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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 02:12

Si certains se demandent ce que c'est, concrètement. Si certains se demandent à quoi elles servent.

Il faudrait élargir le concept. Ca créerait des emplois.

Des cellules psychologiques pour les étudiants qui ont raté leurs examens. Pour le lycéen qui a raté son bac d'un point après rattrapage.

Pour les supporters du PSG. Pour les fans de 24 heures chrono.

Pour les chômeurs longue durée. Pour les chômeurs longue durée qui passent au moins 3 entretiens par mois, sans résultat. Pour les gens trop bien payés. Pour les gagnants du loto - et ça, c'est une réalité.

Pour les militants communistes. Pour les députés et les sénateurs qui assistent à trop de séances à l'assemblée. Pour les présentateurs météo quand ça bouge pas. Pour les musiciens qui jouent dans des salles vides. Pour les comédiens qui jouent dans les pubs panzani. Pour les gens qui se sont fait hacker - ou effacer - leur compte facebook. Pour les journalistes qui croyaient faire le métier de leurs rêves et se retrouvent à faire le pied de grue à Matignon, Cannes ou ailleurs.

Pour les traders conscienceux. Pour les mères de famille en mal d'amour. Pour les pères absents. Pour les enfants qui s'ennuient. Pour les adolescents trop populaires à l'école. Pour les cinéastes ratés. Pour les écrivains ratés.

Pour les écologistes convaincus. Pour les écologistes revenus.

Pour les commerciaux honnêtes.

Pour celles qui se plaignent de ne tomber que sur des sales types.

Pour ceux dont le nombre de relations sexuelles s'aligne sur celui des défaites de Nadal sur terre battue.

Pour les spéculateurs sur les produits de première nécessité quand ils ont des remords.

Pour les anciens premiers ministres assassins parce que c'est tellement difficile d'oublier ces histoires de sang contaminé.

Pour les psychiatres quand leurs patients les font souffrir. Pour les belles femmes qui vieillissent. Pour les hommes sans histoire.

Pour les humains qui ont peur de mourir.

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 03:28

Y a-t-il un IMC pour la quantité de choses accumulées dans nos têtes ? Existe-t-il réellement un équilibre fondamental à protéger entre le positif utile mais dangereux à haute dose puisqu'aveuglant, et le négatif que chacun sait tueur ?

Il ne s'agit pas ici d'un genre de ying et de yang à la mords-moi le disque dur. Plutôt d'un chiffre précis qu'on pourrait vous donner quand vous vous dîtes que quelque chose ne va pas.

Genre en dessous de 18 vous allez trop bien que c'en devient pénible. Au dessus de 25 vous allez de plus en plus mal et devenez encore plus détestable.

A moins que ce soit l'inverse.

 

Il est vrai qu'à la base les synapses ne savent apparemment pas enfler autant que les adipocytes


Les chiffres en tout cas ont tous leur côté rassurant. Même quand la réalité qu'ils impliquent semble horrible (Ici, voir par exemple l'économie de notre monde et tout ce qui la suit). Mais ils sont ce que nous possédons de plus tangible et concret face à l'infinie complexité de nos petites vies insignifiantes.

Alors militons pour que les chercheurs développent un IMC pour dedans la tête. Que la douleur psychique soit quantifiable de façon précise, scientifique. Préhensible, avec des échelles et les risques encourus.

Genre à moins de 18 vous êtes un peu beaucoup naïf. A moins de 10 vous vivez dans un monde déconnecté de toutes sensations mauvaises. Vous n'êtes plus vraiment conscient et vous avez probablement abusé de substances pas forcément légales. Votre espérance de vie faiblit gravement. A plus de 30 vous avez l'habitude de passer régulièrement des journées entières dans votre lit. A partir de 35 ce même lit devient le centre de votre existence. Au delà de 40 vous êtes condamné à plus ou moins longue échéance. A 45 si vous êtes encore vivant c'est que vous n'arrivez plus du tout à bouger, tout simplement, et qu'il est trop tard.

 

Et enflent enflent enfin les synapses dédiées

 

 

Bref, cherchons à chiffrer ces choses qui n'ont rien d'intellectuelles. Chiffrer cette chimie du cerveau qui empoisonne la vie plus qu'elle ne la rend belle. Et arrêter d'essayer de convaincre tout un chacun que c'est la parole qui libère l'humain.

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 02:28

   Je suis autre.
  Je suis autre, je ne suis qu’un pantin. Oui, imaginez une marionnette désarticulée, suspendue à ses fils contre un mur, prête à se voir jetée. Depuis mon arrivée dans ce pays je sens comme de gros câbles me tirer sur l’âme. Je ne suis qu’un pantin et j’ai froid, très froid, parce que mon heure approche. Là où normalement en été les caniveaux existent la neige s’empile, grisâtre, noire même, par endroits. Sur les routes les taxis passent et repassent, démarrent redémarrent s’arrêtent et repartent, alors que sur les trottoirs fumants les gens marchent comme si ce qui les attend à l’autre bout du trajet justifiait quoi que ce soit. Et moi je marche avec eux, en rythme, je me soumets à cette énergie inconnue qui me contrôle depuis des temps immémoriaux. Immémoriaux à mon échelle…
   Je ne suis plus à la recherche de quelconques repères. Je sais bien qu’ils ont volé en éclat à l’instant même où j’ai posé le pied dans cette ville. Et puis les condamnés n’ont jamais eu besoin de repères. Non, je veux juste rencontrer mes créateurs. Je veux me confronter à eux de la même façon que j’ai été confronté à toutes sortes de monstres possibles et imaginables. Je veux leur expliquer combien je rêve du jour où je serai libre. Avant qu’il ne soit trop tard…
   Le problème est que je ne sais pas où ils sont. Loin, j’imagine, loin au sud. Quelque part où il est peu probable qu’on me laisse le temps d’aller. J’ai compris que les intérêts de celui celle ou ceux qui me contrôlent et les aspirations des gens qui m’ont créé sont divergents, pour ne pas dire opposés. J’ai aussi compris que les personnes qui me manipulent savent se montrer d’une redoutable ingratitude. À travers mes yeux ils ont convoité et calculé les profits qu’ils auront pu tirer de mes découvertes. Par ma bouche ils ont régi mon entourage immédiat et en ont détruit l’équilibre que je m’étais efforcé, tant bien que mal, de lui donner. Par mon bras ils ont éliminé tous les obstacles qui se dressaient sur leur chemin. Mais aujourd’hui jamais ils ne se retourneront pour voir si je tiens encore debout, jamais ils ne feront l’erreur de me laisser agir par moi-même, de me considérer comme un être de chair et de sang. Parce que je suis autre.
   Je suis autre et je sens les doigts gelés de ma main gauche partir. Bientôt ils  commencent à gangrener jusqu’à l’épaule. J’ai du mal à croire que ce soit déjà la fin. J’ai beau me concentrer je ne parviens pas à être triste. Ce monde n’est pas vivable pour les gens de mon espèce, tout simplement. Au cours de mon existence j’aurai affronté des créatures de cauchemar, survécu à des pièges tous plus vicieux les uns que les autres, traversé des déserts et des océans, écumé d’insondables donjons, levé des armées entières, mais l’atmosphère même de ce monde, ce soit-disant monde réel me brûle à feu vif, sans que je puisse rien n’y faire, sinon me résigner, accepter mon sort.
   Je me demande juste si je parviendrai à connaître le nom de cette ville. Je n’ai fait que marcher le long d’une avenue très large au milieu de laquelle s’étend un parc bordé d’arbres chauves. La nuit est très sombre. Le bruit des voitures couvre les crissements de la neige sous mes pas. De ces crissements, seules en restent les vibrations qui me remontent jusqu’à la mâchoire. Devant moi se dresse une grande tour ornée d’une antenne de télévision. À ma gauche au bout de l’avenue perpendiculaire à celle sur laquelle je me trouve on peut apercevoir un bâtiment qui m’a tout l’air d’une gare. À droite s’étend la même avenue, au milieu d’immeubles tellement lumineux qu’ils m’en font mal aux yeux.
   Dans mon monde, dans un moment pareil, il y aurait au moins un tremblement de terre. le ciel s’ouvrirait et un gigantesque dragon apparaîtrait. Mais ici, rien de tel. Je suis un pantin inutile, dressé pour le combat et voué à disparaître en période de paix. Je réalise enfin que je n’aurai jamais assez de temps. Je n’avance plus. La petite foule de passants ne me voit pas. À côté de l’entrée du métro un jeune homme, frigorifié, joue de la guitare et chante à tue-tête comme si sa vie en dépendait. Il fait trop froid, personne ne prend la peine de l’écouter, sinon deux lycéennes effrayées à l’idée de rentrer chez elles. Un peu plus loin une marchande de maïs frit se frotte les mains.
   Combien de temps me reste-t-il encore ? Après mes bras ce sont mes jambes qui commencent à mourir progressivement. S’il faut que je parte, autant que ça ne traîne pas, je commence sérieusement à souffrir. Mais ceux qui me contrôlent n’ont aucune pitié. Ils attendent un déclic de ma part. Et ce déclic ne tarde pas.
   Derrière moi un rire d’enfant perce soudain dans le grondement de la ville. Je me retourne. C’est celui d’une petite fille d’environ 6 ans, les joues rosies par le froid, souriante aux confins du bonheur, et plus mignonne qu’un ange. Sa mère à sa droite et son père à sa gauche la tirent gentiment par les bras et la font se balancer d’avant en arrière. Je les regarde passer puis s’éloigner tous les trois, et m’écroule.
   Rien ne m’aura été épargné. Même pas l’horrible sensation de se rendre compte une fois de plus du vide de mon existence orpheline. Pourquoi se battre pour sa liberté si on a à l’origine personne avec qui la partager ?
   Je suis étendu au milieu de l’allée principale du parc. La neige humide s’immisce en moi jusqu’aux os. Engourdi au point d’en perdre la notion du temps, je ne sens plus que ma tête, bouillante. Ma vie se termine alors que mon esprit se libère enfin. Le sifflement des feux de signalisation devient soudain la dernière chose qui me liera à jamais à ce monde.

 

 

 

 

 

 

(depuis les débuts de ce blog je vous ai très rarement imposé mes vieux trucs. Mais là je fais une petite exception. J'ai écrit ça en 2006, et j'ai mes raisons pour le mettre en ligne aujourd'hui. Avec toujours comme espoir bien sûr que ça puisse vous plaire malgré tout.)

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 21:45

Aujourd'hui encore, plus que jamais, quand la nuit tombe et que je me retrouve un peu beaucoup désoeuvrée je songe et resonge à cette phrase que mon père a prononcé ce soir de juin 1993.

"Et si on quittait tout pour s'installer en Australie ?"

Vous reconnaitrez sans mon aide ce genre de choses que même les adultes disent au milieu d'une refonte complète du monde. Ma mère y avait en fait vécu, longtemps auparavant - assez pour ne plus s'en souvenir - mais malgré sa hantise des voyages et des déménagements elle s'était révélée, l'alcool aidant, plutôt enthousiaste au milieu des convives de ce repas que je revois dans les moindres détails.

Nous étions une bonne dizaine et tout le monde riait beaucoup. Je me rends compte, j'étais encore petite ; et fille unique. Plutôt que l'Australie il fut un temps - même 1 ou 2 ans avant cette histoire - où j'aurais fugué pour forcer mes parents à me faire une petite soeur.

Puis l'adolescence venant, et les petits frères des copines chialant, je m'étais résignée au fait qu'il se pourrait que je sois finalement mieux seule.

Mais ce soir-là, ce soir de juin 1993 où la tempête faisait rage et que les grands déblatéraient sur tout et n'importe quoi, ce soir où mon père s'est demandé s'il ne serait pas temps pour nous de mettre les voiles le plus loin possible, ce soir-là j'ai acquis ma possibilité vitale. Ma possibilité d'Australie. Du point de vue économique 1993 n'était pas forcément une époque propice pour ce pays mais mon père avait d'ores et déjà un plan. Ma mère était la meilleure cuisinière du monde, et notre ami Riri un excellent pâtissier qui s'emmerdait à Bordeaux avec son patron tyrannique. Et mon père, lui, surtout, haïssait son travail tout en avouant qu'il lui avait au moins appris à gérer une petite entreprise.

Alors, alors, comme ça d'un coup il s'est vu nous emmener ma mère et moi, et Riri et Clothilde qui s'exclama, hilare "mais je capte rien à l'anglais, moi !". Et mon père de répondre que c'était pas grave, qu'elle apprendrait sur le tas.

 

Ce soir d'orage je ne savais pas qu'ils étaient finalement inquiets. Par exemple Bérégovoy l'ouvrier était mort comme un chien, abandonné des siens. Et un grand tout mou avait pris sa place.

 

Ils avaient un peu bu oui. Mais moi non, j'avais pas le droit. Et l'Australie, la possibilité d'Australie je n'ai jamais oublié depuis. Eux, si, peut-être, et là c'est la plate tristesse qui reprend le dessus, des fois.

 

Ils n'ont pas oublié tout de suite, je vous l'accorde. Il y a eu beaucoup de coups de fil à l'ambassade, à Paris. Mon père était persuadé que quoi qu'il advienne dans le monde, des Français sachant faire la cuisine s'en sortiraient toujours. Et il avait probablement raison.

 

Moi, l'année scolaire touchait à sa fin et je me sentais bien. Malgré l'orage. Il y avait des vicissitudes depuis mes débuts au collège. Des copines qui ne l'étaient plus. Des copains qui auraient dû devenir plus. Mais je m'en fichais. J'étais riche de ma possibilité d'Australie. Les semaines passaient et en moi j'y croyais comme on récite tout haut un mantra.

 

Mais il n'y avait pas eu d'Australie. Je ne vous surprends pas. Les raisons à cela sont multiples et aussi inutiles que celles qui nous empêchent de reprendre le sport ou manger plus sainement. Il m'arrive aujourd'hui de trouver mes parents un peu lâches. Il m'arrive de détester ces bouteilles parisiennes remplies de "et si" qu'ils nous auraient fallu balancer au moins jusqu'à Sydney.

 

"Et si on quittait tout pour l'Australie ?"

 

Il m'arrive souvent d'en vouloir à mes parents de ne pas avoir tenté notre chance.

Il m'arrive encore plus souvent de regretter ne pas avoir mis les voiles à 16 ans.

 

À mon âge peut-être avancé où je comprends à quel point les regrets ne font que cacher des situations peu enviables, voire catastrophiques, j'en finis avec les jérémiades et me pousse moi-même dans le camp du c'est pas plus mal.

 

Mais les regrets ne font pas le poids face à une possibilité permanente.

Dans la nuit noire quand je divague au milieu des humains et leurs buts inexistants ou vils je réalise ma force.

Certains se cachent derrière le cynisme. D'autres s'exhibent avec leurs addictions. Parmi elles le sexe, la religion, l'amour, l'art, l'alcool, le sucre et/ou Madeleine qui ne vient pas. Le passé. Voire 1993 des fois.

 

 

Moi, j'ai l'Australie.

 

 

 

 

(ce texte est complètement inspiré de/pompé sur cette histoire de Marlène que j'adore. Merci à elle de m'avoir autorisé à lui piquer. Son blog est superbe, lisez-le.)

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 23:44

Je suppose qu'il s'agit d'un manque de chance mais ces dernières semaines j'ai eu l'occasion de tomber sur des films d'un ennui absolu. A un point où j'en arriverai presque à foutre mon siège en l'air.

Au cinéma déjà.

Le premier. "Animal Kingdom". Un polar australien à mi-voix qui est censé avoir fait un carton auprès des critiques et du public. Je dis à mi-voix parce que c'est insupportable à quel point les personnages sont fades et n'élèvent pas la voix justement. Le pire du pire étant le plan final. Bref, je ne me la jouerai pas critique. Juste histoire d'expliquer à quel point ce film m'a insupporté dans son ensemble, une fois sorti de la salle, et que je le mets dans mon top ten des pires choses que j'ai jamais vues.

Le deuxième. "La solitude des nombres premiers". Tiré d'un best-seller italien que je n'ai pas lu. Je m'attendais à ce que le film me donne, justement, envie de me pencher dessus. Grossière erreur. L'intrigue est découpée dans un ordre inutilement non-chronologique, supposé créer un suspense absent vu qu'on sait dès les premières minutes tout ce qui va se passer. Je m'attendais vraiment à un thriller à la Dario Argento, mais je me suis retrouvé avec une bande-son "italienne" (pardon mais oui, là, c'est très péjoratif) avec des chansons bien pourries de l'époque, grosso modo les années 90, pour la partie la plus "intéressante" de l'histoire qui court sur près de 30 ans. Je n'ai trouvé finalement qu'une ou deux scènes à sauver. Problème supplémentaire : les héros, une fois adultes, sont d'une laideur confondante. Je veux dire les acteurs. C'est très raccord avec l'histoire mais personnellement j'ai trouvé ça pénible au bout d'un moment.

Le troisième. "La ballade de l'impossible". D'après le livre de Murakami Haruki, un auteur que j'adore, vous le savez peut-être maintenant. C'est réalisé par Tran Anh Hung et pour le coup c'est très beau de bout en bout. Mais comme, donc, j'ai adoré le livre, j'ai pas trouvé ça suffisant. Il a essayé d'insufler des éléments quasi-magiques dans le seul livre de Murakami qui n'en contient aucun. Tout l'aspect reconstitution de la situation politique et sociale de la fin des années 60 au Japon est quasi complètement zappé, alors que le livre s'attardait un minimum dessus. Mais comme le tout est je répète vraiment très beau, et je pense notamment aux acteurs, à la photo et aux décors je vous le conseille malgré l'ennui généralisé qui m'a envahit au bout d'une demi-heure. La BO de Jonny Greenwood - de Radiohead - n'est pas en reste mais je crois que j'avais préféré ce qu'il avait fait pour "There will be blood".

Enfin, il m'arrive de fouiller parmi les très - très - nombreux films  apparemment mythiques que j'ai loupés et là, donc, je suis tombé sur "à nos amours" de Pialat. Pourquoi ce film ? Parce qu'un sample audio de la dernière scène figurait dans l'un de mes albums de rock préféré. Eh bien j'ai bien regretté au final, croyez-moi. Ce que je dis ne regarde que moi, mais comparé à d'autres films des années 80 je trouve qu'il a vraiment mal vieilli. C'est poussif, pas naturel. Pas tant mal écrit que mal joué. Besnehard notamment m'a donné envie de vomir. Sandrine Bonnaire est évidemment très mignonne, et ses copines aussi mais, et je vous jure que ça me surprend de dire ça, ça ne sauve pas le film à mes yeux. Beaucoup de violence telle que je la déteste. Comme dans le film australien au dessus.

J'aime le "naturel" au cinéma. Surtout dans les comédies dramatiques. Et je crois que les français en général ont beaucoup de mal avec ça, depuis des années. Et c'est pas Tran Anh Hung qui me fera changer d'avis.

J'adore seulement Truffaut parce que son manque de naturel était assumé, et drôle, ou émouvant. Et humble.

 

Bref. Pourquoi je vous parle de tout ça ? C'est juste histoire de râler sur mon manque de chance. Histoire de dire rapidement ce que je pense de ce que je regarde, parce que ça fait longtemps. Et surtout histoire de dire merde à toutes celles et tous ceux qui se sentent obligés de se montrer critiques professionnels. Celles et ceux qui vous méprisent et exigent que vous aimiez ce qu'on leur dit d'aimer dans les magazines ou les écoles de cinéma. D'où la célèbe citation de Truffaut, encore : en France tout le monde a deux métiers, le sien et critique de cinéma.

 

Bien entendu, mes avis ont beau être très tranchés ils me sont tout à fait personnels. Hésitez pas à réagir, surtout si vous avez vu les films dont je parle. Je sais pas si j'aurai l'énergie de débattre, mais toute contradiction est importante.

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 04:04

(première partie du texte ici)

 

 

 

Je ne sais pas ce qui lui a pris. Je ne suis pas sûre qu’on puisse jamais avoir le recul ou l’expérience nécessaire pour comprendre ces petites histoires qui font ce que nous sommes. Et donc, je ne saurais dire ce qui lui a pris. Nous nous connaissions par Camille, une copine à moi. Son nom à lui, c’était Julien. J’avais 17 ans et lui 16. C’était à la toute fin des années 90 et il était plutôt mignon, je pense. Grand, avec des yeux gigantesques, très sombres. J’ai toujours craqué pour les grands yeux. C’était tout sauf un tombeur, mais il faisait partie de ces garçons pour qui certaines finissent par avoir le béguin, voire éprouver un certain désir. Comme moi. J'assumais et j'assume toujours. Cela faisait deux mois que nous trainions ensemble. Pour résumer, nous aimions les mêmes choses et nos humours concordaient. J’étais en terminale et lui en seconde. Je pense que de cette différence naissait une sorte de respect pour moi qui m’arrangeait bien, évidemment.
Et malgré ce respect qui pourrait ressembler à un début d’explication, je ne sais pas ce qui lui a pris. Une heure avant nous étions en train de discuter devant le portail du lycée. Et j’aurais dû le laisser là, pour le retrouver le lendemain. Mais je crois bien que je me sentais seule. J'assumais et j'assume toujours. Et puis il me plaisait je l’ai dit. Nous étions tous les deux très fan des Simpson. D’un coup comme ça je lui ai proposé avec le plus de détachement possible de venir regarder chez moi les épisodes qu’il avait loupés. Il m’a répondu qu’il avait des devoirs à finir pour le jeudi suivant. Mais je n’eus que peu de mal à le convaincre. J’imite parfaitement Homer.
Je ne sais s’il s’attendait à quoi que ce soit. S’il se faisait les idées qu’ils aurait dû se faire. Je ne sais pas si une érection l’a gêné au moment où il me figurait nue. Je ne savais pas encore si cela serait sa première fois.
La mienne n’avait absolument rien de fondamental et je ne tiens pas à en parler. Mes expériences précédentes non plus non rien à voir avec ce qui m’amène ici. Pour l’instant je suis sur Julien. Pas encore littéralement mais ça ne saurait tarder.
Je sais pourtant comment ça a commencé. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée et parce que j’avais envie de sexe je l’ai invité à venir regarder les Simpson chez moi.
Et j’ai fait en sorte que nous ne lancions pas un seul épisode. Je sais comment ça a commencé parce que c’est moi qu’il l’ai dirigé vers ma chambre. Je sais comment ça a commencé. J’étais assise à mon bureau et lui sur mon lit. Nous nous sommes mis à parler de Camille. Je sais qu’elle lui plaisait beaucoup et le soupçonnais de s’être rapproché de moi pour lui mettre le grappin dessus au final. Mais je ne lui en tenais pas rigueur. J’ai surtout et avant tout envie de faire l’amour. De plus je crois que c’est lui qui a abordé le sujet. Et puis nous avons comparé nos goûts musicaux. Je me suis moquée de lui parce qu’il était très fan des Cranberries, des Stereophonics et de U2. Je lui ai conseillé plutôt Radiohead ou PJ Harvey. PJ Harvey à qui Camille ressemblait pas mal, d’ailleurs.
Je sais comment ça a commencé. Comme il était trop peu entreprenant je suis venue m’asseoir à côté de lui sur mon lit. Il m’a fallu patienter de longues minutes apparentes pour qu’il daigne m’embrasser. Mal à l’aise il l’était. D’où mon léger malaise à moi aussi. J’ai vite senti son érection et ai décidé de me déshabiller rapidement, puisqu’il ne semblait pas à même de le faire lui-même. Dans le même mouvement je l’ai déshabillé lui aussi et son attitude de petit garçon pas sûr de lui m'a touché. Je savais maintenant que je n’étais pas sa première, mais nos mouvements s’accordaient comme nos goûts et nos visions. La confirmation était faite que je n’avais aucun regret à nourrir de l’avoir laissé rentrer chez moi, dans ma chambre. Plus aucune peur de m’ouvrir à lui. Il me plaisait, il était drôle, célibataire, et j’avais envie de faire l’amour.
Je sais exactement pourquoi et comment ça a commencé. J’avais envie de faire l’amour et il me plaisait et il était drôle et célibataire et mes parents et mon frère pouvaient rentrer d’un instant à l’autre. Le temps nous était donc compté.
Il ne m’a pas donné l’impression de vouloir trop que je le touche où que ce soit mais lui-même s’est vite retrouvé la tête entre mes cuisses après m’avoir léchée partout. J’ai apprécié de suite, probablement un peu trop pour sonner la pause capote que - irresponsable à l’excès - je n’étais même pas sûre d’avoir envisagée à la base.
Il m’a pénétrée au moment où je l’attendais et se renforça comme il le fallait. C’était extrêmement agréable et je n’ai eu avant l’orgasme guère de temps pour les soi-disant traditionnelles pensées intrusives pendant l’acte. Sinon que j'ai remarqué qu’il restait fixé sur mon ventre et mes seins sans sembler tenir à croiser mon regard. J’aimais ses yeux et trouvai cela un peu dommage et soupçonnai qu’il soit en train de songer à Camille et à comment il aimerait lui faire ce qu’il était en train de me faire. Je ne lui en voulais pas, et souriait en cherchant à me convaincre que des milliers de garçons auraient vendu leur mère pour être à sa place. Pour ma part à ce moment précis je me voyais mal avec quelqu’un d’autre que lui. Je n’étais aucunement amoureuse. J’avais simplement envie de faire l’amour avec quelqu’un qui me plaisait et en jouir pendant que je le pouvais. Il a tenu je dirais cinq - suffisantes - minutes et j’ai donc joui comme j’y tenais. Lui au dessus de moi, puis moi au dessus de lui, puis lui au dessus de moi.

Malgré cela je ne sais pas ce qui lui a pris. Une heure avant je prenais les devants pour le tirer jusque dans ma chambre. Puis étais parvenue à mes fins avec la plus grande classe. Puis il s’était décidé enfin à me manipuler comme je l’attendais.

Je ne sais pas ce qui lui a pris, non. Alors qu’au bout des cinq minutes je sentais remonter un orgasme en parallèle de ses coups de reins qui se faisaient plus amples, son pénis s’est extrait de mon vagin, comme cela arrive parfois, et c’est à ce moment précis qu’il a éjaculé en masse. Sur moi.
Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais je sais exactement comment tout ça a commencé. J’avais besoin de sexe, je l’ai amené chez moi en prétextant regarder des épisodes des Simpson, j’ai usé de mes charmes, et malgré son amour pour Camille c’est moi qui me suis retrouvée sous lui et son sperme.
« La vache... »
Ce sont les mots que je n’ai pu retenir. Du moins, à peu près ces mots, je crois. J’ai toujours trouvé le sexe trop sérieux. Avec Julien pourtant je comprends, je n’étais pas si sûre de moi qu’il l’aurait fallu. Je n’ai pas réussi à finir la phrase. Je voulais simplement être drôle et gentille. Je me disais qu’il se dirait qu’il n’avait pas duré assez longtemps ou ce genre de choses et je tenais dirons-nous à le rassurer.
Il y en avait partout sur les draps sur mon ventre sur mes côtes et mes cuisses. J’en ai même senti sur mon nez. Il avait vraiment éjaculé une grande quantité de sperme. Et même si j’imaginais tout à fait qu’avec son caractère il n’arriverait pas à s’en vanter, je n’aurais jamais pu concevoir que ce détail le bloquerait de la sorte. Comme pétrifié par la vision de mon corps couvert d’une malédiction mortelle.
Je ne sais pas du tout ce qui lui a pris. Ni la valeur de ce qui venait de se passer entre nous à ses yeux, ni la nature des idées qui lui ont traversé le crâne alors qu’il se tenait en arrêt, penché sur moi entre mes cuisses que ses bras maintenaient en l’air.
Je ne saurai jamais. Je suis à peu près résignée maintenant. 

Il devait y avoir de la honte, forcément. Mal placée et superflue, mais honte quand même. Cette honte de ne pouvoir résister à ses instincts de mâle, quand bien même vos sentiments de mâle vous dirigent vers une autre personne qui n’est pas votre conquête de l’instant, mais une fille moins populaire. Une fille gentille, douée, talentueuse, mais aveugle et sourde face à vous en tant que garçon ou homme.
Il devait y avoir le dégoût de lui-même et de sa faiblesse.
Il devait y avoir un certain dégoût à mon égard aussi. Une déception.

Il n’a plus dit le moindre mot. Ni même pardon, ni même au revoir.
Il s’est habillé d’une traite et m’a plantée là, comme un violeur. J’étais pégueuse de lui et de lui seul. Je n’ai pas réussi à le retenir et il ne m’a plus jamais adressé la parole. Je n’y suis jamais parvenue non plus.

Je ne sais pas ce qui lui a pris. Je sais exactement comment ça a commencé mais je ne saurai jamais ce qui lui a pris. Je ne saurai non plus jamais comment ça aurait pu finir sinon.
Parce que ça aurait pu finir exactement comme ça a commencé, mais juste un peu plus tard. Avec l’automne puis avec l’hiver, nous deux à la sortie du lycée main dans la main. Lui qui rit à mes imitations d’Homer. Lui qui me fait oublier les quelques ceux d’avant qui m’ont fait tout ce mal au coeur. Camille qui nous regarde bizarrement à la cantine. Lui qui oublie progressivement Camille. L’envie abrupte de le retrouver entre le cours de maths et le cours de philo. L’envie encore plus abrupte de faire l’amour avec lui dans l’enceinte du lycée. Moi qui rit à cette vision qui lui ressemble tellement peu.
Moi qui l’éduque musicalement. Et sexuellement.

Ses mains. Et ses grands yeux quand ils se décident enfin à vous regarder en face au moment où vous jouissez de lui.

L’amour fragile qui pourrait mourir sans ombrage au printemps.

Mais tout cela n’existera jamais. Parce que le silence. Son silence. Et votre léger énorme sentiment d’abandon. Malgré vos efforts. Malgré le premier pas. Malgré la tendresse réelle cause et conséquence du désir. Son départ. Ou plutôt sa fuite. Et son silence donc. Puis plus rien.

 

L'instant d'avant il ne vous a pas pénétrée, l'instant d'après si. L'instant d'avant vous avez encore une sorte d'avenir ensemble. L'instant d'après non.

 

Je ne saurai jamais ce qui lui a pris.

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 14:55

 

 

 

 

Je me vois ici étendu ici sur mon grand lit comme pour dormir quand je m'étends dans ma position préférée, sur le ventre le genou droit remonté très haut. Mais si je suis étendu ici ce n'est pas que je dors mais plutôt que je suis mort. Je viens juste de mourir, sans éprouver la moindre douleur. Je viens juste de mourir et le temps se met progressivement à passer de plus en plus vite.

 

Depuis le plafond, plan fixe sur un corps à moitié nu. En bas à gauche de l'écran s'affiche un compteur avec la durée écoulée depuis le départ. Avec lui qui avance se décompose en parallèle le corps en question, déshumanisé. On y voit les détails de la peau qui change de couleur. Dehors le soleil va et vient à travers une fenêtre qu'on devine par ses carreaux. Parfois la lumière se fait grise comme le corps qui transparait en caméléonades. Parfois elle devient aussi noire que le jais des taches formées sur la chair abîmée par l'avant autant que l'après la fin. Les nuits sinon sont apparemment très courtes, spongieuses.

 

Il y a une étonnante part aléatoire dans la pourriture des éléments qui nous composent.

 

Le compteur poursuit sa route et emmène dans son élan les lambeaux de peau qui s'affaissent un à un avec les icebergs pour modèle, quand ceux-ci s'effrondent à plein pans pleins d'emphase dans l'océan glacé.

Et le parallèle est saisissant, entre l'eau qui se crée de manière immortelle, continue, permanente, et cette même eau qui quitte le vivant et d'autres os pour ne plus jamais y revenir, à ne laisser que le squelette de quelque être malchanceux parce qu'assoiffé d'inaccessible.

Cet être de silence desséché qui respire encore les derniers effrois.

 

Car j'imagine que mes calcifications ne pourront malheureusement pas parler à ma place.

 

 

 

(musique : Venetian Snares, Bebikukorica Nigiri. Mis en ligne sur youtube par daedalus8421)

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 13:04

Bonjour à toutes, bonjours à tous. Je m'appelle Mai ("bonjour Mai"). J'ai 2011 ans officiellement. En fait je suis beaucoup plus vieille, tout en faisant très très jeune. J'ai eu une vie difficile parce qu'on attend toujours trop de moi. Oui, c'est pour ça que ça fait un bon moment maintenant que je participe à ces réunions MA (ndlr : Mois Anonymes) parce que je souffre beaucoup de l'image de moi-même que les gens me renvoient, et de l'idée qu'ils se font de moi.

(silence, Mai cherche ses mots)

Déjà, je n'ai pas un nom facile à porter. Quand j'étais petite, on m'appellait la chèvre. Mais ce n'est pas le pire.

La dernière fois j'ai été très émue par l'histoire d'Avril, qui racontait qu'on l'a prenait sans arrêt pour une idiote. Moi, on me prend pour une fille facile depuis des génération et des générations. "En Mai, fais ce qu'il te plaît" Non, mais vous imaginez ? Vous imaginez ce que c'est de vivre ça au quotidien ? Et je parle pas qu'avec les garçons. Dans le travail, dans les études, dans mes loisirs, dans mes relations amoureuses et même familiales j'ai beaucoup souffert, oui. Je n'exagère pas.

Mais tout ça c'est presque fini. J'ai beaucoup souffert, jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi jusqu'à ajourd'hui ? Parce que oui, ces dernières années je me sens un peu mieux.

Oui, je suis devenue un peu vicieuse, presque méchante. Je me suis organisée pour que les gens soient de plus en plus allergiques à mes attaques de foin et de pollens. Et ça marche. Je ne suis pas fière mais c'est un juste retour des choses. Je suis devenue une professionnelle des réactions en chaîne.

Pour chaque fois que dans ma vie on m'a dit "Avec toi, Mai, je vais faire ce qu'il me plaît" OU "Mai, arrête de faire que ce qui te plaît" je veux quelqu'un avec le nez pris comme dans du plâtre. Je veux des guirlandes de glaires, des cascades de rhinites laryngites, des forêts de sinusites et d'autites. Je veux des zites et des tites. Mais je ne veux pas non plus passer pour un monstre. J'aime aussi les enfants et les animaux dans les parcs, et les amoureux sur les bancs publics.

 

(rires nerveux)

 

Voilà, ce sera tout je pense.

 

(applaudissements)

 

 

(elle réfléchit deux secondes...)

 


Oh, et bien sûr, pour le prochain ou la prochaine qui me sort "Y'a pas de Mai" et TOUTES ses variantes possibles je réserve la méningite. La version mortelle. Parce que Mai elle a beau être le printemps, elle a aussi le bras long.


Qu'on se le dise.

 

(Silence légérement gêné du groupe, puis faibles applaudissements, avec des reniflements un peu inquiets)

 

Merci.

 

 

 

 

 

 

vidéo : BA "May" (2002) de Lucky McKee, mis en ligne sur youtube par UnclesBeans

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 03:12

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Même avec le recul et l’expérience je ne saurais dire ce qui m’a pris. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée. Nous nous connaissions par cette fille dont j’ai oublié le prénom. Son nom à elle, c’était Agathe. J’avais tout juste 15 ans et elle 17. Elle n’était pas particulièrement jolie mais possédait ce genre de corps qu’on oublie pas. Celui que vous fantasmez habillé, et que nu vous gardez jalousement comme une perle brute au fond de vos souvenirs les moins catholiques. Cela faisait deux ou trois semaines que je voyais que nous nous rapprochions. Par rapprocher je veux dire que nous riions ensemble et avions les mêmes références, malgré notre différence d’âge. J’étais en seconde et elle en terminale.
Malgré cela je ne saurais exactement dire ce qui m’a pris. Une heure avant nous étions donc en train de discuter devant le portail du lycée. Et nous aurions dû nous y séparer jusqu’au lendemain. Mais au moment de se dire au revoir Agathe m’a demandé si par hasard j’avais beaucoup de devoirs pour ce même lendemain. Je lui ai répondu sans malice que non. Nous étions mardi en plein automne et le mercredi n’avait rien d’une journée chargée chez moi. Sans compter que jamais je n’arrivais à prendre de l’avance sur ce que j’avais à faire.
Je parlais plus haut de références communes et l’une d’entre elles est que nous étions tous deux de grands fans des Simpson. Elle enregistrait religieusement les épisodes et me proposa de venir regarder chez elle ceux que j’aurais manqué. Nous étions - faut-il préciser - encore aux débuts du téléphone portable et d’internet à grande échelle. Je ne me fis pas prier, et n’eus même pas la présence d’esprit de me créer des arrière-pensées. Et je n’en eus pas vraiment le loisir ou le temps non plus d’ailleurs. Ce n’est pas comme si elle m’avait sauté dessus, non. Ce n’est pas tout à fait comme si c’était ma toute première expérience avec une fille non plus, d’ailleurs.
Ma première n’avait rien de fondamental et je ne tiens pas à en parler ici. Pour l’instant je suis sur Agathe. Pas encore littéralement mais ça ne saurait tarder.
Je ne sais pas comment ça a commencé. Une heure avant nous étions en train de discuter à la sortie du lycée et elle me proposait de venir regarder les Simpson chez elle.
Nous n’avons pas lancé un seul épisode. Je ne sais pas comment ça a commencé mais nous nous sommes retrouvés dans sa chambre. Je me souviens que j’étais assis à son bureau et elle sur son lit. Nous nous sommes mis à parler de cette fille dont j’ai oublié le nom pour je ne sais quelle raison. Puis de PJ Harvey et Radiohead sans transition, sinon peut-être que cette même fille lui ressemblait un peu. À PJ Harvey.
Soudain elle s’est levée et elle m’a embrassé, l’air plutôt sûre de ce qu’elle faisait. Moi beaucoup moins évidemment, et c’est pour ça que je me suis laissé faire. Je n’étais pas mal-à-l’aise non plus je pense, juste un peu surpris.
Ici je dois préciser quelque chose d’important. A cette même époque j’étais complètement obsédé par une autre fille, Pauline. Elle était dans ma classe et à grand mal j’étais petit à petit arrivé à lui adresser la parole de façon naturelle. Je déprimais passablement parce que malgré sa gentillesse elle restait plutôt indifférente à mes sentiments.
Je ne sais pas vraiment comment ça a commencé. Agathe m’a embrassé et c’était extrêmement agréable. L’érection me vint très vite et elle chercha aussitôt à m’en soulager mais je la repoussai sans violence. Je craignais qu’elle puisse me mordre. Chacun ses phobies.
Elle avait plus d’expérience que moi - ce qui n’était pas très difficile, de fait - mais malgré cela, je pouvais voir qu’elle faisait un minimum semblant d’être à l’aise. Ce qui était presque touchant, parce qu’avec ses 2 ans de plus que moi elle cherchait à faire sa grande, un peu comme une petite fille expliquerait un jeu à plus petit qu’elle. Je me rendais compte à quel point elle était adorable et qu’elle n’avait rien d’une chaudasse comme mes intelligents camarades de classe se plaisaient à définir les jeunes filles entreprenantes.
Entreprenante, elle l’était ce qu’il fallait. C’est moi qui l’ai déshabillée entièrement, fasciné. La nature l’avait dotée d’un corps parfait. Un corps qui sentait merveilleusement bon de partout et que j’auscultais avec excitation et intérêt grandissants.
Une heure avant à peine nous sortions du lycée et j’étais maintenant la tête entre ses cuisses.
Elle me souriait beaucoup et l’humidité entre ses jambes amplifiait. Tellement d’excitation donc qu’au moment de la pénétrer je pensai surtout à me calmer et en oubliai le préservatif qu’elle aurait pu avoir sur elle. Cet objet qui n’avait rien d’évident pour moi à l’époque, surtout en «urgence». Elle ne devait pas avoir envie de traîner non plus j’imagine.
Ses parents et sa soeur étaient absents et elle en avait profité, sans savoir vraiment vers quelle heure ils rentreraient. Quoi qu’il en soit il n’y avait pas de temps à perdre et nous n’en perdions pas. Pourtant alors que je prenais le rythme je ne pus m’empêcher de voir Pauline à la place. Je ne connaissais pas encore le sens de l’expression « pensées intrusives » mais j’étais en plein dedans.
Bien que mes moyens de comparaison manquaient, je trouvais qu’Agathe était serrée comme il fallait. Elle avait en outre l’attitude ni trop exubérante ni trop coincée qu’il est parfois utile d’attendre d’une jeune fille. J’étais rivé les yeux sur ses seins magnifiques. Petits et pleins. Et sur son ventre gracile et soyeux. Et c’était une chance pour moi qu’elle soit si bien faite parce je n’arrivais pas à la regarder dans les yeux, par peur d’y retrouver Pauline. Nous avons changé deux fois de position. Je ne saurais dire si j’ai réussi à la faire jouir, mais je reste aujourd’hui assez fier de moi d’avoir tenu une petite dizaine de minutes. C’est bien peu de chose comparé à ce qui suit.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Une heure avant on m’aurait dit que j’allais avoir une relation sexuelle en bonne et due forme avec une aussi belle fille qu’Agathe je n’y aurais jamais cru.
Alors que j’arrivais tout au bout de ce que j’avais à faire, mes mouvements prirent de l’amplitude. Un peu trop. Et pile au moment fatidique mon sexe sortit du sien et lâcha tout ce qu’il avait à lâcher de la façon la plus ostentatoire possible dans un peu toutes les directions.
Je ne savais toujours pas comment ça avait commencé. Nous devions regarder des épisodes des Simpson, j’étais amoureux de Pauline, mais je me retrouvais avec sous moi le ventre d’Agathe arrosé de mon sperme gras.
« Hé bé... » fit-elle en riant à moitié, sa pudeur relative l’empêchant de finir sa phrase.
Il y en avait partout. Sur les draps, sur ses poils pubiens, même dans son nombril. Ca avait giclé jusqu’entre ses seins et moi j’étais tétanisé d’un coup. J’étais amoureux de Pauline. Je savais qu’il n’y avait aucun espoir pour moi de conclure avec elle mais j’étais amoureux de Pauline, pas d’Agathe. Il paraît qu’un homme ne regrette jamais après l’acte. Un homme regrette simplement les actes qui n’ont pas eu lieu.
Je ne dérogeais pas à la règle. Je me confortai dans l’illusion que je ne dérogeais pas à la règle. Agathe avait été mienne quelques grandioses minutes et j’en étais heureux mais maintenant c’était fini. J’avais fini. J’étais muet. Et j’étais de toute façon amoureux de Pauline. C’est avec elle qu’il m’aurait fallu faire ce genre de choses.
Agathe n’attendait rien de particulier de moi. Je suppose que nous nous sommes utilisés l’un l’autre, dans une banalité affligeante. Moi pour me créer une expérience, elle pour la mettre en pratique.
Mais j’étais amoureux de Pauline, et sous moi le ventre couvert de mon sperme m’apparut comme une insulte à ce que je croyais être. Quelqu’un de bien. Un mec de 15 ans qui voulait juste voir un épisode des Simpson chez une copine. Un mec avec un tant soit peu de conscience et d'estime de soi ou de ses propres sentiments. Un mec honnête. Un amoureux transi comme tellement d’autres qui n'a pas besoin de bouche-trou, aussi ravissant soit-il.
Je n’ai pas réussi à prononcer le moindre mot. A peine désolé et au revoir.

Je m’habillai en hâte et laissai Agathe telle quelle, souillée par moi.

Elle ne me retint pas mais plus jamais je ne réussis à lui adresser la parole.

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Du début à la fin je ne sais pas ce qui m’a pris. Ca commence avec l’automne, une jolie fille à la sortie du lycée, les Simpson. Puis l’autre fille qui ne quitte jamais vos pensées. L’instant d’avant vous êtes puceau puis celui d’après vous ne l’êtes plus. Et rien n’a changé. Les lèvres de la jolie fille. Ses seins et son vagin. L’indifférence de l’aimée. Son ventre couvert de votre sperme. Son sourire complice. Et puis le silence. Votre silence. Plus rien.

Je ne sais pas ce qui m’a pris.

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 18:18

放課後

 

hô : lâcher, libérer

ka : (ici) leçon, cours

go : après

 

Soit : "après l'école" "à la fin des cours" etc...

 

Ce mot n'est rien. Il est extrêmement courant, quotidien. Pourtant il a une valeur particulière il faut l'imaginer. Quand vous apprenez une langue étrangère il y en a qui vous interpellent plus que les autres. Dans mon cas ce sont les noms d'animaux, plus quelques autres, et celui-ci. Même si je prends hôkago comme une "expression" plus qu'un mot, n'étant pas linguiste je ne m'aventurerai pas dans des explications que je suis incapable de mener.

 

Quoi qu'il en soit, hôkago se tient à la base de la vision que j'ai de la nostalgie stupide que vous aussi subissez parfois. La nostalgie de toutes ces images ces sons qu'on a jamais connues et qu'on ne connaîtra jamais. Genre le carillon de Westminster à la place de nos sonneries lamentables

 

 

 

 

 

Pourtant il faut bien comprendre que cela n'est rien tant que vous n'êtes pas confronté à la chose, au détour d'une rue ou d'un chemin soudain. Sur place le carillon est là et vous êtes là aussi, à moitié par hasard. Vous êtes déjà vieux et vous vous sentez vieux. Hôkago devient un esprit à part entière qui vous emprisonne dans ce que vous auriez aimé goûter. Hôkago devient la malédiction pleine de votre temps qui a passé plus vite que celui des autres. Hôkago vu de là c'est la fureur des années ailleurs, des années derrière vous.

Un mot que vous apprenez sur le tard et qui vous parle d'emblée.

Hôkago c'est les occasions manquées de faire sinon grand au moins vrai et juste. C'est l'innocence jetée aux orties quand celles-ci cuisent déjà dans la soupe. Hôkago ce sont ces odeurs que vous auriez dû connaître et aimer, avec le bonheur simple comme les petits drames abominables.

L'inexpliquable, le hors-de-portée. La jalousie et les envies d'hier et d'aujourd'hui. Les lendemains inquiétants.

Un mot étranger courant familier assimilé qu'englobent toutes vos obsessions secondaires d'une vie ratée. Frustrée.

Vous n'avez jamais trouvé d'issue à la fin de l'école. Vous ne vous êtes jamais échappé sur le chemin du retour. Personne ne vous a jamais attendu au portail. Il manquera toujours une pièce à l'échiquier.

Un mot, un seul, résume noir sur blanc les millions d'idées qui viennent immanquablement aux esprits bousillés des éternels anciens écoliers.

 

Mais avant de le poser sur papier il faudra parvenir à admettre que Hôkago se prononce différement dès qu'on ne le vit plus.

 

 

(vidéo : sonnerie du lycée shukutoku, à tokyo. Mis en ligne sur youtube par matsuokas2009)

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