein de trucs dans la tête, ça m’empêche de dormir, mais je sais que c’est pas ma faute, je sais que j’y suis pour rien… »
 « C’est déjà beaucoup, tu peux me croire… » dis-je à mi-mot, le plus gentiment possible pour une brute comme moi. Mais la sincérité est là et je pense qu’elle l’a compris. En ce qui me concerne c’est un petit miracle.

   Mais le vrai miracle, au final, était de son côté à elle, du côté des mots, des verbes qu’elle employait au futur, sans se tromper, ce futur soi-disant si peu appréhendable pour des enfants dont on disait parfois que l’esprit pouvait difficilement aller plus loin que le « quand je serai grand »
 
« Alors si c’est beaucoup, pourquoi… pourquoi j’arrive pas à me sentir soulagée ? Pourquoi est-ce que j’ai envie de pleurer maintenant que j’ai dit tout ça ? » sanglote-t-elle.
 « Parce qu’il te faudra encore beaucoup de temps avant de te libérer complètement de ton père, même s’il est mort. »
 « Je voudrais tellement me sentir soulagée… »
 « Je sais ma puce. Tout à l’heure j’ai dit ça pour que tu me comprennes, mais c’est malheureusement pas aussi facile que ça… »
 « T’as dit que toi t’avais été soulagée… » petit reniflement mignon tout plein.
 « Je l’étais, mais j’avais 18 ans, le double de ton âge aujourd’hui… Et tu sais quoi ça fait une grosse différence. »
 « Ca veut dire qu’il va falloir que j’attende d’avoir 18 ans pour aller mieux ? »
 « Bien sûr que non. Si tu es d’accord, je t’aiderai, moi. » souris-je.
 « M’aider ? Comment tu pourrais m’aider ? » s’enquit-elle, perplexe.
 « Déjà, en écoutant toutes tes histoires, en t’écoutant, toi, et en te trouvant un bon médecin qui saura t’écouter lui aussi et te soigner. »
 « Je veux pas aller voir le docteur ! Celui de Maman, il sent très mauvais de la bouche ! Et il fait des blagues pas drôles… »
 « Non, je vais tâcher de t’en trouver un vraiment sympa et drôle, et qui a des chewing-gums, d’accord ? » fais-je, toujours le sourire aux lèvres, en inclinant la tête comme une grande sœur affectueuse. Océane acquiesce doucement.

   Ce n’est pas que j’avais une quelconque confiance en le corps médical, mais j’essayais de faire preuve de bon sens. Moi-même ne m’étant jamais résignée à me faire soigner je me retrouvai là. Il s’agissait donc d’éviter à cette jolie petite fille une existence semblable. Pour tout le reste j’ignore d’où j’ai pu tirer cet énergie affective. Il me restait encore quelques ressources insoupçonnées, j’imagine. Je n’irai pas jusqu’à dire que je me sentis soudain fière de moi, mais si la fierté s’apparente à une petite étincelle neutre mettant feu à votre cœur et chauffant votre corps entier sans le moindre effort physique, eh bien je m’en approchais nettement.

   Nous restâmes ainsi un bon moment, puis je me levai, car mes jambes commençaient à s’ankyloser. Océane se mit à me poser plein de questions à mon sujet les unes à la suite des autres, sans toujours attendre de réponse. Le temps que nous rejoignions un banc situé au milieu du jardin qui jouxtait le cimetière, elle savait déjà l’essentiel. Parfois même sa voix prenait les intonations d’une petite fille heureuse, vous savez, le timbre haut perché, rieur, en point d’interrogation constant. Mais dès que je parlais de mon père ou de quoi que ce soit d’autre en relation avec lui, elle s’assombrissait de façon quasi-automatique, caricaturale, sans s’en rendre compte. Cette petite souffre énormément ça crève les yeux, comment ça se fait que son entourage l’ait pas remarqué, et autres pensées éparses jointes par mes soins avec la conviction du désespoir. Pour son bien à elle. Convocation depuis les tréfonds de mon cœur meurtri d’énergies vierges, positives, impatientes, prêtes à déferler pour son bien, à elle. Je me laissai envahir alors que nous nous installions sur le banc couvert de blessures.

 « Tu crois vraiment qu’il faut que j’aille voir le docteur ? » un peu inquiète
 « Oui, je le crois. Je te garantis pas que tu vas oublier ton père et tout ce qu’il t’a fait, mais en tout cas, ça te fera pas de mal. Fais-moi confiance. »  souriante et stupéfaite par mon propre optimisme
 « Tu viendras avec moi ? » rassurée
 « Peut-être. Ca dépend un peu de ta mère. » dubitative
 « Alors tu viendras pas avec moi… » attristée
 « Ta mère me laissera pas ? »
 « Je pense pas, non… »
 « Je vais lui parler, elle comprendra » pas vraiment sûre de moi
 « Tu connais pas ma mère… » pas vraiment sûre de moi non plus
 « Elle se laisse pas convaincre facilement ? » à moitié surprise
 « C’est le moins qu’on puisse dire… » à moitié convaincue
 « On est pas obligées de tout lui dire non plus. » audacieuse
 « C’est vrai. » tête brûlée
 « Fais-moi confiance. » fonceuse
 « Je te fais confiance. » suiveuse

à l’école tout le monde s’en prend à moi parce que mes parents ont des sous, mais c’est eux qui les ont, les sous, pas moi, j’y suis pour rien !

   Océane.

   Le nom se fit entendre derrière nous. Ce n’était ni le ton d’un père difficile et autoritaire ni celui d’une mère attentionnée. Océane avait pour mère une femme faible, lâche et égoïste. Nous nous retournâmes en chœur et vîmes celle que nous redoutions attendions depuis un moment. Sur son visage on pouvait lire à la fois l’étonnement, l’agacement, l’atermoiement l’apitoiement la déception l’incompréhension et un soupçon de haine pour assaisonner. Elle s’approche de nous. Qu’est-ce que vous faites avec ma fille ?! Je vous ai dit de nous laisser tranquilles ! On était juste en train de discuter, Maman. Toi, tu te tais ! Nous étions juste en train de discuter, Madame. Arrêtez de vous foutre de moi ! Océane, viens, on rentre. Elle me fait la bise. Je lui rends, reste assise et l’envoie à sa mère. Votre fille ne va pas bien, Madame. Évidemment qu’elle va pas bien, elle a perdu son père, espèce de cruche ! Je ne parle pas de ça. Et restez polie, s’il vous plaît ; votre souffrance n’excuse pas tous les comportements. Votre fille va très mal et elle a besoin de se faire soigner. C’est vous qui devriez vous faire soigner ! Pour qui est-ce que vous vous prenez ? Vous croyez tout connaître de la vie, à votre âge, à votre poste ? Vous imaginez avoir déjà acquis de l’expérience des choses ou des gens ? Mais pour qui est-ce que vous vous prenez ? Je suis veuve, maintenant, avec 4 enfants à charge, et vous croyez savoir ce que ça représente ? Emotionnellement et financièrement c’est un désastre ! J’ai l’impression que mon mari a tout emporté avec lui, tout ce qu’il y avait d’agréable de drôle ou de tendre dans notre vie de famille, et vous, vous arrivez comme ça, en disant que ma fille a besoin de soins ? Vous devriez avoir honte ! Je sais pas si vous avez déjà subi des deuils mais visiblement, vous avez pas bien retenu la leçon ! Maintenant je m’en vais avec ma fille, et je vous garantis que vous avez interêt à plus nous importuner comme ça !

   Elle s’en retourna ainsi, avec sa fille, qui ne détacha pas son regard du mien jusqu’à ce qu’elles tournent à l’angle après la sortie du jardin. Je ne fis rien, bien entendu.

   Le surlendemain soir. Je finissais de boucler ma caisse quand le gros Matthieu vint me trouver en souriant. Tu as de la visite dans le bureau de Thibaudet. Alors j’y allai, sans trop chercher qui cela pouvait bien être, ni trop d’espoir que cela change ma vie, et pourtant. J’espérais juste que la veuve ne m’en ferait pas trop baver. J’étais loin du compte. Maxence Lespran. Le nom du mort encore sur la porte, en petit, avec direction marqué au-dessus. Que ceux qui m’ont cru ou qui se rappellent m’avoir cru lorsque j’ai dit qu’il s’appellait Ariel lèvent la main. Tout le monde ? Personne ? Peu importe, j’ai une vague idée de qui se trouve dans cette pièce. J’entre, et Océane se la joue méchant dans James Bond à faire pivoter son fauteuil pivotant (vu l’espace qu’il y a autour d’elle, elle a dû faire un paquet de tours) pour apparaître progressivement derrière le beau bureau en bois laqué , sans un bruit, le visage grave. Je ne dis pas un mot. Après un tout petit moment d’hésitation, elle se lève, contourne le bureau et se dirige vers moi, attrape mon cou, se met sur la pointe des pieds, me fait la bise le plus naturellement du monde elle a l’odeur des petites filles de son âge elle sent pareil que moi robe à gros carreaux, claire et retourne s’asseoir, très calme. Par pure flemme et peur de la redondance immédiate, je ne décrirai pas sa tenue, absolument craquante encore une fois. Elle m’indique l’un des deux autres fauteuils installés de mon côté, pendant que je me demande quel genre de directeur de supermarché peut s’offrir un tel bureau de ministre.
 « Je t’en prie, assieds-toi. » ordonne-t-elle placidement. Je m’exécute.
 « Je vous le jure, Mademoiselle, je vous jure que je ne sais pas où sont cachés les microfilms ! » fais-je, un peu moqueuse. Océane me lance un regard surpris puis sourit doucement, comme le ferait la jeune fille qu’elle
 « J’aime beaucoup cet endroit. » fait-elle
 « C’est un peu paradoxal, » l’interromps-je de suite, « ça devrait plutôt te rappeler ton père, non ? »
 « J’aime beaucoup cet endroit » reprend-elle comme si elle ne m’avait pas entendue « parce que c’est le seul endroit où il ne pouvait rien me faire. » elle montre du doigt une porte dérobée, ouverte dans le mur à sa gauche.
 « Le bureau du gros Matthieu ? Je savais pas qu’il y avait une porte entre les deux. »
 « J’aime beaucoup Matthieu aussi. Il m’a connue tout bébé et il me dit souvent qu’il m’adore. C’est lui qui a eu l’idée de la porte. »
 « Pour quoi faire ? »
 « À ton avis ? Mon père ne lui a jamais rien refusé.» moue
 « Tu veux dire qu’il le faisait chanter ? »
 « J’en sais rien. » Océane hausse les épaules.
 « À tous les coups c’est ça ! » eureké-je
 « Et tu connais beaucoup de maîtres-chanteur qui se font percer une porte entre leur bureau et celui de leur victime ? … » fait-elle en haussant les épaules une nouvelle fois.
 « Alors ça voudrait dire que Matthieu te protège ? » étonnée
 « Bingo. Aussi loin que je me souvienne il m’a toujours protégée. » sourire
 « Contre qui, ton père ? Il connaissait ses tendances ? » surprise
 « Je sais pas. En tout cas il était toujours dans son bureau quand j’étais dans celui de mon père, qui a d’ailleurs jamais râlé contre cette porte camouflée constamment ouverte parce que Matthieu faisait attention à jamais la laisser fermée quand j’étais là. »
 « Pourquoi tu lui poserais pas la question, maintenant que ton père est mort ? »
 « Parce que j’y vois pas d’intérêt » moue encore
 « Tu n’aimes pas les mystères ? »
 « Non, pas trop. »
 « Mais tous les enfants aiment les mystères ! »
 « J’ai 12 ans… » blasée
 « Quoi ? » héberluée
 « Je ne suis plus une enfant, en fait j’ai 12 ans » répète-t-elle
 « Tu plaisantes ? »
 « Non, je ne plaisante pas. J’ai un retard de croissance, mais ma pédiatre s’inquiète pas vraiment. Ma taille est juste un peu en dessous de la normale. »
 « C’est surtout que t’as encore une bouille de petite fille. »
 « Ca, ça devrait changer d’ici à ce que j’ai mes règles… »
 « Elles viennent pas ? » anticipatrice
 « Ben non. J’ai rien du tout. Et là non plus j’ai rien du tout… » dit-elle doucement en mettant les mains sur sa poitrine.
 « Ils devraient plus trop tarder, maintenant, t’en fais pas… » rassurante.
 « Les tiens sont pas très gros. » chipie
 « Peut-être, mais ils tiennent bien. Beuh ! » tirage de langue
 « Tu le caches, mais t’es vraiment le genre de fille naïve qui part au quart de tour ; non ? »
 « Pourquoi tu dis ça ? »
 « Parce que ça se voit que tu ne doutes pas une seconde de ce que je raconte… »
 « … C’est malin…» dépitée
 « Ha, t’es tombée dans le panneau ! » rayonne-t-elle, ô combien énervante mais tellement mignonne.
 « Alors c’est quoi, ton âge réel ? » rapide
 « J’aurai 9 ans le 9 septembre. » sincère
 « C’est vrai ? T’es du 9 septembre ? » piquée mouche
 « Oui, pourquoi ? » curieuse
 « Moi aussi ! »  heureuse
 « C’est vrai ? » encore plus heureuse
 « Nan, je déconne ! » vengeuse
 « Pffff… mauvaise perdante ! » vexée par sa propre naïveté
 « Allez, boude pas. Maintenant, si tu me disais ce que tu fais là et pourquoi tu m’as fait appeler. » recadreuse
 « Ici, tu es dans le bureau de mon père. » recadrée
 « Je sais. »
 « Je veux dire que c’est encore son bureau et que jusqu’à ce qu’un remplaçant soit nommé, j’ai le droit d’y venir quand je veux. »
 « C’est vrai, presque… »
 « Et si je suis venue, c’est pour te voir. » mignonne et franche.
 « C’est adorable, mais encore ? » touchée mais sur le point de rentrer
 « Ben, je suis venue te voir ? » insistante
 « Merci, mais encore ? »
 « J’avais envie de parler avec toi ? »
 « Mais encore ? »
 « Je voulais être avec toi ? » un peu gênée maintenant
 « Mais encore ? » fatiguée
 « Pourquoi tu te moques de moi ? T’es pas contente de me voir ? » sérieuse
 « Si, si ; très. »
 « Ca se voit… » triste
 « … »
 « … » montée de petites larmes
 « … » en attente
 « T’es méchante… »
 « Arrête de faire l’enfant. »
 « Mais je suis une enfant ! » larmes sur les joues
 « Tu vois très bien ce que je veux dire. » autoritaire
 « Tu m’aimes déjà plus ? » grosses larmes
 « Océane, ça suffit ! » plus autoritaire
 « Je joue plus, là ! » essayant de contenir le flot.
 « Je sais. Arrête de pleurer. »
 « Pourquoi t’es comme ça aujourd’hui !? Pourquoi t’étais gentille au cimetière !? »
 « Si tu réfléchis un peu, et je sais que t’en es tout à fait capable, tu trouveras la réponse. »
 « Tu m’as dit qu’il fallait que je te fasse confiance ! Et c’est moi qui doit venir te chercher ici! Quand ma mère nous a retrouvées, quand elle t’a crié dessus et qu’elle nous a séparées, t’as pas bougé ! T’as rien dit ! Alors que tu m’avais promis que tu m’aiderais ! » gémit-elle.
 « Bon, maintenant, fini de jouer, mademoiselle je-suis-qu’une-enfant-quand-ça-m’arrange – je me lève, prends sa tête dans mes mains par dessus le bureau et la tire un peu vers moi – Je t’ai dit de me faire confiance, pas que j’étais Superman ! Tu crois que ça pousse sur les arbres, les bons psychiatres ? L’enterrement était samedi, on est lundi ! Alors va falloir que t’apprennes un peu la patience. Et par rapport à ta mère, c’est parce que j’avais peur qu’elle s’en prenne à toi que j’ai pas insisté. Et je savais que tôt ou tard, là c’est plutôt très très tôt, tu viendrais me voir ici, et sinon j’aurais demandé tes coordonnées à Matthieu. Donc, ce que je te demande, c’est un peu de temps, d’accord ? »
 « D’accord. » toute petite voix
 « Merci ma chérie » bisou sur le front.
 « Alors t’as vraiment pensé à moi depuis l’enterrement ? »
 « Oui, bien sûr. »
 « Alors tu m’aimes bien ? » sourire à en éjecter toutes les souffrances du monde
 « À ton avis, espèce d’andouillette ! » réponds-je en l’embrassant sur les deux joues.

   À bien y réfléchir, je me dis que là est la première erreur que j’ai faite. Je l’ai laissé s’attacher à moi et me suis moi-même très fortement attachée à elle. Océane était l’incarnation parfaite de l’enfant né avec tout, disparu avec rien. Son père, sa mère, ses grands-parents, ses frères lui ont chacuns à leur manière tout pris. Sans parler de moi, la pire d’entre les pires, si c’est possible. Car comme nous sommes des monstres, je ne surprendrai personne je pense. Je crois même en être devenu un avant tout le monde. Océane était l’agneau, et j’ai très peur de passer pour le loup de la fable.

 « Alors tu vas faire comment pour convaincre maman ? » reprend-elle
 « Je sais pas encore. Je suppose que je vais avoir besoin d’alliés… »
 « Des alliés ? Qui ça ? »
 « Je me dis que ton frère serait peut-être prêt à nous aider. Tu crois pas ? »
 « Mon frère ? Lequel ? »
 « Celui sans jumeau. »
 « Gaëtan ? Il faudrait que je lui en parle… »
 « S’il te plaît. De mon côté je vais chercher un médecin. On fait comme ça ? »
 « On fait comme ça ! » nouveau sourire à faire fondre un igloo.

   La suite de l’histoire est triste, ignoblement triste personne n’en sortira grandi grandi grandi moi j’ai jamais voulu grandir comme ça pas comme ça non non pas comme ça jamais grandir comme ça je souffre trop j’ai mal j’ai froid je souffre souffre souffle souffle souffle je me perds je me perds je suis perdue
 
   Dès lors, je me mis à la recherche d’un bon psychiatre pour Océane. Je n’envisageai pas une seule seconde de la confier à celle de mon père ou celui de ma mère. Des ratés, aucun doute possible. Fallait-il directement l’emmener chez un psychiatre ou passer par un médecin généraliste ? sinon un pédiatre ? Après avoir épluché l’annuaire et le net pendant quelques dizaines de minutes, j’en vins à la conclusion rapide qu’il faudrait que j’appelle Julien. Son père était chirurgien au C.H.U. de la ville. Il jouissait d’une excellente réputation. Donc il devait forcément avoir un carnet d’adresses bien rempli.

   Le soir même j’appelle ledit Julien. Il me propose évidemment de passer chez lui. Je ne refuse pas. C’est pour Océane que je fais ça. Le reste, c’est du superflu ; je sais bien que Julien est un salaud fini qui se rêve Casanova ou Dom Juan, mais je ne trahirai pas ma promesse. Je vous la fais abrégée. J’ai à peine passé la porte qu’il se met à placer des sous-entendus bien gras à chaque phrase qu’il prononce. Je m’assois sur le canapé. Il me tend la carte professionnelle de son père, sur laquelle il a rajouté d’une écriture étrangement fine et distinguée le téléphone de la maison familiale. Ensuite tu permets que je m’asseye à côté de toi. Ensuite rapproche-toi un peu si t’as froid. Ensuite main sur la cuisse. Ensuite baiser. Je suppose fougueux selon lui, dégueu pour moi. Pourquoi les hommes se sentent obligés de faire semblant de nous avaler comme ça c’est ridicule me dis-je. Ensuite main sur la poitrine. Ensuite séance de déshabillage. Je ne m’y prête pas. Il s’en charge comme une brute et me griffe. Ensuite je suis nue. Ensuite il est nu. Après ça cunillingus. Forcément raté. Il faudra lui expliquer les points sensibles d’une femme. Ensuite fellation. Visiblement réussie. Après ça éjaculation. Ensuite rinçage de bouche, rhabillage, rapides mots de remerciements, d’excuses, d’adieux. Après ça retour chez soi vraiment peu grandie de l’entretien, puis

   le lendemain midi pendant ma pause j’appelle le docteur Monstahl. 12h09. Répondeur. Bonjour docteur, je suis une amie de votre fils Julien et j’aurais voulu que vous me conseilliez quant au choix d’un psychiatre pour ma petite cousine de 8 ans, merci d’avance et à bientôt. Quelques heures plus tard il me rappelle en plein dans l’heure de pointe du magasin, je ne peux pas me permettre de décrocher. Répondeur. 18h . Bonjour Mademoiselle, docteur Monstahl, vous m’avez laissé un message tout à l’heure. Je serais heureux de vous aider dans votre recherche, car j’ai effectivement dans mes connaissances quelques très bons psychiatres hospitaliers et libéraux. Je me demande seulement si c’est à la cousine de cette petite de lui choisir ou même de lui chercher un médecin. Appelez-moi ce soir vers 9 heures si vous voulez qu’on discute un peu.

   Dont acte. 21h02. Bonsoir docteur Bonsoir Mademoiselle. J’ai parlé de votre problème avec un collègue. Ah oui ? Oui, mais je vous avoue que j’aimerais bien savoir de quoi il en retourne exactement avec votre cousine de 8 ans. Bien entendu. Où sont ses parents ? Euh… son père est mort il y a à peine 1 semaine et sa mère n’est pas en mesure de penser à autre chose qu’à elle-même. Est-ce qu’elle a des frères ou des sœurs ? Oui, 3 frères aînés, dont 2 jumeaux. Je vois, et comment sont-ils ? Plutôt déprimés aussi, je suppose. Vous supposez ? Ce sont aussi vos cousins, non ? Si, mais je connais mieux Océane. C’est pour ça que je voudrais qu’elle voit quelqu’un de bien. Entendu, j’ai bien une idée, mais je ne suis pas certain qu’elle accepte. Elle s’appelle Agathe Launier et elle travaille dans le bâtiment à côté du mien. C’est une excellente praticienne doublée d’une fine psychothérapeute, avec de très bons résultats, malheureusement, je crois que ça fait quelques années qu’elle ne prend plus d’enfants. Dites-lui qu’Océane est une petite fille extrêmement précoce et mature. Peut-être, Mademoiselle, je suis prêt à vous croire ; écoutez, elle n’est pas là demain, mais je sais que le jeudi, on prend habituellement notre café en même temps. Je lui en parlerai, vous pouvez compter sur moi. Merci, docteur, merci beaucoup. Je n’ai encore rien fait. Eh bien merci d’avance et à jeudi, docteur. À bientôt, Mademoiselle…

   Je m’aperçois que ce n’est plus une digression que je fais là, mais un vrai gros chapitre de roman de gare bien épais. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vois pas qui pourrait venir aujourd’hui prétendre que ce que je raconte est faux. Océane a bien existé. Elle a existé et elle a souffert plus que son lot de trahisons rejets incompréhension guerre intérieure paria. Je vous ai laissés dans mon lit pour vous parler d’elle, parce que j’en ai envie, parce que je l’aime, parce qu’il le faut, et que personne ne m’en empêchera. Je pourrais vous convaincre de ne pas chercher un sens trop lointain à ce qui n’en a pas à la base. Je pourrais vous pointer du doigt et vous dire à chacun « Regarde-toi un peu avant de juger ». Je pourrais me contenter de me taire et jeter mon manuscrit au feu. Je pourrais aussi danser nue autour de ce feu et me flageller le dos les seins et la vulve en hurlant « LA FIN DU MONDE EST ARRIVÉE ! LA FIN DU MONDE EST ARRIVÉE ! SOYEZ TOUS MAUDITS ! SOYEZ TOUS MAUDITS ! JE SUIS LA DERNIÈRE DES DERNIÈRES ! LA REINE EST MORTE ! VIVE LA REINE ! JE SUIS VOTRE NOUVEAU DIEU ! OBÉISSEZ MOI ! ADOREZ MOI ! VÉNÉREZ MOI ! ». Mais je ne le ferai pas. Parce que je veux qu’on se souvienne de la petite Océane. Parce que jusqu’au bout je défendrai sa mémoire plus que la mienne. parce que je suis dans mon lit et que je n’arrive pas à en sortir parce parce parce que je suis dans mon putain de grand lit pour deux, seule et j’ai froid j’ai froid Parce que je m’en veux à mourir.

   Le lendemain soir Océane revint me trouver au même endroit après le boulot.





Voilà, ce sera tout pour cette semaine, et peut-être pour cette année. Je bouge vers des lieux sans connexion et je ne suis pas sûr d'être de retour avant janvier. Dans tous les cas, je vous conseille de réviser "nsdm" et "ishijima" parce qu'il y aura une interro écrite à la rentrée!
Plus sérieusement, et à moins que je sois de retour plus tôt que prévu, je vous souhaite évidemment de très bonnes fêtes de fin d'année.
Soyez gentils d'essayer de ne pas laisser ce blog complètement déshydraté d'ici à ce que je rentre. C'est comme une plante, il faut aussi lui parler avec amour pour qu'il s'épanouisse. Merci d'avance, et comme d'habitude, merci pour tout, merci de votre fidélité. Je le dis d'autant plus qu'après réflexion et étude plus poussée des statistiques, je me rends compte que j'ai un petit nombre (qui va grandissant, si je suis optimiste) de personnes qui viennent régulièrement, directement, pas depuis des liens quelconques, et ça oui, forcément, ça fait très plaisir.
Au fait, je vous ai dit merci, déjà?

Repost 0
Published by injektileur - dans nous sommes des monstres
commenter cet article
21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 04:55

Hier matin alors que pour changer je ne dormais pas je me suis malencontreusement laissé aller à repenser à des catastrophes comme l'être humain peut difficilement se les figurer s'il n'en est pas témoin: les tsunami. Enfin, il y a tsunami et tsunami. Vous avez des catastrophes écologiques et humaines majeures comme celle du 26 décembre 2004 (bientôt 5 ans, déjà...) et vous avez ce que les médias appellent des "mégatsunami", terme non reconnu par les scientifiqes, qui décrit des vagues dépassant largement les tailles conventionnelles, et qu'on ne trouve pas en pleine mer.
Je me suis "souvenu" de la catastrophe de Fréjus, lorsque le barrage de Malpasset a lâché, le soir du 2 décembre 1959 (il y a 50 ans donc...), créant une vague de 40 mètres de haut qui tuera 421 personnes. Mes sources se sont faites à partir de wikipédia et d'autres sites alors soyez indulgents, d'accord? Je pense qu'il est déjà difficile d'imaginer une vague de cette ampleur, mais dans les temps humains modernes ou moins modernes, lorsqu'on cherche un minimum on trouve de ces histoires tragiques et fascinantes.
La première, début 1792 lorsque le Mont Unzen, à l'extrême Ouest du Japon, est entré en éruption et qu'une partie d'un nouveau cratère s'est effondrée, provoquant à son tour une gigantesque vague d'au moins 100 mètres de haut (difficilement vérifiable, mais très probable). Bilan 15000 morts. Cela reste une des pires catastrophes naturelles de l'histoire du pays, en terme de pertes humaines. Et je répète, je pense qu'il serait difficile de se figurer l'effet d'une telle vague déboulant à une vitesse insensée, et fracassant tout sur son passage, dans un vacarme épouvantable.
Je viens d'évoquer Fréjus, et je vous conseillerais de chercher un peu par vous-même si le sujet vous intéresse, le web francophone est pas mal fourni en archives sur cette histoire.
Je voudrais aussi parler de Vajont, en Italie. Le soir du 9 octobre 1963, par l'accumulation d'erreurs humaines stupidement fatales, tout un pan de la montagne qui encercle le lac de retenue créé par le barrage s'écroule dans ce même lac, provoquant un véritable raz-de-marée dans la vallée. 250 mètres de haut. 110 km/h. Au moins 2000 morts.
Il faut savoir que dans de telles vallées, très étroites, avant même l'eau c'est l'air déplacé qui détruit tout. Je ne sais pas vous mais je répète je trouve ça absolument terrifiant et fascinant à la fois.
Le plus "ironique" de l'histoire reste que le barrage lui-même n'a que très peu souffert dans l'histoire.

Quoiqu'il en soit cela fut évidemment une catastrophe nationale en Italie et scandale politique majeur.
Je finirai cette mini-liste, parce que je vous épargne mes petites recherches personnelles plus approfondies sur la toile pour cette fois, avec (roulements de tambours) la plus grande vague jamais enregistrée précisement et dont des hommes ont pu témoigner. Le soir du 9 juillet 1958 en Alaska, après un grand tremblement de terre et un glissement de terrain conséquent, c'est une vague d'exactement 524 mètres à son plus haut qui a déboulé dans la baie Lituya, réduisant évidemment celle-ci à euh... plus grand chose si on en juge par les photos. Cette catastrophe peut-être relativisée car elle n'a tué "que" deux personnes, mais elle force l'imagination, par rapport à ces terres hostiles dont on ne sait finalement que peu de choses au jour le jour, et qu'il est fort possible que d'autres "monstres aquatiques" de ce style ait pu naître et disparaître aussitôt sans que nous en ayons la preuve formelle.
Sur wikipédia (encore, désolé, je sais), les articles traitant du sujets racontent par exemple, que les tsunami créé par la collision d'un énorme astéroïde il y a des millions d'années auraient pu atteindre 3000 mètres de haut. Que les scientifiques se disputent sur l'origine de l'extinction des dinosaures je comprend, mais je sais aussi et surtout que ces choses dépassent l'entendement, du moins le mien et oui, me font peur.
Avant de finir et de dédier cette note (j'y peux rien, c'est important) à la mémoire cette fois de toutes les personnes qui ont trouvé la mort dans de telles circonstances, horribles, atroces, il faudrait aussi peut-être évoquer le grand Bruce, qui avait finalement tout à fait raison. Il faut être comme l'eau car l'eau est le Tout. Regardez une flaque par terre et vous rigolerez. Imaginez le vrai déluge, dans la limite de ce que l'esprit humain peut intégrer, et vous vous direz que oui, Bruce Lee avait raison. Il faut être comme l'eau, avec elle, parce que si elle sait se faire coulante la plupart du temps, elle est aussi très rancunière, et que quand elle déboule, c'est la Mort, mais que si elle disparaît, c'est la Mort aussi. Le déluge ou plus rien.
Là je viens de faire un peu mon Jean-Claude Van Damme, mais des gens très bien ont cru à des religions inutiles pour moi que ça, vous ne croyez pas?
Bon, maintenant, je dois vous laisser, moi, il faut quand même que j'aille chercher palmes, masque et tuba, par précaution... on sait jamais...


Qui a dit mon surf? Vous êtes des drôles, hein? Patrick Swayze aussi, est mort, "Point Break" c'est fini depuis longtemps!

Repost 0
Published by injektileur - dans divagations
commenter cet article

Introducing...

  • : pour la main gauche
  • pour la main gauche
  • : des essais d'essais de romans en ligne, avec des nouvelles aussi, de la musique, de la poyézie, des traductions, quelques jeux vidéo et des bouts de pseudo-réflexions personnelles dedans...
  • Contact

injektzik

Sur Le Long Terme