Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 23:58

Aujourd'hui c'est son anniversaire. Disons ça disons rien. 31 ans sans approximation, il y a longtemps elle est venue, elle a pas vu, elle a vaincu. Elle est repartie, ça fait une éternité, ça fait techniquement une éternité, une éternité cisaillée en tout un tas de mini éternités luisantes au soleil comme à la lune. Et au final, rien à sauver, rien à chérir. Des aéroports, beaucoup d'aéroports, avec des souffles dedans, des dos ramassés et des voix qui saturent dans les hauts-parleurs. Rien à aimer. Rien à préserver, sinon un trois-cent-soixante-cinquième d'année et des sourcils incrédules devant le calendrier.

 Alors joyeux anniversaire, qui sait. Joyeux anniversaire à toi qui fuyais. Joyeux anniversaire, oui. Continue d'abandonner, continue de taire. Pleine de joie, pleine de mystères tragiques, as-tu réellement existé, au final ? La question mériterait d'être posée, mais tu es fatiguée. Rassure-toi, tu es fatiguée. Joyeux anniversaire, oui. Cours bien. Embrase-toi, si c'est pas déjà fait. Abandonne et oublie. Pleure intérieurement et oublie. Pleure intérieurement et rends-toi compte que tout le monde t'aurais comprise, si seulement.

Joyeux anniversaire, tant pis pour toi.

 

Repost 0
31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 03:33

Ici il s'agit d'une jeune femme bien sous tous rapports, avec ses grands succès, ses petites joies, ses passages de vie communs. La trentaine et des brouettes sa vie est sur des rails, des vrais, des riches. Rien d'original et pourtant, dans ses créations elle s'épanouit. Elle fout des baffes, elle en reçoit, et elle pleure et elle rit plus ou moins publiquement.

 

Imaginez maintenant sa petite vie sentimentale bien réglée, tellement bien réglée. Imaginez maintenant, tellement banale, la rupture auto-cataclysmique.

 

Que va faire la jeune femme bien sous tous rapports ? Donnons-le en mille : elle s'exporte en Australie. Elle se translate. Et on s'en fout. Certes, on s'en fout. Mais penchons-nous sur le fond de l'histoire.
Merde, personne ne lui a expliqué un jour que ses problèmes on les embarque toujours avec soi ? Quelque soit la distance ? Vous allez me faire croire qu'avec ses relations, ses succès, ses faux amis, personne ne lui a jamais expliqué ce fondamental état de fait ?

Un peu de sérieux, je vous prie.

 

Car sachez-le maintenant, la jeune femme bien sous tous rapports n'a jamais réellement bougé de sa vie. Donc elle ne sait pas. Elle a "fait" des pays, ça oui. Mais vivre ailleurs plus de six mois elle ne sait pas. Elle ne peut pas savoir. Ce n'est pas dans ses gènes.
Soyons compatissants envers elle. Mais merde, ses proches, ses vrais amis, qui sont ces cons incapables de lui ouvrir les yeux ? N'ont-ils jamais bougé non plus ? C'est assez probable, alors. N'importe qui ayant un peu bougé dans sa vie sait que bouger ne règle rien. Le fond reste. Bouger est vital quand le fond est sain. C'est une règle humaine inaliénable. Et c'est pour cette raison que 99% des migrations mondiales sont un drame.

 

Mais ça, en s'enfuyant en Australie par caprice amoureux, pseudo-désespéré, la jeune femme bien sous tout rapport, tellement naïve, ne sait pas qu'elle sera de retour dans moins d'un an, au maximum, les yeux sinon dans les larmes au moins dans le vague absolu de celles qui n'ont jamais su et jamais ne sauront écouter.

Repost 0
27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 04:44

Elle se tenait là à mes côtés. C'était il y a vraiment longtemps. Elle ne me posait pas souvent de questions. Et puis elle a disparu pendant ce qui semble des siècles. Nos retrouvailles ont été abruptes et ineptes. Les chiens de faïence, plutôt en porcelaine. Je ne l'avais pas comprise, à l'époque. Au détour d'une rue bruyante de Paris je me rends compte que quoi que j'en dise c'est toujours le cas. Elle a fait sa vie, belle et bien. J'ai hypothéqué la mienne, corps et âme. Je me souviens d'elle plus qu'elle ne se souvient de moi et c'est à peine paradoxal. Assurément elle a fait un trait sur moi. À raison. Je suis biffé de part en part. Bien fait pour moi. En restant indifférent à ses sentiments je l'avais blessée, presque sans le savoir. Et aujourd'hui tout me revient en mémoire. Les petites attentions, les inquiétudes, les regards, les mots, les gestes tendres. Mes yeux à moi se perdaient ailleurs, j'avoue. Et cela ne m'a pas réussi pas au final. Elle, elle le voyait, sans broncher. Elle a encaissé sans amertume. Juste un amour idiot d'adolescente. Je te suis parce que tu me fuis, toutes ces conneries.

 

Aujourd'hui la surprise passée elle m'est apparue apaisée. Avec ce qu'il faut de cette légère condescendance pour celui qui n'a pas voulu d'elle. Bien fait pour moi. Je n'ai même pas tenté de me justifier. Balancer un prénom même solide contre des années d'efforts pour aller de l'avant, à quoi bon. La bataille est perdue d'avance. Je l'ai bien mérité. Apaisée et radieuse, aujourd'hui, passé la surprise, elle l'est. Ni revancharde ni rancunière. Juste une fille éperdue devenue femme comblée. Sans moi. Je l'ai bien mérité.

Repost 0
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 20:20

Ce matin, pour la première fois en plus de 40 ans de vie active, Thierry ne s'est pas levé. A 6 heures ses bêtes l'attendaient, pourtant. Mais il n'a pas eu l'énergie. Il n'a même pas pu se dresser sur son lit, et se lever sur ses deux jambes - qui ne l'auraient pas tenu de toute façon. Sur le moment il n'a pas compris ce qui lui arrivait. Les coups dans la tête il connait. Mais pas comme ça. Pas au point de laisser ses bêtes en plan.

 

A son âge, il a vu beaucoup de choses. Son monde, son métier, sa région ont changé. Il a atteint l'âge où il peut dire qu'il a vu les jeunes vieillir à leur tour. Ils sont partis à Rouen, au Havre, à Caen, puis plus loin, à Lille, à Paris. Avec sa femme ils n'ont jamais pu avoir d'enfants. Il n'a jamais voulu savoir le pourquoi du comment. Et puis elle est morte d'une rupture d'anévrisme il y a plus de 2 ans. Hier encore Thierry essayait de se consoler en se disant qu'il préférait être sans enfant qu'avec enfants qui lui expliqueraient, gentiment ou non, que l'agriculture bovine c'est pas leur avenir, c'est pas leur truc. Il n'aurait de toute façon pas voulu entendre son fils imaginaire le renvoyer dans ses cordes du style "Papa, toi, t'as pas fini le lycée, moi si. Et j'ai continué longtemps après. Les sacrifices pour ton travail, t'en as fait. Moi, ça a été les études. Donc non, tu le sais bien, pour la millième fois je te répète, c'est triste, mais il va falloir que tu te fasses à l'idée que personne reprendra ton exploitation. Elle sera rachetée, au mieux, et il faudra que tu t'en contentes. Désolé."

 

Il n'a jamais pu déterminer s'il fallait qu'il haïsse l'Europe et Bruxelles pour ce qu'elles lui avait pris ou ce qu'elles consentaient à lui donner. Il a laissé faire, avec les nouvelles réglementations, les incitations à la culture intensive, puis "bio" - quelle connerie ce mot - la mise à l'index par les médias et la société toute entière. A son petit niveau l'impression de nourrir un pays qui lui crache dessus. Et à chaque présidentielle le retour dans la ligne de mire. Le retour des attentions comme des directives.

Thierry a voté pour le nabot en 2007. Ce n'est pas comme s'il regrettait. Mais il en conçoit chaque fois un peu plus de mépris pour l'Autorité. L'année prochaine il votera pour la blondasse, peut-être. Pourquoi pas, après tout. Quitte à être déçu autant le faire comprendre clairement. Et puis elle dit plein de choses bien, finalement. Thierry n'a absolument rien contre les Arabes. Ils sont juste trop nombreux, et voilent leurs femmes, et font tout un foin avec la viande, comme les Juifs. En tant que producteur laitier, éleveur bovin amoureux de sa terre - c'est comme ça qu'un Parisien le présenterait - il supporte mal qu'on puisse regarder à ce point sur ce qui est bon ou non, à cause d'une poignée d'illuminés souvent dangereux qui un jour ont sorti que tout n'est pas bon dans le cochon ou qu'il faudra pas cuire l'agneau dans le lait de sa mère. Des conneries dangereuses, oui, qui sont à finalement à l'origine de tout ce qu'on sait. Et Thierry ne préfère plus y penser. On va le traiter de raciste, et quoi qu'il en soit ça ne l'intéresse plus.

 

Jusqu'à ce matin, en dépit de toutes les difficultés, il gardait la passion de ses bêtes. Des vaches, des veaux, 10 boeufs. Il avait aussi des porcs, avant, mais à cause des Chinois il a dû arrêter, c'était plus rentable.

 

Jusqu'à ce matin il croyait que jusqu'à sa mort il aimerait se lever, la tête à peine en place, ouvrir la grange et sentir ce qu'il s'y passe à l'intérieur. Les meuglements, la chaleur, l'odeur si particulière que seuls les citadins considèrent dégueulasse. Il s'imaginait que parler à son bétail, engueuler ses vaches, puis les féliciter, leur raconter des secrets, les caresser, il s'imaginait que ça lui permettrait de survivre face à l'adversité.

 

Mais ce matin, Thierry ne s'est pas levé. Il a réussi à appeler René qui a gentiment pu s'occuper des bêtes et des machines. Et il y a passé toute la matinée, le René. Et il n'est pas que gentil. La semaine dernière aux Andelys il a enterré Jean-François. 10 ans de moins qu'eux. Pas un mot sur les circonstances du décès. Parce que tout le monde sait.

 

Le René avant d'être gentil il est surtout inquiet.

Repost 0
22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 20:20

L'avant-veille elle avait fait la fête jusqu'à 3h31 précise. Ou l'heure où tout avait commencé à devenir sérieusement un peu beaucoup flou.

Après une période de flottement ce n'est seulement que le lendemain de ce jour où elle a eu l'envie du whisky de trop qu'elle a décidé de se reprendre en main. 33 ans n'est pas l'âge de Marie-Madeleine mais malgré cela Perrine s'est interrogée sur ses excès, avant de s'interroger sur son parcours tout entier tout court.

Elle a toujours été une bonne fille, ouverte et amusante, compatissante, fine et cultivée. Cela faisait tache de la savoir sérieusement un peu beaucoup dévergondée à la limite de la fille facile. Ce qui a été vu ne peut être dévu, ce qui a été sucé...

Blague à part Perrine s'est décidée sans choc particulier. Parce que la plupart du temps c'est d'un choc dont l'humain a besoin pour se décider. En tout cas face à l'addiction.

Mais Perrine, non. Le whisky de trop n'entre pas dans la catégorie des chocs. C'est un constat à peine amer. Pour ce qui est du sexe elle n'en était à l'origine pas au niveau de la maladie. Il fallait juste qu'elle s'habitue à dormir seule au moins plus d'une fois par semaine. Là, encore, pas un choc, juste un constat. Plusieurs prénoms oublié le matin même. Des recroisades d'amants plus en plus intempestives et incontrôlées. Dans les soirées ou dans les lits ou dans les deux en même temps, avant et après ou après avant.

Chez Perrine, non, pas de choc. Juste des visions obscurcies par l'âge qui avance et le chemin derrière elle qui disparaît sous un bon paquet de cadavres de bouteilles et de préservatifs usagés.

Perrine est une fille bien, drôle, fine, brillante et cultivée. Légèrement lassée d'elle-même et de ses qualités à double tranchant.

Repost 0
1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 04:44

Mettons maintenant les choses convexes dans les concaves au moindre cas où cela n'aurait pas été clair : ici, chez moi, ça baise dru, inélégant. C'est important. J'ai eu - presque - toutes celles que je voulais au moment où je les voulais. Je leur ai à peine menti. Je ne les ai quasiment jamais trompées. Et je continuerai tant que ce sera possible. J'ai appris à jouer de mes atouts physiques comme de mon charme intrinsèque. Ajouté à cela que me suis toujours tu. Ca rend mystérieux, ça les excite. Ca joue pour moi. Je ne m'en vante ni ne m'en plains.

Quand mes amis envieux me posent des questions je n'essaye plus d'esquiver, même si c'est mal vu. Je n'ai pas la fausse modestie des angoissés de l'affect. Je travaille la franchise au corps sans âme. J'aime sentir faire jouir. Je ne partage rien. Je n'ai jamais analysé quoi que ce soit. Je ne m'encombre pas de considérations extérieures à ce qui fait de moi ce que je suis, puisque je n'y peux rien. Mais le fait est que, croyez-le, chez moi, ça baise suitant, et affable. Et discret. J'en suis pas peu fier.

Bien sûr, il y a des périodes pénibles. Des ruptures douleureuses. Certaines qui reviennent à la charge. Je n'explique rien non plus. Parler me fatigue vite. Je n'ai pas envie de m'étendre sur des conneries du genre ma mère ne m'a jamais aimé, mon père encore moins. Le divorce, le grand frère tyrannique. L'argent qui manquait beaucoup un jour puis ne manquait plus du tout le lendemain. Des conneries.

Les premières vraies amours à gerber. Le passage à des priorités grasses. Le dépucelage avec probablement la plus laide et la plus stupide du lot. Puis la liberté de choisir entre un bon paquet d'entre-cuisses parfois litigieux.

Je n'ai aucune intention qu'on m'aime, à court, moyen ou long terme. Je sens certes l'âge venir mais ne m'en inquiète pas outre-mesure.

 

Alors il est hors de question de justifier, de bavasser, d'épiloguer, de pérorer, de geindre. Ecrire, à peine. Le geste autobiographique en tant que tel me donne la nausée. Mes baiseries n'ont d'intérêt que pour moi, et encore. Mon travail m'emmerde, ma famille et mes amis aussi. Sans parler des femmes, bien entendu. Elles ont fait de moi l'être sans envergure que je suis devenu. C'est tout. J'ai juste l'impression de retarder les échéances à chaque nouvelle que je pénètre.

Je ne m'en vante pas. Je ne l'évoque jamais. Je n'ai ni la patience ni le talent pour conter une vie basique comme la mienne. J'aime sentir de nouvelles odeurs. J'aime faire jouir. Point.

Le reste je le laisse aux musiciens du dimanche et aux écrivaines ratées qui réussissent.

Ici, je tenais simplement à lever toute ambiguïté.

 

A chacun ses drames, ses bases de vie. Tragiquement semblables et tristement uniques. Inutile de tergiverser sur ce qui aurait dû être et n'a jamais été.

 

Moi, ma mère ne m'a jamais aimé.

 

 

On y survit très bien.

Repost 0
29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 04:44

Ils cherchaient l'inspiration dans autre chose que l'amour et l'eau fraîche, et ne la trouvaient pas autrement qu'en fines couches d'hydrocarbures flottant sur la masse incongrue d'éléments indépendants de leur volonté.

Alors de parfois à souvent, quand autrefois et après-demain se faisaient écho, il leur arrivait de déprimer à pleins poumons sur l'inanité de leurs basses vies.

 

Et depuis ces origines, ces gens en parlent. Ils parlent. Ils sont comme nous. Ils parlent et parlent pour reparler de ce qu'ils ont déjà thésé antithésé synthétisé depuis des lustres au carré. Sans cesse ils vont viennent reviennent sur leurs illusions, leurs visions, leurs malheurs, leurs brimades, leurs traumatismes. L'injustice et l'ingratitude. Il y a certes toujours une petite place pour les joies, les combats sains, les stimulations, les passions. En extrapolant.

Mais au final l'effet apparaît unique, sans ambiguïté.

 

Ils se saoûlent rapidement et sûrement. Ils se dissolvent dans la logorrhée. Ils "SE cherchent".

Tellement bus par leur propre personne ils se sont retrouvés trop tôt bloqués dans des labyrinthes qu'ils avaient coutume de rêver gigantesques. Leurs traits sont rouges et tirés. Leur front strillé. Leurs yeux cinq centimètres en dessous de leurs orbites.

 

Ils s'enivrent de leur médiocrité parlée. Médiocrité qui si elle n'est pas parlée, sera écrite.

Ils se cloîtrent dans leurs idées. Ils revendiquent leur solitude et leurs choix, plus souvent mauvais que bons. Ils se défigurent uniques et indispensables. Ils ont l'haleine chargée des ratés de longue date.

 

On les appelle les handicapés du bonheur.

 

 

Celles et ceux qui se languissent toute leur vie d'une paix intérieure qu'ils ne connaîtront jamais, pour aux derniers jours recentrer leur douleur sur le Vide qui ne leur appartient même pas.

Repost 0
19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 21:45

Aujourd'hui encore, plus que jamais, quand la nuit tombe et que je me retrouve un peu beaucoup désoeuvrée je songe et resonge à cette phrase que mon père a prononcé ce soir de juin 1993.

"Et si on quittait tout pour s'installer en Australie ?"

Vous reconnaitrez sans mon aide ce genre de choses que même les adultes disent au milieu d'une refonte complète du monde. Ma mère y avait en fait vécu, longtemps auparavant - assez pour ne plus s'en souvenir - mais malgré sa hantise des voyages et des déménagements elle s'était révélée, l'alcool aidant, plutôt enthousiaste au milieu des convives de ce repas que je revois dans les moindres détails.

Nous étions une bonne dizaine et tout le monde riait beaucoup. Je me rends compte, j'étais encore petite ; et fille unique. Plutôt que l'Australie il fut un temps - même 1 ou 2 ans avant cette histoire - où j'aurais fugué pour forcer mes parents à me faire une petite soeur.

Puis l'adolescence venant, et les petits frères des copines chialant, je m'étais résignée au fait qu'il se pourrait que je sois finalement mieux seule.

Mais ce soir-là, ce soir de juin 1993 où la tempête faisait rage et que les grands déblatéraient sur tout et n'importe quoi, ce soir où mon père s'est demandé s'il ne serait pas temps pour nous de mettre les voiles le plus loin possible, ce soir-là j'ai acquis ma possibilité vitale. Ma possibilité d'Australie. Du point de vue économique 1993 n'était pas forcément une époque propice pour ce pays mais mon père avait d'ores et déjà un plan. Ma mère était la meilleure cuisinière du monde, et notre ami Riri un excellent pâtissier qui s'emmerdait à Bordeaux avec son patron tyrannique. Et mon père, lui, surtout, haïssait son travail tout en avouant qu'il lui avait au moins appris à gérer une petite entreprise.

Alors, alors, comme ça d'un coup il s'est vu nous emmener ma mère et moi, et Riri et Clothilde qui s'exclama, hilare "mais je capte rien à l'anglais, moi !". Et mon père de répondre que c'était pas grave, qu'elle apprendrait sur le tas.

 

Ce soir d'orage je ne savais pas qu'ils étaient finalement inquiets. Par exemple Bérégovoy l'ouvrier était mort comme un chien, abandonné des siens. Et un grand tout mou avait pris sa place.

 

Ils avaient un peu bu oui. Mais moi non, j'avais pas le droit. Et l'Australie, la possibilité d'Australie je n'ai jamais oublié depuis. Eux, si, peut-être, et là c'est la plate tristesse qui reprend le dessus, des fois.

 

Ils n'ont pas oublié tout de suite, je vous l'accorde. Il y a eu beaucoup de coups de fil à l'ambassade, à Paris. Mon père était persuadé que quoi qu'il advienne dans le monde, des Français sachant faire la cuisine s'en sortiraient toujours. Et il avait probablement raison.

 

Moi, l'année scolaire touchait à sa fin et je me sentais bien. Malgré l'orage. Il y avait des vicissitudes depuis mes débuts au collège. Des copines qui ne l'étaient plus. Des copains qui auraient dû devenir plus. Mais je m'en fichais. J'étais riche de ma possibilité d'Australie. Les semaines passaient et en moi j'y croyais comme on récite tout haut un mantra.

 

Mais il n'y avait pas eu d'Australie. Je ne vous surprends pas. Les raisons à cela sont multiples et aussi inutiles que celles qui nous empêchent de reprendre le sport ou manger plus sainement. Il m'arrive aujourd'hui de trouver mes parents un peu lâches. Il m'arrive de détester ces bouteilles parisiennes remplies de "et si" qu'ils nous auraient fallu balancer au moins jusqu'à Sydney.

 

"Et si on quittait tout pour l'Australie ?"

 

Il m'arrive souvent d'en vouloir à mes parents de ne pas avoir tenté notre chance.

Il m'arrive encore plus souvent de regretter ne pas avoir mis les voiles à 16 ans.

 

À mon âge peut-être avancé où je comprends à quel point les regrets ne font que cacher des situations peu enviables, voire catastrophiques, j'en finis avec les jérémiades et me pousse moi-même dans le camp du c'est pas plus mal.

 

Mais les regrets ne font pas le poids face à une possibilité permanente.

Dans la nuit noire quand je divague au milieu des humains et leurs buts inexistants ou vils je réalise ma force.

Certains se cachent derrière le cynisme. D'autres s'exhibent avec leurs addictions. Parmi elles le sexe, la religion, l'amour, l'art, l'alcool, le sucre et/ou Madeleine qui ne vient pas. Le passé. Voire 1993 des fois.

 

 

Moi, j'ai l'Australie.

 

 

 

 

(ce texte est complètement inspiré de/pompé sur cette histoire de Marlène que j'adore. Merci à elle de m'avoir autorisé à lui piquer. Son blog est superbe, lisez-le.)

Repost 0
29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 02:04

Le mec commence "oh, tu sais, moi je crois que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour trouver un boulot, même pourri"

L'autre mec - ils se connaissent depuis moins de deux heures - lui demande "ah oui ? Genre ?"

Le mec continue "bah, j'ai fait le tour du tour de tous les entreprises possibles et inimaginables, fait mes CV adaptés à chacune d'entre elle. Téléphoné, retéléphoné, squatté des bureaux immondes pendant des heures interminables pour un entretien de 10 minutes ou 1 heure. J'ai été serveur, cuisinier, chauffeur-livreur, chauffeur sans livreur et livreur sans chauffeur, prof de dessin à mi-temps, prof de maths au noir, prof de français à domicile, manutentionnaire, intermittent du spectacle. Plein de choses... et au final, rien"

L'autre mec se tait et le laisse déblatérer

Le mec renchérit donc, un peu dépité et se met à plaisanter " bah, tu sais, quand j'étais étudiant, j'aurais même été prêt à faire la pute auprès des vieilles sur la Côte d'Azur. Je crois qu'y avait des plans..."

L'autre mec éclate de rire "Ha ha, mais ça, oublie, tu vaudrais vraiment pas cher, tu sais pas combien elles sont difficiles, malgré leur âge !"

 

(...)

 

Le mec met une seconde et demi à réaliser ce qu'on vient de lui dire, se tait à son tour et pense à limite de la haute voix (merci pour le compliment, connard)

 

 

 

Repost 0
19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 04:04

 

 

 

Ludivine

Tu m'as fait rêver tant et si bien autrefois que des fois il me plairait à nouveau de t'éponger les langueurs

Subtile esquisse finie parmi les L tu valais dix mille fois mieux que Lucile ou Lola et aujourd'hui encore tu me perds en solitude

Mais Ludivine mon coeur

Si à l'intérieur tu n'avais pas si peu changé

Si tout n'était pas parti en sucette aigrie

Si seulement tu avais su la drôle de sincérité de mes cochonneries

Si seulement tu pouvais imaginer les états dans lequels tu me mettais peut-être devrais-je accepter ta très légitime incertitude

Ludivine, ma Ludivine adorée

Parce qu'avec des si j'aurais pu te débarrasser de tes foutues abeilles

Parce qu'avec des si je savais à l'époque mettre Lou et Lili en bouteille

Lorsque Laure et Ludmila ne faisaient pas semblant de se refuser à moi

Mais toi, mais toi tu me faisais fantasmer du soir au matin pour un oui pour un bien

Tu dis que te souviens mais tu ne saisis toujours pas

Tu dis que tu étais jeune mais tout le monde peut voir que tu ne rattrapes rien

Ludivine

Repost 0

Introducing...

  • : pour la main gauche
  • pour la main gauche
  • : des essais d'essais de romans en ligne, avec des nouvelles aussi, de la musique, de la poyézie, des traductions, quelques jeux vidéo et des bouts de pseudo-réflexions personnelles dedans...
  • Contact

injektzik

Sur Le Long Terme